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Écosse: le secteur du whisky pas pressé de prendre son indépendance

© ANDY BUCHANAN / AFP
© ANDY BUCHANAN / AFP

L'indépendance de l'Écosse ne serait pas forcément une bonne nouvelle pour son produit d'exportation le plus emblématique, le whisky, dont les producteurs s'inquiètent des retombées d'un "oui" au référendum de jeudi.

Par AFP

"Les bénéfices à court terme d'un vote positif sont réduits tandis que les risques sont significatifs", estime Elena Saputo, analyste de la banque néerlandaise Rabobank. L'alcool emblématique de l'Écosse, son deuxième produit d'exportation après le pétrole de la mer du Nord, pourrait en effet souffrir d'une limitation de l'accès aux marchés internationaux, en particulier vers l'Union européenne (UE), qui compte à elle seule pour 37% des exportations de "Scotch".

La question de l'adhésion du nouveau pays à l'UE en cas de "oui" au référendum de jeudi reste en effet épineuse. L'indépendance pourrait aussi peser sur le prix des matières premières utilisées pour confectionner le breuvage, note Rabobank. Sans la politique agricole commune (PAC) européenne, "il n'est pas certain que les fermiers écossais puissent produire assez d'orge", la céréale utilisée pour le malt. Parmi les autres points négatifs, la banque liste encore le risque associé aux changes, alors que la question de la monnaie d'une Écosse indépendante reste incertaine, ainsi qu'une possible hausse des taux d'intérêt et des impôts.

Les producteurs écossais de whisky sont célébrés dans le monde entier, comme ici au Japon. / © MaxPPP
Les producteurs écossais de whisky sont célébrés dans le monde entier, comme ici au Japon. / © MaxPPP

Les producteurs de whisky ont déjà exprimé leurs craintes ces derniers mois face à un possible saut dans l'inconnu. La Scotch Whisky Association (SWA) vient ainsi de souligner qu'une sortie de l'UE même temporaire serait "dommageable et difficile à gérer", tout en louant le soutien à l'exportation que représente le réseau diplomatique du Royaume-Uni à travers le monde. Les exportations de whisky écossais ont représenté 4,3 milliards de livres (5,4 milliards d'euros) en 2013 et le secteur emploie 10.000 personnes en direct et en soutient 35.000, selon la SWA. L'alcool ambré se vend un peu partout, comptant parmi ses trois premiers marchés, les États-Unis, la France et Singapour

Une production pas délocalisable


Les producteurs suivent donc le référendum de près d'autant que, contrairement aux banques par exemple, ils ne peuvent pas menacer de se délocaliser au sud du mur d'Hadrien: le "Scotch" est par définition distillé puis vieilli au moins trois ans en Écosse, ce qui le distingue de ses concurrents irlandais, japonais ou d'ailleurs. Le géant des alcools Diageo, qui fabrique le célèbre Johnnie Walker aussi bien que des single malt prisés comme le Lagavulin, avait annoncé en 2012 investir 1,25 milliard d'euros sur cinq ans dans ses distilleries écossaises. Aujourd'hui il s'inquiète du manque de "clarté" sur ce qui se passerait en cas d'indépendance. Le groupe familial William Grant & Sons, qui distille le Grant's et le Glenfiddich, a même fait des donations à la campagne en faveur du "non" à l'indépendance.

La distillerie Glenrothes en Ecosse. / © Yves Cosentino / Creative Commons
La distillerie Glenrothes en Ecosse. / © Yves Cosentino / Creative Commons

Les indépendantistes du SNP soulignent pour leur part que c'est le gouvernement de Londres qui risque de sortir l'ensemble du Royaume-Uni de l'UE et ainsi de perdre le bénéfice des négociations commerciales avec la Chine, les États-Unis ou l'Inde, une perspective inquiétante "en particulier pour le secteur du whisky". Le Premier ministre britannique David Cameron a en effet promis, s'il est réélu l'année prochaine, la tenue en 2017 d'un référendum sur la sortie de l'UE après avoir renégocié au préalable les termes de l'appartenance du Royaume-Uni. "L'indépendance renforcerait le profil international de l'Écosse, assurant de nouvelles opportunités pour les exportations de nourriture et boissons, tout en attirant de nouveaux visiteurs dans notre pays pour goûter nos produits", prévoient les indépendantistes dans leur projet. Quoi qu'il en soit, à terme, "l'impact exact de l'indépendance sera autant déterminé par les actions du gouvernement écossais après le vote que par le vote lui-même", conclut Rabobank.

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