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Référendum sur l'indépendance de l'Ecosse: un séisme pour nos voisins britanniques ?

© BEN STANSALL / AFP
© BEN STANSALL / AFP

Les Ecossais ont l'occasion réécrire l'histoire ce jeudi à l'occasion d'un référendum qu'on annonce ultra-serré: la victoire du oui se traduirait par une indépendance pleine et entière, celle du non par une autonomie accrue. Dans tous les cas, le scrutin changera en profondeur le Royaume-Uni.

Par avec AFP

Le rendez-vous promet d'ouvrir un nouveau chapitre dans les relations épiques et souvent guerrières entre le pays des Scots et ses voisins anglais du Sud. Le territoire septentrional a changé une bonne dizaine de fois de statut en 1.400 ans. Tantôt souverain, tantôt vassal, il est depuis trois siècles associé, aux termes de l'acte d'Union de 1707. Le suspense décuple les passions. La dernière batterie de sondages misait sur un succès à l'arraché du non, dont l'avance a fondu au point de s'inscrire dans la marge d'erreur des 3%.

Le Premier ministre écossais, Alex Salmond, mène la campagne pour le "oui" à l'indépendance. / © ANDY BUCHANAN / AFP
Le Premier ministre écossais, Alex Salmond, mène la campagne pour le "oui" à l'indépendance. / © ANDY BUCHANAN / AFP

La victoire du oui constituerait un triomphe personnel pour Alex Salmond. Mais le Premier ministre de l'Ecosse semi autonome, turfiste invétéré, est assuré de rafler tout ou partie de la mise, quel que soit le résultat des urnes attendu dans la nuit de jeudi à vendredi. L'économiste de 59 ans a su réveiller les ardeurs identitaires des Ecossais. Depuis 20 ans, un tiers seulement d'entre eux partageaient son rêve "d'un nouveau pays parmi les 20 plus riches au monde". En redoutable tacticien, il ne s'est pas contenté d'imposer au gouvernement central son référendum. Il l'a aussi contraint à promettre l'octroi de nouvelles prérogatives, notamment fiscales, au Parlement régional d'Holyrood, en cas de succès du non. Les dirigeants des trois partis traditionnels britanniques (conservateur, travailliste et libéral démocrate) largement soutenus par la City, en ont fait le serment, sur papier parcheminé. Environ 8,3% de la population britannique va décider du sort de l'ensemble englobant les Anglais, Gallois et Nord- rlandais, quitte à déclencher un séisme 600 km plus au sud, au palais de Westminster.

Un Royaume-Désuni en proie aux incertitudes

"La plupart des juristes s'accordent à penser que le Royaume-Uni amputé de l'Ecosse serait l'état successeur qui resterait membre de l'Union Européenne, de l'Otan et conserverait son siège au Conseil de sécurité de l'ONU, même s'il doit changer de nom" et de drapeau, relève le journaliste et écrivain Peter Riddell. "Mais ce sont à peu près les seules certitudes". L'incertitude est de mise sur les contours du futur état qui voudrait rejoindre l'UE et l'Otan. La proclamation de l'indépendance interviendrait le 24 mars 2016. Elle serait précédée d'âpres négociations. Londres a refusé a priori d'accorder à Edimbourg l'usage de la livre sterling. Reste aussi à trancher sur le partage de l'or noir de la mer du Nord, de la dette, sur le contrôle aux frontières. 

Le Premier Ministre britannique David Cameron - partisan du "non" - joue peut-être sa tête lors de ce référendum. / © BEN STANSALL / AFP
Le Premier Ministre britannique David Cameron - partisan du "non" - joue peut-être sa tête lors de ce référendum. / © BEN STANSALL / AFP

Il s'agira, a averti David Cameron "d'un divorce acrimonieux" pas "d'une séparation à l'amiable". "Ce serait une tragédie si le Royaume-Uni volait en éclats", a-t-il confié par ailleurs dans une interview diffusée mercredi par le Times. Le sort politique du chef du gouvernement britannique, qui entend briguer un second mandat en mai 2015, est loin d'être assuré. En cas de victoire du oui, trois options s'offriraient à lui, relèvent les analystes: la démission, un vote de confiance, ou des élections anticipées. John Barnes, expert en histoire constitutionnelle, entrevoit "une révolte des tories (les conservateurs actuellement au pouvoir NDR)" sur fond de "grave crise économique." "Si les choses tournent mal, le Premier ministre devra faire la chose honorable", a d'ores et déjà indiqué le député Tory Andrew Rosindell. "Les dirigeants politiques de tous les partis vont payer", estime pour sa part le constitutionnaliste Vernon Bogdanor. Y compris les travaillistes qui perdraient de nombreux électeurs écossais. Mais "le bouc émissaire le plus probable serait le Premier ministre". 

Le ouf de soulagement en cas de victoire du non à l'arraché, pourrait être de courte durée. Déjà, une poignée de députés anglais, gallois, nord-irlandais réclament une autonomie accrue. C'est aussi le cas de métropoles comme Manchester et Liverpool. En attendant les scénarios se multiplient, sérieux ou anecdotiques, à propos du Royaume-Désuni. Ainsi, le club des trois amputé de l'Ecosse europhile serait plus tenté de quitter l'Union européenne. Le Times indique, sur la foi d'un sondage Yougov, que 700.000 Ecossais effrayés par l'indépendance pourraient plier bagages. Et plusieurs quotidiens assurent que des millions de billets ont été discrètement acheminés vers le Nord, pour éviter une faillite aux banques d'Ecosse en cas de panique.

En cas d'indépendance écossaise, le drapeau britannique menacé de métamorphose

Si l'Ecosse choisit l'indépendance jeudi, le visage du Royaume-Uni en sera bouleversé mais peut-être aussi celui de son drapeau, l'Union Jack qui constitue l'une des bannières les plus célèbres au monde. Dessiné il y a plus de 200 ans, l'Union Jack combine les couleurs des trois saints patron de l'Angleterre (Saint-Georges), l'Irlande (Saint-Patrick) et l'Ecosse (Saint-André). En cas d'indépendance écossaise, la croix blanche diagonale sur fond bleu pourrait donc sauter. Il faudrait alors décider d'un nouveau design, de l'entrée ou non de la couleur verte et du dragon rouge du drapeau du Pays de Galles, qui en sont absents par exemple. Selon une enquête réalisée par le Flag Institute (FI), l'association britannique de vexillologie, 65% des personnes interrogées pensent que le drapeau devrait changer. Mais la question la plus difficile, sera de savoir changer pour quoi, avertit Graham Bartram, l'un de ses responsables. Car les opinions "sont très divergentes". "Nous n'avons prévu aucun plan à ce sujet", a affirmé à l'AFP un porte-parole de Downing Street, qui refuse d'évoquer une alternative. Cette bannière est en effet devenue plus qu'un drapeau, une marque de fabrique et presque une icône, déclinée sur tous les supports imaginables, de la carte postale à la tasse de thé en passant par les vêtements.

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