En direct Procès de Fabienne Kabou

Adélaïde morte noyée à Berck : le procès de Fabienne Kabou minute par minute (2e jour)

C’est le deuxième jour d’un procès très dense qui s’ouvre à la Cour d’Assises du Pas-de-Calais à Saint-Omer. Lundi, l’analyse de la personnalité de l’accusée et l’examen des faits aura duré de 9 heures à 23 heures. La journée de mardi va débuter par le témoignage de Michel L., ex-compagnon de Fabienne Kabou et père d’Adélaïde. De trente ans plus âgé que l’accusée, il avait accepté que leur fille ne soit pas déclarée à l’état-civil. Persuadé que Fabienne Kabou était incapable de produire un tel geste « de son libre arbitre », il cherche dans la sorcellerie une explication. Les carnets de Fabienne Kabou, découverts après le drame, l’orientent sur cette piste. Dans la journée de lundi, il a souvent été question de sorcellerie. Les témoins et l’accusée déclarent ne pas vraiment y croire mais ne pense pas non plus Fabienne Kabou capable d’infanticide. Autre question souvent évoquée : un prêt de 40 000 € que Michel L. a fait à la mère de Fabienne Kabou pour un achat immobilier qui n’a pas eu lieu. Fabienne Kabou déclare avoir dépensé cet argent pour se « soigner » et voir des guérisseurs mais on ne trouve que de très rares traces de ces consultations. Fabienne Kabou a par ailleurs longtemps fait croire à son entourage qu’elle préparait une thèse en philosophie et qu’elle détenait des diplômes qu’elle n’avait pas. A partir de 2011, un peu avant sa grossesse, elle vit recluse, ne voit plus ses amis ni ses proches. Pendant la première journée du procès, Fabienne Kabou est apparue élégante et soignée, polie et précautionneuse dans le choix de ses mots mais rapidement agacée et sèche quand on la confronte à ses mensonges. Elle dit facilement « j’ai tué ma fille », quand ses proches préfèrent évoquer pudiquement « son geste » ou « son acte ». La deuxième journée du procès sera également consacrée à l’examen des faits.

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LES DERNIÈRES INFOS - Mis à jour le 21/06/2016 à 21:45

    L'audience est levée, elle reprendra demain matin à 9 heures.

    Fabienne Roy-Nansion poursuit son face à face avec Michel L., revient sur le jour du 19 novembre 2013, où Fabienne Kabou part à Berck et Michel L. pense qu'elle rejoint sa grand-mère à Paris, pour qu'elles partent ensemble au Sénégal.

    -Monsieur L., votre fille part en Afrique à des milliers de kilomètres. Est-ce que vous vous posez la question de sa vaccination ?
    -Oui.
    -Vous n’accompagnez pas Fabienne et Adélaïde. Est-ce que Fabienne a un téléphone portable sur elle ?
    -Oui
    -Est-ce que ce 19 novembre au soir, où elle est censée être à Paris avec la grand-mère qui découvre la petite, vous appelez pour savoir si tout va bien ?
    -Dès l’instant où je les ai mises dans le bus, je n’ai aucun souvenir de ce que j’ai fait.

    Fabienne Nansion-Roy, l’avocate de Fabienne Kabou, s’approche très près de Michel L. : « Ce n’est pas le procès de M. Lafon, mais il y a quand même des choses que je comprends pas. Quand elle tombe enceinte, vous n’êtes plus un gamin, elle c’est encore une gamine par rapport à vous. Vous ne pensez pas qu’il y avait un problème de communication ?
    -On se comprenait, même à demi-mot.
    -Ce que j’ai dans mon sac à dos, c’est de ne pas avoir questionné ma confiance
    -Vous auriez pu avoir un peu plus de curiosité. Elle ne veut pas de contraception, vous savez ce que ça implique, vous n’êtes plus un gamin. La grossesse, votre génération n’est pas habituée, je l’entends, poursuit l’avocate. Ça ne vous inquiète pas qu’elle ne soit pas suivie pendant sa grossesse ?
    Michel L. est un peu démuni devant ces questions. Je n’arrêtais pas de me le demander.
    -Elle ne sortait plus, vous auriez pu vous rendre compte.

    Fabienne Roy-Nansion
    Fabienne Roy-Nansion, l'avocate de Fabienne Kabou. - PHILIPPE HUGUEN / AFP

    La famille de Michel L. ne connaissait pas l'existence d'Adélaïde

    Me Boyer, avocat d'une des associations parties civiles interroge Michel L. sur son implication en tant que père

    Me Boyer : avez-vous le sentiment d'une responsabilité morale dans ce crime?
    Michel L. : Ma responsabilité ? Mais elle est totale ! Je suis responsable de tout ! J'ai protégé Fabienne tout le temps. Je n'ai pas protégé Ada.

    -Vous étiez de plus en plus présent dans la vie d’Ada, ça peut expliquer cette fuite en avant ?, demande Me Jean-Christophe Boyer, avocat de la partie civile l'association l'Enfant bleu.
    -On éprouvait du plaisir à trois. C’était bien, c’est tout, répond Michel L.
    -Vous étiez de plus en plus présent dans la vie d’Ada, ça peut expliquer cette fuite en avant ?
    -On éprouvait du plaisir à trois. C’était bien, c’est tout.
    -Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce que représente le manque d’Ada pour vous
    -Imaginez Monsieur. Je n’ai pas fait le deuil d’Ada et je ne le ferai jamais.

    "Je ne peux pas aller à Berck"

    Michel L. n'était pas au courant des obsèques de sa fille : "Le juge m'a prévenu à 12 heures qu'un enterrement avait lieu à 14 heures, j'étais au fin fond de la banlieue.
    Il m'a demandé ce que je souhaitais au début des auditions : "Qu'elle soit incinérée et que je partage ses cendres avec Fabienne".

    -Vous avez participé financièrement à ces obsèques ? demande Me Fenart, avocate d'une des associations des parties civiles.
    -J'ai appelé la mairie pour qu'il y ait une plaque. On m'a dit c'est impossible, il n'y a pas d'état civil, répond Michel L.
    -Vous avez essayé d'entretenir la tombe de votre fille, de vous rendre sur la tombe de votre fille ?
    -Madame, je ne peux pas aller à Berck, je ne peux même pas me baigner.

    Berck : la tombe / hommages
    La mort d'Adélaïde avait choqué nombre d'inconnus venus lui rendre hommage. - Maxppp

    Michel L., père d'Adélaïde est entendu à la barre

    La présidente annonce que le lendemain on verrait des photos et vidéos d'Adélaïde. Il était jusque là affable, sa voix se bloque, sa tête tombe "ah je suis désolé je peux pas"...

    Quelques jours après le retour de Fabienne Kabou, Michel L. amène ses jouets chez Emmaüs. La version de sa compagne veut que la grand-mère lui a constitué un trousseau avec jouets et vêtements achetés à Dubaï.

    L'attitude de Fabienne Kabou n'a pas changé, à une chose près : elle a recommencé à fumer.

    La présidente interroge Michel L.

    -Est-ce que vous êtes d’accord qu’en novembre 2013, il y a une situation d’urgence ? demande la Présidente.
    -Absolument, c’est pour ça que j’ai proposé à mon frère de s’installer à Villefranche (une maison de campagne) : Ada montait sur la mezzanine et tombait en descendant, il y avait une chaudière à air comprimé.

    L'enquête de voisinage rapporte que Michel L. est parfois aperçu avec Adélaïde, Fabienne K. jamais.

    La Présidente : "Personne ne l'a jamais vue avec sa fille".

    Michel L. est interrogé par la Présidente

    La Présidente revient sur les différentes versions données par Michel L. pour ne pas reconnaître l’enfant : « C’est compliqué de mettre un enfant Kabou sur un passeport L. (nom à consonance française).

     « C’est difficile de s’appeler L. si elle part ensuite au Sénégal », « elle vous dit que vous êtes vieux et vous êtes un grand-père ».

    -D’emblée vous vous mettez en retrait de la paternité
    -Oui. Parce qu’elle devait partir au Sénégal. Je me suis dit aussi qu’elle pouvait me trouver trop vieux et s’installer avec quelqu’un de plus jeune.
    -Pensez-vous qu’elle ait interprété ça comme de l’indifférence ?
    -Je ne pense pas du tout que c’était comme ça.

    La Présidente du tribunal
    La Présidente interroge la cousine de Fabienne. - Philippe Hugen / AFP

    “Elle a dit « elle est à moi ». Après j’ai compris la lourdeur de cette affirmation : « j’étais exclu de tout ça ». Elle m’avait dit « ma mère est partie pour finaliser le départ d’Adélaïde ».”

    Michel L. revient sur sa rencontre avec Adélaïde, au lendemain de l'accouchement

    La Présidente essaye de savoir si Michel L. avait vraiment mis en doute sa paternité à l’annonce de la grossesse, comme le rapporte Fabienne K. Il répond : « Pour une raison que je m’explique mal, elle fait tout pour inverser les faits et les rôles. Elle déroule un film et moi j’ai le négatif. Le problème c’est qu’il y a plein de choses que je peux pas prouver. »

    Il parle facilement, fait de petites blagues. Plus tôt, quand ceux qui ont trouvé le corps ont témoigné, il était effondré, avait quitté la salle d'audience.

    Michel L. explique son absence d'implication dans la grossesse de sa femme par son âge : il n'est pas de la génération de ceux qui filment les échographies en "selfies", explique-t-il.

    Quand il apprend la grossesse de Fabienne. Il se sent trahi. «  Mais je l’accepte parce que je pensais que cette fameuse maladie dont je me souviens plus le nom (l’endométriose) l’empêchait de tomber enceinte et qu’elle voulait vraiment avoir un enfant."

    Michel L. rapporte l’appel de la PJ : j’ai dit à Fabienne « c’est la police judiciaire ». Tout à coup je me suis effondré sur la table. Je lui ai dit « Fabienne, le ciel nous est tombé sur la tête. Mais je ne m’attendais pas à ça. »
    Il se souvient : "Fabienne était très à l'aise puis l'officier de police judiciaire lui a montré les photos d'elle à la gare du Nord, elle dit que ce n'était pas elle, je la voyais mal à l'aise". 
    Je disais à Fabienne : "Ada est au Sénégal puisqu'il y a deux jours tu m'as dit "elle est en train de se baigner avec ses cousins".

    Reportage : M. Schelcher et D. Dumont

    Michel L. poursuit son témoignage

    La mère de Fabienne n’arrivait pas. Le plan c’était que si la mère de Fabienne n’était pas venue à l’automne, on déménageait de Saint-Mandé.
    Il a expliqué le plan du couple au début : Ada (c'est le surnom d'Adélaïde) part chez la mère de Fabienne au Sénégal, elle passe son diplôme, trouve un poste et Ada revient.

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