Belgique : les Flamands parlent de moins en moins bien français, les enseignants tirent la sonnette d'alarme

En Flandre belge, les jeunes se tournent de moins en moins vers l'apprentissage du français, et ce désamour ne date pas d'hier. Les enseignants alertent dans une lettre ouverte.
L'apprentissage du français devient de plus en plus marginal en Flandre belge. Photo d'illustration.
L'apprentissage du français devient de plus en plus marginal en Flandre belge. Photo d'illustration. © Fred DUFOUR / AFP
"L'ensemble de la filière d’apprentissage du français est menacé et notre expertise, notre passion pour la langue, notre honneur professionnel comme professeur et notre responsabilité comme formateur nous obligent à nous défendre." Dans une lettre ouverte, 42 professeurs de français en Flandre alertent sur le manque de soutien pour enseigner la langue de Molière dans cette région de la Belgique où "le niveau des étudiants a fortement chuté".

L'apprentissage du français n'est pas correctement assuré dès le primaire, causant d'importantes lacunes, affirment ces enseignants travaillant dans 14 hautes écoles et universités. Sans compter que les pouvoirs publics ont réduit le nombre d'heures d'enseignement dans le premier degré, passant de six à trois heures hebdomadaires. "Cela rendra impossible la réalisation des objectifs", estiment les signataires de cette lettre relayée par plusieurs médias belges.
 
 

"Réapprendre à aimer la langue de Molière"


Le désamour de la Flandre belge pour le français ne date pas d'hier. Le niveau chute depuis de nombreuses années, pointe une enseignante dans une tribune à De Morgen, jugeant qu'une "révolution culturelle est nécessaire" car les Flamands doivent "réapprendre à aimer la langue de Molière". Anecdote symbolique : la petite ville frontalière de Menin a interdit, en 2013, à ses agents municipaux de parler français dans l'exercice de leurs fonctions.
 
"Certains personnes habitent ici depuis des décennies et ne parlent toujours pas un mot de néerlandais. Il faut mettre en place des instruments pour éviter la francisation", avait plaidé la bourgmestre Martine Fournier, conseillant le recours à la langue des signes ou aux pictogrammes en cas d'incompréhension.

 

De l'espoir pour l'avenir


Le multilinguisme constitue pourtant un "héritage très ancien" en Belgique. "La population flamande, tournée vers l'extérieur, riche de ses nombreux ports de commerce, possède une longue tradition de polyglossie", peut-on lire dans une étude de l'université Paris 7. Mais avec le temps, le français, "terni par d’incessantes luttes linguistiques et politiques", a décliné, pointe ce même document.

Tout n'est pas perdu pour autant. Dans la tribune publiée par Lode Delputte dans De Morgen, la professeure espère que la nouvelle "génération de jeunes bilingues avec des racines à l'étranger" réussira à reconnecter les Flamands autochtones au français via "la culture de la rue, les médias sociaux, le vocabulaire branché et tous les Damso de ce monde (à condition de surveiller un peu ce qu’ils écrivent)"

Les enseignants signataires de la lettre ouverte publiée ce mardi demandent au minimum quatre heures hebdomadaires consacrées à l'enseignement du français dans le premier degré de l'enseignement secondaire. Dans le deuxième degré, ils exigent un minimum de trois heures par semaine.

 
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