Calais : l'impossible cohabitation des migrants et des transporteurs routiers

Des migrants illégaux de Calais en mars - Photo d'illustration / © DENIS CHARLET / AFP
Des migrants illégaux de Calais en mars - Photo d'illustration / © DENIS CHARLET / AFP

Les transporteurs routiers de la zone Marcel Doret à Calais s'inquiètent d'une recrudescence des tentatives d'intrusion dans les camions par les migrants. Une réalité que tous les acteurs constatent, mais que certains nuancent. 

Par Yacha Hajzler

"On a une situation qui nous interpelle et qui nous inquiète..." débute Jean-Pierre Devigne. Il est le président de l'entreprise RDV transports, dont les locaux et les véhicules sont situés dans la zone d'activité Marcel Doret, à Calais. 

Des chefs d'entreprises inquiets


Hier, il a posté sur Youtube des images de migrants essayant de s'introduire dans les camions en partance pour l'Angleterre, en lacérant les bâches. Un phénomène qui selon lui augmente. "Depuis quelques semaines, il y a de plus en plus d’intrusions, mardi on en a eu quatre dans la journée. Les migrants circulent par petits groupes, ils tentent de s’introduire dans nos remorques, ils coupent les bâches, hier encore on a interpellé un migrant." explique-t-il. 

Une capture écran des vidéos de surveillance de RDV T ransports. On distingue, sur le troisième écran, deux migrants essayant de percer la bâche. / © RDV Transports
Une capture écran des vidéos de surveillance de RDV T ransports. On distingue, sur le troisième écran, deux migrants essayant de percer la bâche. / © RDV Transports


Le problème, il peut tout d'abord le chiffrer : "Sur une période d’un an et demi, au plus fort de la jungle, on a payé 175 000 euros en pare-brises cassés, marchandises abîmées et bâches lacérées. Une bâche à réparer, ça coûte 450 euros ! Sur une période d’environ six ans, j’ai aussi payé 35 000 euros d’amende pour des migrants découverts dans les camions."

Mais les transporteurs sont aussi inquiets des conditions de travail de leurs chauffeurs. "Les transporteurs de la zone Marcel Doré se sentent en totale insécurité", avance Sébastien Rivera, secrétaire générale de la Fédération Nationale des Transports Routiers (FNTR). 

"L’année 2016 a vraiment été dramatique, on ne veut pas revivre ça. Ça s’était calmé après le démantèlement de la jungle, mais depuis janvier on revit la même chose, et ça s’est accentué ces dernières semaines."

Une ampleur à relativiser


Pour lui, les forces de l'ordre sont comme eux, débordés. Gilles Debove, responsable littoral syndicat Unité SGP Police, relativise la fréquence de ces incidents.

Même s'il a eu ce matin des informations sur un cas qui s'est déroulé en pleine journée , "on ne peut pas dire que ça explose, on en a pas dix par jour des cas comme ça". explique ce policier. Les migrants, cette fois-là, ont été agressifs envers les chauffeurs "mais d'ordinaire, ils font ça en toute discrétion.." 

Alain Deroo, lui, est président de l'association humanitaire Flandres Terre Solidaire, est également dubitatif sur la recrudescence des ces dégradations et tentatives de s'introduire dans les véhicules.

"Il y a toujours eu des problèmes avec les routiers, il faut se mettre à la place de chacun, mais ce n’est en tout cas pas mieux ou pire qu’il y a six mois. En revanche, il est vrai que plus les migrants sont harcelés, maltraités, plus ils ont envie de passer en Angleterre. Ce sont nos impressions, on était à Calais encore avant-hier. Il faut dire aussi qu'en ce moment, il y a moins de camions, du fait des vacances scolaires. Ce sont donc beaucoup les mêmes qui sont visés." 

Quelles solutions proposées ?


Pour pallier cette situation, la FNTR demande que la zone d'activité soit sécurisée, et que les migrants n'aient pas le droit d'y circuler. S'il sait qu'il ne peut y avoir des solutions miracle, Sébastien Rivera ne croit pas à un dialogue avec les migrants eux-mêmes. 

"Le migrant, il a traversé toute l’Europe au péril de sa vie, il veut aller en Angleterre, vous pensez qu’il va écouter un chauffeur qui lui demande de s’arrêter ? Vous seriez à la place du migrant, vous feriez la même chose, et moi aussi." regrette-t-il. 

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