• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Comment le chamois a colonisé le massif des Vosges

Le chamois est de retour dans le massif des Vosges depuis 1956 / © Eric Babilon
Le chamois est de retour dans le massif des Vosges depuis 1956 / © Eric Babilon

Le chamois est l'un des emblêmes du massif des Vosges. Il n'y est pourtant arrivé que dans les années cinquante, à la faveur de la réconcilitation franco-allemande. Une curiosité parmi plusieurs dans l'histoire de cet animal.

Par Caroline Moreau et Catherine Munsch

Il attire chaque année des milliers de randonneurs sur les pentes vosgiennes. Armés de leurs jumelles et de leur appareil photo, ils sont prêts à arpenter des terrains difficiles et à attendre des heures durant pour espérer apercevoir les cornes de l'animal. Le chamois est aujourd'hui très présent sur le massif vosgien, mais cela n'a pas toujours été le cas. 

Un immigré dans le massif

Le chamois n'a pas toujours gambadé sur les crêtes vosgiennes. Si certaines traces évoquent sa présence à l'ère du quaternaire, l'animal avait depuis disparu du massif. Il y est réintroduit en 1956, à la faveur d'un cadeau diplomatique fait par l'Allemagne à la France. A la sortie de la Seconde Guerre mondiale en effet, quand l'Allemagne se retrouve sous administration des Alliés, la France récupère l'administration de la région englobant le massif de la Forêt-Noire. C'est pour remercier les forestiers français, pour la bonne gestion de ce massif, que les chasseurs allemands leur font don des bovidés.
Dans son édition du 10 janvier 1956, l'Alsace relate le lâcher de chamois sur les pentes du Markstein, au-dessus de Ranspach. / © Archives du journal L'Alsace
Dans son édition du 10 janvier 1956, l'Alsace relate le lâcher de chamois sur les pentes du Markstein, au-dessus de Ranspach. / © Archives du journal L'Alsace

Le lâcher des onze chamois se déroule dans la soirée du 8 au 9 janvier 1956. Capturés à l'aide de filets dans la journée sur les pentes du massif du Felberg, en Forêt-Noire, les animaux sont relâchés sur un terrain de chasse du Haut-Rhin. Quatre autres boucs seront introduits quelques années plus tard pour éviter la consanguinité au sein des troupeaux.
 
© Manuel Ruch/FranceTV
© Manuel Ruch/FranceTV

 Afin de garantir son bon développement, l'espèce reste interdite de chasse jusqu'en 1975. Elle dispose par ailleurs d'un terrain où les prédateurs se font rares (pas de loup, pas de rapace, le lynx ne sera introduit que dans les années 80). Cette tranquillité permet à l'animal de voir rapidement sa population augmenter, jusqu'à essaimer dans les cinq départements jouxtant le Haut-Rhin. Ainsi qu'on peut le constater sur le graphique ci-dessous, l'évolution des populations marque un pas au milieu des années 70 après que la chasse au chamois soit autorisée.

La carte ci-dessous indique en rouge l'endroit où ont été relâchés les chamois en 1956, la zone orange indique le secteur aujourd'hui colonisé.
  

Depuis son introduction, l'histoire s'est répétée, mais à l'envers. En 1973, plusieurs chamois ont à leur tour été prélevés dans le massif des Vosges pour être réintroduits dans le Cantal, où l'espèce était en voie de disparition.
 

Des pouvoirs magiques ?

Un animal au pouvoir magique le chamois ? Il semblerait que certains d’entre eux aient dans leur estomac une sorte de boule, entre la taille d’une noisette et celle d’un œuf de poule. Le bézoard est un appendice dans lequel se conglomèrent les débris végétaux, d’écorces de conifères, de poils ingurgités mais non digérés, par l'estomac du chamois. Le bézoard est un peu comme notre appendice. Sauf que chez ces cervidés, tous ces déchets s’amalgament avec la résine ingérée. La boule, qui contient aussi des sels minéraux, devient lisse, de couleur brune et dégage une odeur de musc. Dans des temps plus anciens, les bézoards de chamois étaient recherchés comme porte-bonheur et comme antidote au vertige.... car le chamois est un escaladeur hors pair.
 

Le bézoard est formé de déchets non digérés par l'estomac de l'animal / © Science Museum, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk
Le bézoard est formé de déchets non digérés par l'estomac de l'animal / © Science Museum, London. Wellcome Images images@wellcome.ac.uk


Un grand timide

Il se raconte que pour observer les chamois, il faut se lever aux aurores. Avant même que l’aube pointe le bout de son nez, il faut s’extirper de son sac de couchage douillet, enfiler ses chaussures de marche et partir à l’assaut des sommets. Le matin est l'un des moments que les chamois préfèrent pour partir à la recherche des lichens et plantes sauvages à flanc de montagne, car les pentes sont encore peu fréquentées par l'homme.
 
Le chamois est herbivore, il se nourrit de plantes sauvages / © Eric Babilon
Le chamois est herbivore, il se nourrit de plantes sauvages / © Eric Babilon

Mais dans les faits, se lever tôt pour voir des chamois n'est qu'une des possibilités. Avec un peu de chance, on peut très bien voir le cervidé à la tombée du jour et même à l’heure de l’apéritif. Si, si, car si l’animal se tient plutôt loin de l’homme, il a aussi des moments où il oublie d’être farouche. Quand les pentes montagneuses sont couvertes de neige par exemple, il n’est pas rare de voir chevreaux et adultes s’adonner aux joies de la glisse. Ils s'affaissent sur leur arrière-train et se laissent glisser sur plusieurs mètres, avant de remonter en gambadant pour recommencer quelques mètres plus loin. 
 

Un gibier que les chasseurs ne veulent plus chasser

C'est un paradoxe. Les chamois ont été introduits dans les Vosges pour remercier forestiers et chasseurs en proposant ainsi un nouveau gibier sur le massif. Un gibier que les chasseurs rechignent aujourd'hui à traquer. C'est même un sujet sensible pour le responsable de la fédération des chasseurs du Haut-Rhin, Christian Galli. Dans le département du Haut-Rhin, les chasseurs sont autorisés à tirer 1200 chamois par an. Et ils doivent en tuer un minimum de 400 pour ne pas avoir d'amende, quand la population de chamois est estimée aujourd'hui à environ un millier.

On nous autorise trop de tirs sur les chamois  fustige le chasseur.

La fédération des chasseurs du Haut-Rhin a lancé l'an dernier une campagne de comptage des animaux sur le massif pour estimer au mieux la population actuelle. Ce comptage devrait être mené sur plusieurs secteurs et plusieurs années, afin d'affiner les quotas de chasse, notamment autour du massif du Honeck où pullulent les chamois.


Gare aux coups de cornes

Le chamois qui peut vivre jusqu'à 3500 mètres d'altitude est installé dans les Vosges entre 800 et 1400 mètres d’altitude. C’est là qu’il trouve sa nourriture, les reliefs montagneux et le calme qu’il affectionne, mais on peut aussi le voir bien plus bas. On a récemment vu ce capriné (chèvre des rochers) à des altitudes bien inférieures, même s’il privilégie les escarpements rocheux. L'animal qui a priori, n'aime pas la proximité de l'humain et en a peur, peut alors, s'il se sent menacé, devenir agressif  à son égard. C'est probablement ce qui s'est passé à Besançon, au cours de l'été 2018, où un jeune homme qui faisait son footing, s'est fait encorner par un chamois. Il s'est fait charger par lui et transpercer la cuisse. La blessure a nécessité une douzaine de points de suture, une histoire insolite relatée par nos confrères de RTL.

 
Les cornes sont un bon indice pour distinguer un mâle d'une femelle. La femelle aura souvent des cornes plus espacées et plus courbées. / © Eric Babilon
Les cornes sont un bon indice pour distinguer un mâle d'une femelle. La femelle aura souvent des cornes plus espacées et plus courbées. / © Eric Babilon
 
Une des meilleures solutions pour ne pas vous faire attaquer ou pour ne pas troubler l'animal reste de partir à sa découverte en compagnie de guides. Ces professionels connaissent les endroits où se niche le chamois ainsi que le bon comportement à adopter en sa présence. Ainsi Jean-Marie Valentin, guide de haute-montagne depuis trente ans sur le massif, vous conseillera de porter des vêtements voyants plus rassurants pour l'animal. Un autre passionné, Eric Babilon, photographe amateur et guide bénévole à ses heures pour le Groupe d'études et de protection ndes mammifères d'Alsace (GEMPA) vous apprendra tout sur le mode de vie de ces chèvres des montagnes sous le charme desquelles il est tombé. 

 
Voir ou revoir ci-dessous notre reportage tourné sur les pentes du col de la Schlucht avec des passionnés, des chasseurs et témoins de l'introduction de l'animal à l'époque.
 

Sur le même sujet

Estac : Benjamin Nivet annonce la fin de sa carrière

Les + Lus