En direct Procès de Philippe Détrè

Philippe Détrè, prêtre accusé de pédophilie : le procès en direct minute par minute (2ème jour)

Suivez en direct le procès aux assises du prêtre Philippe Détrè, accusé de viols et agressions sexuelles sur une dizaine de mineurs de 1970 à 2011 dans le Nord, qui a commencé lundi à Douai, et se poursuivra toute la semaine.

11:04

LES DERNIÈRES INFOS - Mis à jour le 13/01/2015 à 14:18

    Fin de la 2ème journée

    L'audience est suspendue jusqu'à demain. Ce mercredi, la journée sera consacrée à l'audition des experts psychologues et psychiatres. 
    Fin de ce live. 
    Merci de l'avoir suivi. A demain.

    La présidente lit à présent un témoignage

    La présidente lit à présent un témoignage et fait passer des photos aux jurés en rapport avec ces déclarations. L'abbé Détrè est une nouvelle fois mis en cause pour des attouchements et autres gestes pour le moins déplacés envers un Jérôme (11 ans à l'époque) lors d'un séjour dans les Alpes.

    Philippe Détrè : "Je pense que j'ai regardé son sexe c'est tout. Je n'ai jamais eu de relations sexuelles avec lui. Je l'ai aidé à faire sa toilette" 

    Les débats publics reprennent après un témoignage à huis clos

    Une victime a souhaité témoigné à huis clos, les faits l'affectant encore beaucoup aujourd'hui. Le huis clos est terminé. Les débats publics reprennent. 

    Reprise des débats

    Nous reviendrons sur le post précédent après la fin de la journée d'audience.

    Une autre victime du Dunkerquois est à la barre actuellement. La victime passe en revue les agressions qu'elle a subies. Une brève panne de micro (qui permet d'entendre les débats dans la salle de presse située au-dessus de la salle d'audience) ne nous a pas permis d'entendre son prénom. Nous l'appellerons Stéphane.

    Stéphane souhaitait être prêtre comme Philippe Détrè. Après son viol, Stéphane a renoncé à sa foi. "Aujourd'hui, j'ai tout perdu, ma fille décédée, et mon épouse."
    La présidente : "Qu'est-ce que vous avez envie de lui dire aujourd'hui à M. Détrè ?"
    Stéphane : "T'aurais pas dû agir comme cela Philippe, en homme de Dieu. Que Dieu nous entende et que le pape marie les prêtres."

    Hakim : "Aimer, c'est pas abuser"

    "La gorge nouée, j'ai cette peur, cette stupeur, c'est pour cela que je ne réagis pas. (...) Et aujourd'hui encore, j'ai cette angoisse de savoir s'il y a eu d'autres jours, d'autres fois"

    Le père Détrè, s'excuse, reconnait les faits et assure à la victime qu'il n'y a pas eu d'autres occurrences.
    Hakim : "J'attends pas de pardon. A mes yeux on perd le statut d'être humain : Aimer, c'est pas abuser. Moi, je croyais faire l'amour pour la première fois lorsque j'ai rencontré ma femme. Non, j'avais été violé" 

    Le père Détrè s'était confessé

    Me Jean-Philippe Broyart : "Monsieur comment faites-vous pour annoncer l'évangile et violer des enfants. Moralement, spirituellement, comment vous faites ?"
    Philippe Détrè : Le viol des enfants c'était la face cachée de ma vie. La journée j'annonçais l'évangile avec ma foi. 
    Un autre avocat partie civile interroge : "Est-ce que vous vous êtes confessé ?"
    Philippe Détrè : "Oui"
    - "Est-ce que votre confesseur vous a dit de vous dénoncer ?" 
    - "Non"

    Une femme jurée apparaît clairement choquée. 

    Suspension de séance. 

    img_2613.jpg
    Luc Fons, avocat général - France TV

    Jean-Pierre, 55 ans, victime : "Trois mois avant son arrestation, je mangeais avec lui"

    "Lors de la première nuit c'était en 1972 ou 1973, j'avais 12 ou 13 ans. C'était au presbytère. Il m'a masturbé, je ne savais pas ce que c'était. Il me disait qu'il ne fallait pas s'inquiéter que c'était normal. Je tremblais".

    L'accusé se tient les mains. Se gratte la tête et reste assis dans son box. Jean-Pierre répond aux questions d'Anne Segond, la présidente. Il se souvient avoir été sucé par le prêtre Détrè et avoir été masturbé.

    "Trois mois avant son arrestation on a encore mangé ensemble [avec Philippe Détrè]. Ma soeur, croyant me faire plaisir, l'avait invité à manger. Je n'avais jamais rien dit, je croyais qu'il n'y avait que moi et j'éprouvais des difficultés à en parler".

    "Personne ne le sait encore aujourd'hui, cela a duré trois ans", témoigne Jean-Pierre qui dit ne pas avoir vu de psychologue. Aujourd'hui, j'ai trois enfants. J'ai fait ma vie. Je mets cela de côté. C'est pour cela que c'est très pénible cette audition aujourd'hui". 

    L'avocat général : "Monsieur Détrè, les faits commencent avant que vous soyez ordonné prêtre, pourquoi, alors que vos besoins sexuels sont là, vous demandez à être ordonné prêtre ?"
    Philippe Détrè : "Je ne voulais pas forcément être au contact des enfants"
    L'avocat général : "Vous aviez déjà abusé d'enfants ?"
    Philippe Détrè : "Oui"
    Avocat général : "Alors pourquoi avoir voulu continuer à être prêtre ?" 
    Philippe Détrè : "Je n'ai pas de réponse réfléchie à cette question."

    Hakim, 36 ans : "J'avais tout enfoui, complètement"

    La victime est prolixe, raconte son histoire avec des détails, s'exprime très correctement et ne semble pas avoir de séquelles comme quelques autres victimes qui éprouvaient des difficultés à s'exprimer.

    Paradoxalement, c'est lui qui semble également avoir le plus enfoui les faits. Il parle de certitude que rien n'avait existé à la certitude contraire aujourd'hui, à partir du moment où il s'est fait convoqué par les enquêteurs. 

    Actuellement, il donne des détails sur un séjour à la mer avec le père Détrè. Parle de la chambre de la couleur des draps. De son sommeil.

    "Je sens sa main qui glisse, je dormais à moitié, une main dure, pas agréable... Je sens qu'il éjacule, cette odeur âcre". Les mots sont crus, la victime associe aujourd'hui chaque geste contre lui à des sensations négatives. Il s'interroge se remémore des sentiments, se demande pourquoi il n'a pas réagi. 

    Marié, il croyait avoir eu son premier rapport sexuel avec sa femme. A présent, il essuie une lourde émotion à la barre. parle de son "amnésie traumatique" et se demande pourquoi il n'a pas parlé...

    "Si avant 2008, j'avais pu me souvenir de cela, j'aurais pu sauver des enfants." Il pleure à la barre et ne comprend pas pourquoi la durée de prescription est si courte. 

    maxsportsworldtwo230703.jpg
    MaxPPP

    Face à face entre Manuel et l'abbé Détrè

    "C'est honteux, détruisant, dégueulasse !", tape du poing sur la barre Manuel en regardant fixement l'abbé Détrè. Auparavant, il l'avait interpellé déjà à deux ou trois reprises, le montrant également du doigt. 

    L'abbé Détrè, reste assis. Quentin Lebas, avocat de la défense, lui assène : "Vous avez conscience que vous avez détruit une partie de son existence !"
    Philippe Détrè bredouille un pardon. Son avocat lui demande de lever les yeux. 

    Poignant témoignage de Manuel, 45 ans

    "Un truc de fou j'ai été deux fois victime". Par Philippe Détrè et un certain Bernard, qui aurait déjà été jugé selon la victime. 

    "Ma femme a dû subir les conséquences de ce que j'avais vécu. Je suis nerveux avec mes enfants. J'ai un langage insolent avec ma femme. Aujourd'hui, ma femme souhaitait me quitter."

    "J'ai vu des psychologues... Mon silence, ces maltraitances, m'ont détruit, humilié", déclare la victime à la barre, lisant une page sur laquelle il a écrit ses notes. 

    "Je suis là aujourd'hui pour ma femme, que j'aime. Je suis papa et parrain, on ne touche pas aux enfants, c'est honteux. Long silence. Je ne voulais pas venir au tribunal mais j'ai pris le train et je suis venu avec courage. 

    Voilà mon histoire d'enfance, je ne la souhaite à personne. J'ai toujours travaillé. Demain je reprends le train pour la Haute-Savoie et je vais me guérir."

    Témoignage de Jérôme B. à la barre

    Jérôme B. : "J'ai connu Philippe Détrè après ma communion, je suis allé dormir chez lui car je savais ce qui se passait chez moi avec mon père, malade alcoolique." La victime explique que déjà deux enfants dormaient ce soir là chez l'abbé Détrè. Jérôme a donc dormi avec l'abbé. La suite est malheureusement la même que pour les autres victimes : attouchements, fellations à la jeune victime... 

    "Je comprends avec le recul pourquoi il était particulièrement gentil avec les enfants", dit la victime qui se souvient d'un repas au restaurant que l'accusé lui avait payé. 

    Les faits se sont déroulés en 1999, la victime avait 12 ou 13 ans. Jérôme B. a refusé d'aller voir le psychologue enquêteur, mais a eu un suivi pendant deux ans un suivi psychologique : "C'est une histoire que j'ai mis dans un coin de ma tête. Aujourd'hui je suis sans domicile fixe, je n'arrive pas à me poser avec quelqu'un".

    Philippe Détré approuve la déclaration de Jérôme B. comme étant vraie. 

    maxsportsworldtwo230705_1.jpg
    MaxPPP

    Reprise d'audience à 14h

    Vous souvenez-vous de toutes vos victimes ?

    Jean-Philippe Broyart, avocat partie civile : "On a recensé 24-25 victimes. Vous souvenez-vous de toutes vos victimes ?
    Philippe Détrè : "Non, mais je ne connais pas Daniel, je ne l'ai jamais rencontré"
    Jean-Philippe Broyart : "Il dit avoir fait sa communion avec vous..."
    Philippe Détrè : "J'ai fait la communion de 350 à 400 enfants, mais je ne connais pas Daniel. Je n'ai pas fait ce qu'il dit."

    “ Avec certaines victimes, j'ai été plus entreprenant.”

    Philippe Détrè

    Les lectures de témoignages de victimes se poursuivent...

    Les lectures de témoignages de victimes se poursuivent par la présidente. Dans la salle d'audience, les avocats prennent des notes, examinent leurs dossiers, les neuf jurés sont concentrés sur la lecture des faits. Certains d'entre-eux prennent également des notes. 

    L'abbé Détrè est toujours dans son box, pantalon noir et manteau rouge, assis, les bras croisés. Il se lève à chaque fois que la présidente l'interroge.

    En revanche, sur les bancs publics de la salle, beaucoup de familles et de victimes entendues hier ne sont pas revenues. 

    detre-2.jpg

    Daniel : "J'ai téléphoné à une association d'aide aux victimes, car j'étais perdu"

    Charlotte Catrix, avocate de la partie civile, fait se livrer la victime sur sa vie actuelle. Difficile. Très difficile. "J'ai téléphoné à une association d'aide aux victimes, car j'étais perdu", explique Daniel.

    Philippe Détrè : "Je suis très malheureux parce qu'on me reproche des gestes dans une église que j'ai jamais faits. Oui, j'ai l'impression qu'il raconte des bobards. Pour toutes mes victimes, c'est dans l'anonymat de ma chambre, mais là dans l'église, à une quinzaine de mètres d'enfants qui attendaient, non."

    C'est la première fois depuis le début de ce procès que Philippe Détrè nie. Il nie même que Daniel soit une de ses victimes. "Si j'avais pris Daniel comme victime, je le dirai. C'est une réponse claire. Je n'aurais jamais fait cela dans la sacristie"

    “Il m'a dit que Dieu me punirait si je parlais.”

    Daniel

    Daniel, victime : "On se ment à soi même, mais il y a des bribes qui reviennent"

    Daniel, victime : "Il me mettait en confiance et souhaitait savoir si je me caressais", explique Daniel qui s'est présenté spontanément à la gendarmerie. "On se ment à soi même, mais il y a des bribes qui reviennent. Et le fait d'entendre son nom, ça a resurgi".

    "Je n'en avais jamais parlé, à personne. Et personne ne m'a dit des choses de ce type. (...) Il me précisait que c'était pour mon bien ces attouchements. Il a tenté de sucer mon sexe."

    "Il me disait que c'était un lieu (une église) qui communiait avec Dieu et que c'était secret. Je me suis mis à pleurer en le repoussant et je lui ai dit que j'allais en parler à mon oncle", lit la présidente à propos d'une audition précédente de la victime qui rétorque qu'ensuite le prêtre lui a promis que Dieu le punirait s'il parlait. 

    "Chantage, punition divine, c'est fort !", remarque Anne Segond, la présidente. 

    Reprise d'audience

    Philippe Détrè réagit au témoignage d'une victime, Florent, absent, lu par la présidente. La question porte sur un éventuel paiement de la victime en échange de faveurs sexuelles.

    Daniel, 43 ans, est maintenant à la barre. Originaire du Dunkerquois, il a connu Philippe Détrè au catéchisme. "J'ai un souvenir de quelqu'un de gentil mais voilà, il peut faire des choses (...) On allait avec la famille à l'église lors des fêtes. On voyait le père Détrè."

    Daniel a connu l'abbé Détrè alors qu'il avait 9-10 ans. Elevé par sa grand-mère maternelle, il a subi les agissements du curé à cette époque. La victime hésite à parler du fait que P. Détrè lui ait touché le sexe. 

    photo_82_1.jpg
    La cour avec au centre la présidente, Anne Segond - France TV

    “Je suis écoeuré de ce que j'ai fait.”

    Philippe Détré
  • Afficher les messages précédents

Le reste de l'actualité