Témoignage - Fabrice Jazbinsek, réalisateur lorrain : "Nous, le coronavirus, le traçage et les algorithmes"

En ce contexte de crise sanitaire et d'utilisation des nouvelles technologies pour contrer le coronavirus, regarder le documentaire "Algorithmes: entre mythes et réalités" du Lorrain Fabrice Jazbinsek, c'est découvrir l'impact insoupçonné des mathématiques sur notre société.
 

Le robot Pepper, capable de lire les émotions de ses interlocuteurs grâce aux algorithmes.
Le robot Pepper, capable de lire les émotions de ses interlocuteurs grâce aux algorithmes. © Kyodo/MAXPPP
Connaissons-nous les algorithmes autant qu'ils nous connaissent?
C'est la question que s'est posé le messin Fabrice Jazbinsek et qui l'a poussé à réaliser son documentaire "Algorithmes : entre mythes et réalités" en 2019. Quel rôle jouent les algorithmes sur les arts et les marchés financés? L'éthique a-t-elle une place sur les algorithmes, quel futur pour les algorithmes et les hommes?  Autant de questions dont une partie des réponses est peut-être à votre portée. Entretien avec le réalisateur lorrain.

Algorithmes, surveillance et coronavirus

Comment définir un algorithme ?
- Pour Samuel Nowakowski, maître de conférences en Humanités numérique à l'université de Nancy, il s'agit d'une succession d'éléments qui mènent, dans leur combinaison, à la résolution d'une tâche complexe. Jennifer Nille, journaliste au quotidien Belge l'Echo, défini un algorithme comme un programme de résolution de problèmes... Chaque algorithme va avoir plusieurs usages en fonction du domaine utilisé. 

Comme les Etats utilisent-ils les algorithmes pour nous surveiller en cette période de crise sanitaire?
- Les algorithmes ne sont pas forcément censés nous surveiller, ils sont essentiellement là pour récupérer nos traces. Par exemple, avec l'application StopCovid, les données utilisées permettraient d'enrayer la crise sanitaire actuelle. Mais ces données récoltées pourraient servir aux Etats à suivre certains individus.

Nos données peuvent-elles vraiment rester anonymes? 
- Pour StopCovid, les données doivent être anonymisées avec l'utilisation d'un pseudo pour nous connecter à l’application. La vraie question, c’est de savoir comment Lunabee studio en charge de développer l’application va gérer les données récoltées. Et que savons-nous réellement de cette entreprise?
Par ailleurs, il y a toujours un risque de piratage, de vol de données donc de surveillance. La France est un peu isolée dans sa démarche de centralisation de données. L’Allemagne, elle, a fait marche arrière sur la centralisation des données générées par les applications mobiles conçues pour aider à lutter contre le Covid-19. Elle souhaite décentraliser les données pour mieux protéger la vie privée des citoyens.

En France, la CNIL a d'ailleurs alerté sur les risques d’atteintes à la vie privée avec l’application StopCovid.
- Fabrice Jazbinsek, journaliste

"Edouard Philippe a donc annoncé l’organisation d’un débat et d’un vote spécifique avant la mise en œuvre de l’application pour s'assurer d'une utilisation éthique des données."

Espionnés car confinés

Des dérives liées à l'utilisation de nos données sont-elles possibles? Lesquelles?
- Bien sûr, les dérives sont toujours possibles. En 2019, le site ImageNet Roulette a travaillé sur un projet pour dénoncer les biais discriminants contenus dans les algorithmes de reconnaissance faciale les plus utilisés au monde. Ils ont prouvé qu'il y avait des dérives: en envoyant leurs photos, les internautes étaient qualifiés de beau, grand, de fou ou de violeurs potentiels!
Autres exemple: Apple se veut être un acteur central de la protection de la vie privée. Mais en 2014, un scandale a éclaté par rapport à la protection des données. Des photos de stars, stockées dans leur iCloud, ont été piratées et diffusées partout dans le monde. C’est la même chose pour Google qui nous "épie" avec ses assistants vocaux.

Plus globalement, quel est l’impact des algorithmes sur nos vies?
- Les données que nous laissons sur internet peuvent nous définir et nous enfermer dans une bulle. Actuellement, nous sommes confinés à la maison et l’utilisation des réseaux-sociaux nous confine encore plus! Nous vivons dans une sphère qui nous conforte dans nos habitudes numériques. Par exemple, si l’on s’intéresse au jardinage, les algorithmes vont forcément nous guider vers des sites liés au jardinage ou nous montrer des publicités. Chacun est libre d’étudier véritablement la question et de prendre ses distances vis-à-vis des traces qu’il laisse sur les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou Twitter.

Comment faire pour que les algorithmes soient utilisés de manière plus éthique?
- Samuel Nowakowski dit que c'est l'usage des algorithmes qui détermine l'éthique. Il faut que les scientifiques et les chercheurs qui créent des algorithmes, en partenariat avec les hommes politiques, mettent un point d'honneur sur l'éthique et la défense de nos libertés individuelles. Elles doivent primer sur les considérations économiques.
 

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