Fille de comte, épouse d'un noble picard, déshonorée par des brigands, faite prisonnière, puis aimée par un Sultan... Adèle de Ponthieu, qui vivait au XIIIe siècle, a connu un destin hors du commun, que nous rappelle Jean-Mary Thomas en partenariat avec l'Agince pour ech picard.

Par France 3 Picardie

Adèle, fille unique de Jean, Comte de Ponthieu, était tellement belle que lorsque Thibaut, le jeune Comte de Domart l'a vue il en a été ébloui, mais tellement ébloui qu'il ne dormait plus, ne mangeait plus, ne buvait plus.

Quelques mois plus tard, il se mit une corde au cou et passa un anneau au doigt d'Adèle, qui n'avait pas encore quinze ans.

Tout allait très bien, Thibaut était très amoureux d'Adèle, mais cinq ans plus tard ils n'avaient pas encore d'enfants. Adèle avait beau prier des nuits entières, rien à faire : son ventre restait plat.

Thibaut ne reprochait rien à Adèle, mais on voyait bien qu'il réfléchissait beaucoup à sa descendance. Puis tout d'un coup une idée lui chatouille le cerveau : « nous allons faire le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ! C'est notre dernier espoir ».

Quelques jours plus tard, le couple se mit en route avec des chevaux, des charrettes chargées de matériel avec des provisions pour manger, boire et se défendre. Nous étions au mois d'août, il faisait beau et l'équipage avançait rapidement.

Ils traversèrent les Pyrénées sans embarras puis, pour se reposer un peu, dressèrent leur campement à deux journées de Saint-Jacques.  

Après  manger, Thibaut et Adèle, qui n'avait  pas eu beaucoup d'intimité depuis quelques semaines, firent un tour dans les bois. Au bout d'un chemin sombre, ils virent sortir des buissons quatre bandits de grands chemins qui les entourèrent.

Thibaut qui n'eut pas le temps de saisir son épée, fut attaché à un arbre et Adèle traînée derrière une haie, où elle fut déshonorée. Le pèlerinage s'arrêta là et ils firent demi-tour pour rentrer tristement en Picardie.

Quand Jean, le comte de Ponthieu apprit le viol  de sa fille, son cœur en fut brisé. Le lendemain, il embarqua tous son entourage en bateau jusq'au milieu de la baie, demanda à ses hommes d'enfermer Adèle vivante dans un tonneau puis de le jeter à la mer.

Thibaut, en larmes, ne put empêcher le comte de laver le déshonneur de sa famille.

Après avoir dérivé durant une matinée, le tonneau fut repêché par un bateau de marchands flamands qui allaient commercer en orient. Quand ils virent la belle Adèle, ils la rassurèrent, puis la vendirent au Sultan d'Alméria, près de Cordoue en Espagne.

Ce dernier en tomba amoureux fou et l'épousa devant son peuple. Quelques mois plus tard, Adèle lui donna un fils.

Pendant ce temps-là, le comte de Ponthieu, rongé de remords, s'embarqua avec Thibaut pour rejoindre le roi de France en croisade. Passé Gibraltar, une forte tempête jeta leur bateau, qui se fracassa sur la côte d'Alméria.

Prisonniers des Sarrazins, le comte et Thibaut furent enfermés dans une prison du Sultan, qui demanda à les voir. Nos hommes arrièrvent enchainés devant lui et la Sultane voilée.

Adèle demanda à son mari de bien traiter les prisonniers de son pays, qu'elle alla voir le lendemain dans leur prison. Quand elle eut baissé son voile, le comte et Thibaut se sont mirent à pleurer comme des enfants.

Elle leur glissa un mot à l'oreille, puis partit en quête d'un bateau et de son équipage. Quand les marins virent le sac de bijoux qu'Adèle leur proposait, le marché fut vite conclu. Quelques jours plus tard, le comte, Thibaut, Adèle et son fils partirent en catimini par une nuit sans lune.

Ils traversèrent rapidement la mer Méditerranée jusqu'à Rome, où le pape les reçut. Leur histoire était tellement incroyable, qu'il leur donna l'absolution pour ce qui s'était passé. Enfin, il baptisa le fils d'Adèle, Guillaume de Ponthieu.