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Grand débat national : à Château-Thierry, une soif de transparence et de référendum

Les Castelthéodoriciens ont pris l'initiative d'organiser des débats publics bien avant le lancement, en janvier, du grand débat national par le président de la République. / © Valentin Pasquier / France 3 Hauts-de-France
Les Castelthéodoriciens ont pris l'initiative d'organiser des débats publics bien avant le lancement, en janvier, du grand débat national par le président de la République. / © Valentin Pasquier / France 3 Hauts-de-France

Mobilisés avant le grand débat national, les citoyens et Gilets jaunes de Château-Thierry (Aisne) ont organisé leur deuxième réunion publique, mardi 22 janvier. Malgré des balbutiements et un public bigarré, une idée a fait l'unanimité : le référendum d'initiative citoyenne, le RIC.

Par Valentin Pasquier

Alors que la nuit et la neige tombent de concert sur Château-Thierry, plusieurs silhouettes convergent vers la place de l'hôtel de ville. Tentant de ne pas glisser, elles se dirigent vers la salle commune de la rue du Château, située à deux pas."C'est la première fois que je viens. J'ai appris l'existence de ce débat grâce aux panneaux municipaux," confie Yohann, la vingtaine.

Car cette salle communale accueille ce 22 janvier une réunion publique, initiée par les Gilets jaunes mobilisés dans la sous-préfecture de l'Aisne, dans le cadre du grand débat national. Ce soir, le débat doit porter sur le thème des insitutions et des élus. Après celle du 11 janvier qui avait réuni plus de cent personnes, c'est la deuxième réunion publique qui se tient dans cette ville des confins de la Picardie, bordée par la Marne.
 

Organisation amateure, mais débat riche et respectueux

Mais tout ne se passe pas comme prévu : envisagé à 18h30 comme le mentionnait l'affichage public, le débat n'a toujours pas démarré à 19 heures. "On attend encore un peu de monde, il y a des problèmes de circulation en raison de la neige," explique Nicolas, l'un des organisateurs. Lui et six camarades de lutte sont placés face au public, micro en main.

 


L'organisation, volontaire mais amateure, connaît quelques balbutiements. Il est près de 19h30 lorsque Mohammed, Gilet jaune de la première heure, énonce l'ordre du jour devant une quarantaine de personnes. Dans le public, c'est l'étonnement : on parlera finalement de pouvoir d'achat ce soir. Sébastien Eugène, maire PRG de la ville, croit bon d'intervenir. "La Ville avait mis à disposition des panneaux, avait communiqué sur le thème « élus et institutions », dont nous avions convenu ensemble. Des personnes ici sont venues pour pouvoir en parler, et je crains qu'en raison de ce changement de dernière minute il n'y ait moins de monde la prochaine fois. Il faut que l'on revoit l'organisation ensemble."

À l'image d'un participant qui avoue, en prenant le micro, ne pas avoir "l'habitude de prendre la parole en public", le débat rassemble de simples citoyens qui se confient sur leurs difficultés du quotidien. La petite assemblée frappe par son écclestisme : on remarque des trentenaires, des femmes venues avec leurs enfants, des personnes plus âgées, des jeunes actifs, intérimaires ou encore sans emploi, Gilets jaunes ou non. 

 

 

Pour un "nouveau système"

Ville de 14 000 âmes située aux portes de l'Île-de-France, la capitale de la Champagne picarde est "peu à peu oubliée", affirme un participant, notamment par les entreprises et les services publics. "La faute à la loi NOTRe, impulsée par Macron lorsqu'il était ministre, qui a tout rassemblé autour des grandes villes," explique-t-il, fustigeant "une gestion de valeurs économiques" qui oublie "l'humain et le social".

Une dame en pull rouge saisit alors le micro. "Ce n'est pas Macron qu'il faut fustiger, lui répond-elle calmement. Il ne m'est pas forcément sympatique, mais c'est un système tout entier, dans lequel on nous a mis et qu'on a accepté de faire partie, qu'il faut remettre en cause. (...) Il faut revoir nos habitudes, ne plus chauffer nos maisons à 25°C et prendre sans arrêt sa voiture, pour un oui ou pour un non, privilégier les transports collectifs," poursuit-elle, essuyant quelques protestations. "Oui, mais du transport collectif partout !" rétorquent ces voix.

Dans le fond de la salle, Stéphanie hoche la tête. "De toutes façons, si on change ce système, on tendra vers l'écologie. On sera obligés d'en parler. Il faut avoir ça à l'esprit et moins notre confort personnel." Chez les organisateurs Gilets jaunes, on hoche la tête. Pour Mohammed, "on fera de l'écologie" lorsqu'on consommera les produits locaux et qu' "on ne fera plus venir d'oranges d'Espagne". L'un de ses collègues, employé à l'aéroport de Roissy, s'indigne de l'absence de taxes sur le kérosène qui, il le rappelle, est bien plus polluant que l'essence ou le diesel.
 

Participer davantage à la vie politique grâce au RIC

On débat tantôt de l'initiative populaire suisse, du taux de chômage en Australie, ou encore du revenu universel proposé par Benoît Hamon à la précédente présidentielle. On dresse aussi en exemple les pays scandinaves, pour leur modèle étatique comme pour la transparence dont font preuve leurs élus, et on dénonce le train de vie et la déconnexion de ceux de l'Héxagone. "Pourquoi nous, citoyens, ne serions-nous pas à même de définir ce dont ont a besoin ? lance Isabelle, venue accompagné d'une jeune fille. Ce que demandent les gens, c'est de pouvoir être consultés, de pouvoir davantage intervenir dans les décisions politiques."

Vient donc la question du référendum d'initiative populaire, le fameux RIC demandé par les Gilets jaunes, où tous les violons s'accordent. Tour à tour, les participants dénoncent le manque de liberté thématique que leur impose le grand débat national énoncé par Emmanuel Macron. "On nous fait croire à longueur de temps que le RIC va pouvoir permettre de remettre en cause la peine de mort ou le mariage homosexuel. On nous fait peur avec ça. Mais si la majorité des Français le veulent, qui sont-ils pour nous empêcher de débattre là-dessus ?", interroge Yohann, cravate au cou. Le jeune homme, pas forcément favorable aux Gilets jaunes au début, s'est intéressé à leur cause dès que la mobilisation a parlé du RIC. L'iniative lui tient à coeur. Interrogé, le maire n'est pas contre le RIC, mais souligne la difficulté de cadrer cette consultation.

Derrière Yohann, Francis acquièsce. "Je suis farouchement opposé à la peine de mort, mais je ne suis pas contre un débat là-dessus,affirme le sexagénaire, qui avoue "être bluffé par la qualité des interventions" de la soirée. Celle-ci s'est terminée peu après 21h30, par des discussions en petits groupes, à l'intérieur comme devant la salle. Tous se sont donnés rendez-vous pour une nouvelle réunion le 31 janvier.
 

Notre reportage à Château-Thierry (Aisne)

Reportage : Éric Henry et Rémi Vivenot. Montage : Sébastien Le Fur.
Intervenants : Angélique Desmares; Isabelle Lambert et Francis Bouillon, participants au grand débat de Château-Thierry.

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