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Maladie de Lyme : symptômes, traitement, difficultés de diagnostic et déni français !

© MaxPPP
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Rodolphe Picquet est médecin généraliste et acupuncteur et chroniqueur santé pour Nord Pas-de-Calais Matin. Lundi 7 novembre, il revient sur la maladie de Lyme dans l'émission. N'hésitez pas à réagir à cet article dans le module de commentaires sur Facebook. 

Par France 3 Nord Pas-de-Calais

La maladie de Lyme est une maladie qui peut être grave. Elle est causée par les bactéries du genre Borrelia (spirochétes, bactéries en forme de spirale), qui se transmettent par les piqûres d’acariens, et en particulier les tiques. La maladie de Lyme tire son nom de la ville de Lyme (Connecticut) où elle a pour la première fois été suspectée vers 1975.

Les symptômes et difficultés de diagnostic

A la phase aigüe, le principale signe est une éruption rouge (l'Erythème Chronique Migrant) qui guérit spontanément. La phase secondaire, septicémique, qui apparaît quelques semaines ou quelques mois plus tard donne des manifestations cutanées (dermatites), neurologiques (paralysies par exemple), articulaires (poussées d'arthrite des grosses articulations) ou cardiaques (troubles du rythme). Cette phase guérit également spontanément. La phase tertiaire de la maladie de Lyme survient des mois ou des années après l'inoculation. Les manifestations rappellent la phase secondaire mais sont plus graves, car chroniques et rebelles aux traitements symptomatiques. Lorsque l’infection devient chronique, la maladie de Lyme peut être confondue avec quasiment toutes les maladies connues en médecine : fatigue chronique, fibromyalgie, syndrome thyroïdien, de douleurs migrantes, polyarthrite rhumatoïde, lupus, sclérose en plaque, spondylarthrite ankylosante, sclérose latérale amyotrophique, autisme, troubles psychiatriques... Mais ces expressions de la maladie de Lyme sont rarement reconnues, les médecins ne pensent pas toujours à faire passer les bons tests-diagnostiques et des dizaines de milliers de personnes pourraient être mal diagnostiquées.
Mieux diagnostiquer la maladie de Lyme

De plus en plus de cas...

Maladie rare autrefois, c’est devenue une épidémie galopante en Allemagne, où l’on recense un million de cas. 900 000 personnes ont été traitées en 2010. En Bavière, on considère que c’est la maladie infectieuse qui se développe le plus actuellement. C’est aussi le cas en Amérique du Nord, en Europe centrale, en Russie… La maladie de Lyme serait la maladie vectorielle qui se développe le plus de façon endémique dans le monde, selon le Docteur Richard Horowitz, membre fondateur de l’ILADS, spécialiste de la maladie de Lyme depuis 25 ans.

... Mais pas en France !

Mais, comme le fameux nuage de Tchernobyl, la maladie de Lyme se serait arrêtée à la frontière française. Les autorités sanitaires ne reconnaissent en France et pour la même année 2010, que… 5000 cas ! La cause est que non seulement la formation et l’information faites sur le sujet auprès des médecins français est insuffisante, mais aussi que le test de détection utilisé pour identifier cette maladie est très peu précis (avec beaucoup de malades non détectés). Ce test sanguin, appelé Elisa, est très peu sensible (avec au mieux 56% de sensibilité d'après le Dr Horowitz). Il existe un test un peu plus efficace (sans être infaillible), le test Western Blot, mais il n’est utilisé que pour confirmer le test Elisa, si celui-ci est positif. Le test de Western-Blot est presque généralisé en Allemagne, où il a été utilisé 500 000 fois en 2011. Cela explique, là-bas, une meilleure prise en charge des patients.
Une scientifique étudiant au microscope des tiques susceptibles de transmettre la maladie de Lyme à l'INRA de Maison-Alfort, en juillet 2016. / © BERTRAND GUAY / AFP
Une scientifique étudiant au microscope des tiques susceptibles de transmettre la maladie de Lyme à l'INRA de Maison-Alfort, en juillet 2016. / © BERTRAND GUAY / AFP

La Haute Autorité de Santé dans le déni

Malgré l’énergique mobilisation de plusieurs associations de patients et de médecins (Association Lyme Sans Frontières, France Lyme, Réseau Borréliose …) et l’engagement de grands noms de la médecine comme le Pr Luc Montagnier, Prix Nobel de médecine, les autorités restent hostiles aux recherches sur la maladie de Lyme.

Des milliers de patients en errance

Le résultat est que des milliers de personnes, mal informées, n’ont aucune occasion de s’apercevoir que leurs symptômes correspondent à la maladie de Lyme, et restent convaincues que leurs symptômes correspondent à une autre maladie, malgré l’inefficacité des traitements.

Le traitement officiel

Le traitement classique à la maladie de Lyme consiste à prendre des antibiotiques (Doxycycline, Rocéphine) pendant trois à six semaines. Mais dans certains cas, les bactéries "s'enkystent" dans les organes et résistent aux antibiotiques.

Des traitements complémentaires

Le traitement antibiotique étant le seul traitement proposé par la médecine conventionnelle, c’est dans le vaste domaine des traitements non-conventionnels qu’il faudra chercher, lorsque ce traitement échoue : antioxydants (Sélénium, vitamines C et E), probiotiques, détoxifiants, coenzyme Q10, vitamine B3, oméga-3... Si vous pensez être touché par la maladie de Lyme, il existe un livre écrit par Judith Albertat, touchée elle-même par la maladie de Lyme « Maladie de Lyme : mon parcours pour retrouver la santé » dans lequel elle fait le point sur la prodigieuse diversité des traitements qu’elle a dû entreprendre pour atténuer les insupportables symptômes qui ont failli briser sa vie.

Pourquoi tant de Lyme ?

Plusieurs explications, probablement complémentaires sont avancées à propos du rapide développement de cette maladie : 
  • le dérèglement climatique mondial. On a en effet montré que la température et l'humidité influençaient fortement le comportement de tiques porteuses de borrélies : elles sont deux fois plus mobiles, et recherchent plus activement des proies quand il fait chaud et sec.
  • la fragmentation des forêts favorise le recul des grands prédateurs et la pullulation des petits mamiféres qui nourrissent principalement les tiques vectrices de la maladie de Lyme.
  • la régression des prédateurs des tiques : lézards, tritons, salamandres, jeunes grenouilles, jeunes crapauds, certains invertébrés. Ces espèces ont effectivement souvent fortement régressé dans les milieux où les tiques pullulent maintenant à la suite de la généralisation de l'usage d'insecticides.

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