Coronavirus - Annulation du bac et du brevet : "On nous prive d'une épreuve mythique"

Publié le Mis à jour le
Écrit par Jennifer Alberts .

Vendredi 3 avril, Jean-Michel Blanquer a annoncé que les épreuves 2020 du bac et du brevet sont annulées. Les diplômes seront validés au contrôle continu. Une annulation qui laisse un goût amer à nos adolescents.

Salomé, 14 ans, est collégienne à Arras. Avec une moyenne de 17, le brevet au contrôle continu, c'est dans la poche pour la jeune fille. L'annonce de l'annulation de l'examen, elle l'a quand même un peu mal pris : "j'aurais préféré le passer. Parce que c'est le brevet quoi ! C'est le premier gros examen qu'on passe dans notre scolarité. Ca nous prépare. Là, on va être jetés dans le lycée sans transition, sans avoir les clés, sans avoir été testés. Du coup, ça m'angoisse un peu pour l'année prochaine."
Car ce n'est pas seulement une épreuve scolaire qui est annulée, c'est également un rite de passage important dans la vie d'un élève. Mais globalement, ceux qui ont une bonne moyenne sont contents que le brevet soit annulé. Pour les autres, c'est plus compliqué. "Pour ceux qui avaient des difficultés, le brevet, ça les motivait pour travailler, commente Salomé. C'était un objectif. Mais là, il y en a pas mal qui ne font déjà plus rien".

Des annnées pour rien


Un sentiment partagé par Djody, 19 ans. Elle habite le petit village de Wiencourt-l'Equipée dans la Somme. Mais elle est élève en deuxième année à Arras, à la chambre des métiers et de l'artisanat. En juin, elle devait passer son brevet profesionnel de fleuriste.  Un diplôme accordé en grande partie après une épreuve pratique, le reste étant validé par de l'écrit et un dossier à restituer à l'oral. Et pour le moment, la jeune fille est encore dans le flou : "ils ont donné les trois thèmes pour l’examen de pratique fin mars et ils doivent n'en garder qu'un pour l’épreuve finale. Il sera donné un mois avant l'épreuve. C'est tout ce que je sais".

L'annulation de ses examens, ça l'a "un peu déçue. Ce sont des objectifs qui ne seront jamais clos. Un but que je m'étais fixé depuis mes 12 ans qui n’aboutira jamais. Ma vie d’élève ne sera jamais close".

D'autant qu'avec une moyenne de "11/12", Djody préfère ne pas se faire "de faux espoirs. C’est une filière très difficile avec 50 % de réussite seulement. L'épreuve pratique, c'est un gros coefficient ainsi que le dossier oral. Tout se joue sur ça. Si je ne l’ai pas, jamais je ne referais une année supplémentaire. Pour moi, ce sera comme avoir fait 5 ans de fleuristerie pour rien. J’aurais peut-être loupé la chance d’avoir un diplôme en plus mais il est temps que je rentre dans la vie adulte. Je resterai sur un échec. Mais de toute façon, pour moi, si on ne passe pas le diplôme, ça n’a aucune valeur".

Le bac, une épreuve mythique


Chloé, 18 ans, est sur la même longueur d'onde. En terminale S à Lille, la jeune fille est "un peu mitigée : le contrôle continu me plaît parce que ça reflète le travail de toute l'année mais j'étais aussi déçue parce que ça fait deux ans qu'on se prépare avec des bacs blancs et là d'un coup, on nous dit que tout ça n'a servi à rien et qu'on peut tout mettre à la poubelle".

Avec une moyenne générale de 15, Chloé aura son bac avec mention bien. Mais ça ne change rien à sa déception et à celle de ses camarades : "on parle beaucoup dans notre classe on est tous un peu déçus parce que l'épreuve du bac, c'est mythique. Et on n'aura pas tout ça, une semaine d'épreuves, les résultats à annoncer aux parents. On est un peu sous le choc. On est spectateurs de ce qui se passe et on ne peut rien faire. Même pour les profs, c'est frustrant aussi parce qu'ils ont une sensation de quelque chose d'inachevé : ils nous accompagnent depuis deux ans vers un bac qui n'aura pas lieu".

Un sentiment d'inachevé


La lycéenne a aussi quelques réserves quant à la valeur de son diplôme : "ça valide quand même le travail de toute une année mais il y a des différences entre les lycées. Il y a une forme d'inégalité. Le bac normalement, c'est une épreuve pour tout le monde et on n'a pas le choix. Là, c'est propre au lycée et aux professeurs". 

Mais il n'y a pas que l'annulation des épreuves qui marque ces élèves : "si jamais on ne retourne pas en cours, ça va me faire mal au coeur, réagit Salomé, la collégienne. Moi, c'est juste un collège. Il n'y a pas de lycée rattaché. Donc c'était ma dernière année avec mes professeurs et dans l'établissement. Si je ne peux pas y retourner avant les vacances d'été, je ne vais pas pouvoir leur dire au revoir. C'est brutal, je trouve".

"Si on ne retourne pas en classe ça va être compliqué,
avoue Chloé. Le lycée, c'est comme une famille. On y passe plus de temps que chez nous et il n'y aura pas d'au revoir. Moi, le bac, je voulais le passer. Mais là, je ne pourrai pas expliquer à mes enfants comment ça se passe".
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