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20 h de garde à vue pour un vrai billet de 500 euros : une association dénonce un "geste raciste"

L'affaire soulève un tollé parmi les organisations anti-racistes. A Douai, un couple de guinéens qui souhaitait payer ses courses avec un billet de 500 euros s'est retrouvé en garde à vue pendant 20h, soupçonné à tort de vouloir écouler de la fausse monnaie
© Montage France 3
##fr3r_https_disabled##20 heures de garde à vue pour avoir voulu payer ses courses avec un billet de 500 euros. La mésaventure vécue par le couple de Guinéens que nous vous racontions ce mercredi ne laisse pas indifférents. Sur les réseaux sociaux, beaucoup expriment leur incompréhension. Une association locale de la communauté africaine va plus loin et parle de racisme :  «Le couple a été humilié. Nous nous sentons aussi insultés. Parce que ça veut dire que tout Africain qui va se diriger dans un commerce avec un billet de 500 euros va être vu comme quelqu'un qui utilise de la fausse monnaie. Vous voyez le genre de message qu'on veut faire passer. On va où là? Il y a un abus qui n'est pas acceptable», a déclaré Aggeex Hutin, sur France Info.

Ce jeudi midi, un rassemblement a été organisé à Douai, place Schumann. Des représentants du MRAP, et de l'association Cedyfart Africa International étaient présents. 5 à 10 personnes en tout. 
© Céline Rousseaux
S'il est "normal que les policiers fassent ce travail", le procureur de Douai Eric Vaillant a exprimé le souhait "qu'on mette en place d'autres systèmes plus performants (...) pour éviter que des gens passent une nuit en garde à vue pour le lendemain s'apercevoir que le billet était vrai".

M. Vaillant a notamment expliqué que la Banque de France n'avait pas été joignable tout de suite. Comme le parquet de Douai ou la direction de Leclerc, le directeur départemental de la sécurité publique, Didier Perroudon, a réfuté tout délit de faciès. On ignore si le couple de Guinéens réside dans la région ou s'il était simplement de passage.

Réaction de l'enseigne Leclerc

L'enseigne Leclerc a tenu également à réagir à cette affaire via un communiqué : "Lors de la vérification lundi 29 septembre d’un billet de 500 € qui présentait un caractère douteux le personnel du magasin n’a fait qu’appliquer les consignes de sécurité, définies avec le commissariat de  police, et renforcées dans le cadre d'un trafic de faux billets dans la région. Mais, n’étant pas maître des suites données par les forces de l’ordre, le Centre E.Leclerc de Douai qui par sa politique de recrutement et son implication dans le tissu associatif local ne peut être accusé de comportement discriminant tient à dire au couple victime de cette situation qu’il demeure évidemment le bienvenu dans l’établissement."

La version de la police

Didier Perroudon, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), a également tenu à donner sa version des faits dans 20 minutes : «Ni les commerçants, ni les policiers ne sont souvent confrontés à des billets de 500€. (...). La caissière a passé la coupure au détecteur qui a confirmé ses soupçons. Les agents de Douai aussi avaient des doutes, mais seule une banque possède le matériel pour vérifier de manière sûre l'authenticité de billets. A l'heure où nous avons été saisis de l'affaire, les banques étaient fermées. Nous avons donc dû attendre le lendemain».
Une histoire pas banale
Lundi 29 septembre, en milieu d'après-midi un couple guinéen souhaite régler ses 210 euros d'achats avec un billet de 500 euros. Le billet est authentique. Pourtant, la direction du E. Leclerc de Douai, qui explique que ses détecteurs de billets ne sont pas fiables à 100%, va appeler la police.

Le couple se retrouve en garde à vue de lundi 15h00 à mardi 11h00. Eric Vaillant, procureur de la République à Douai, embarrassé, se dit "désolé pour le couple gardé à vue" mais souhaite noter que cette affaire arrive dans un contexte de "recrudescence de faux billets dans le Douaisis" ainsi que dans certains autres secteurs. Il a fallu attendre le mardi pour qu'une banque certifie l'authenticité du billet.
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