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A quelle sexualité aspirent les personnes handicapées ? Comment peut-elle s’exprimer ? Un sujet qui reste tabou et que traite Wahiba Baha, de l’UNADEV, l’Union nationale des déficients visuels, mardi 28 février, sur le plateau de 9h50 le matin, dans sa chronique hebdomadaire.

Par Propos recueillis par Marie-Agnès Bourgain

Wahiba, pourquoi avez-vous voulu parler de ce sujet ?
      Wahiba Baha : Aborder la sexualité est un sujet délicat, car il traite tout à la fois l’intime de l’être et son intégrité, son identité, ses désirs, ses plaisirs, ses fantasmes, ses attentes, ses joies, ses souffrances, et ses frustrations aussi.
Aujourd'hui, en France, l'accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap ou de perte d'autonomie existe mais il n'est pas reconnu, et sa pratique est assimilée à de la prostitution. Il est vrai que de nombreuses personnes handicapées rencontrent des difficultés pour accéder à une vie affective et sexuelle du fait de certaines limites physiques et/ou psychiques.

Quels sont les obstacles les plus fréquemment rencontrés ?
WB :  D’une façon générale, les personnes handicapées sont associées à tout ce que notre société abhorre et rattache au malheur : la laideur, la dépendance, la maladie (voire dans le pire des cas la contagion). Sur le plan sexuel, elles sont souvent considérées comme asexuées ou impuissantes et, en tout état de cause, incapables de donner du plaisir, de vivre ou de partager une sexualité réussie ou épanouissante.
Les personnes handicapées vivent donc dans une société qui leur renvoie une image profondément dégradée d’elles-mêmes et qui refuse de les envisager comme des partenaires sexuels potentiels et banals, et ce, tous handicaps confondus.

Quelles sont les attentes des personnes handicapées en matière de sexualité ?
WB : Selon une étude de l'Appas (Association pour la promotion de l'accompagnement sexuel), la première demande concerne l'acte sexuel, surtout chez les 36-45 ans et les 26-35 ans. Viennent ensuite les câlins et le toucher, l'affection, la tendresse et la confiance en soi. Il est intéressant de noter que les personnes qui se sont manifestées pour participer à cette étude étaient âgées de 18 à 94 ans et que 5% seulement étaient des femmes !
appas-asso.fr

     Paradoxalement, le fait d’aborder le sujet de la sexualité des personnes en situation de handicap de façon particulière n’en fait-il pas des personnes à part ?
     WB : Si bien sûr, mais la question de la sexualité ne concerne pas seulement les personnes en situation de handicap mais toute la société. Par conséquent, elle ne peut être vue dans l’unique prisme de la morale dont chacun sait qu'elle est à     géométrie variable, ni de celui d'une seule catégorie de population qui en serait victime. Ce que certains de notre génération appelaient "la misère sexuelle" n'est pas l'apanage d’un seul groupe social, aussi particulier soit-il. Elle a été à certaines  époques celle de la jeunesse ou celle des immigrés… La liste n'est pas exhaustive et reste aujourd'hui une réalité, selon les conditions de genre et de sexe au sein de différentes sociétés.

   Que pensez-vous du débat qui se déroule actuellement concernant la légalisation d’une assistance sexuelle ?
  WB :  L’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap peut permettre d’alléger les souffrances induites par la misère affective, sensuelle et sexuelle liées au handicap. D’ailleurs, il est reconnu et pratiqué, ou commence à l’être, dans de nombreux   pays : Pays‐Bas, Norvège, Danemark, Autriche, Allemagne, Suisse, Belgique, République tchèque, Australie, Israël, Nouvelle‐Zélande, certains états des États‐Unis, etc. En France, je le disais au début de cet entretien, il est assimilé à de la prostitution. Moi, je suis pour,  à condition que cette assistance soit cadrée ; je veux dire par là qu’elle doit s’adresser uniquement à des personnes lourdement handicapées n’ayant aucune mobilité.


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