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Stéphanie Maccioni, diététicienne à l'Institut Pasteur de Lille est chroniqueuse pour Nord Pas-de-Calais Matin, chaque jeudi. Jeudi 24 novembre, elle nous parle de la satiété

Par Emmanuel Pall

La satiété, c’est ce sentiment de ne pas avoir faim entre les repas. Cela est différent du rassasiement qui est la sensation d’avoir assez mangé après un repas et qui dure durant la période de digestion. Il est intéressant de mieux comprendre ce phénomène lorsque l’on veut éviter les grignotages entre les repas parce que la faim revient trop vite. En revanche, la satiété ne pourra rien contre les grignotages liés à la gourmandise ou à l’ennui.

Comment notre corps et notre cerveau arrivent-ils à savoir que l’on n’a pas besoin de manger pendant plusieurs heures ?
Il faut savoir que le cerveau reçoit des informations en permanence sur l’état de nos réserves nutritives, soit par l’intermédiaire d’hormones, soit par des messages nerveux. Nos cellules graisseuses fabriquent de la leptine. C’est une hormone coupe-faim. Plus on a de réserves de graisses, plus on a de leptine. Il arrive souvent qu’après avoir perdu du poids, on se mette à avoir davantage faim car la quantité de leptine a diminué dans note organisme. Malheureusement, dans certains cas d’obésité, des individus ont développé une résistance à cette leptine, c’est-à-dire que même s’ils en fabriquent, le cerveau ne reçoit pas le message coupe-faim.
Une autre hormone coupe également la faim en fonction du repas ingéré : l'insuline. Elle est là pour diminuer le taux de sucre dans le sang et mettre ce sucre en réserve, ce qui évite le diabète. Si nous mangeons des sucres lors d’un repas, l’insuline envoie un message au cerveau lui indiquant que nous ne manquons pas d’énergie et que l’on peut attendre.
Une troisième hormone, la ghreline, est fabriquée par l’estomac aux heures de repas habituels en suivant notre horloge biologique. Elle indique au cerveau qu’il est temps de manger.

Que se passe-t-il lorsque nous mangeons ?
D’abord il y a un effet mécanique dû au remplissage de l’estomac. Des capteurs nerveux s’y trouvent pour indiquer au cerveau que l’estomac se dilate et qu’il est temps d’arrêter de manger.
Dès le début du repas, la ghreline, qui indique que l’on a faim, diminue, indiquant alors au cerveau que l’on a moins besoin de manger.
L’insuline qui rencontre du sucre contenu dans les aliments (les féculents, les fruits, les laitages, les desserts sucrés…) environ une demi-heure après le début du repas, envoie le message coupe-faim au cerveau.
Mais il se passe d’autres phénomènes dans notre tube digestif plusieurs heures après la fin du repas.
Pour faire passer les aliments digérés de nos intestins vers le foie (afin de les stocker, les redistribuer ou les éliminer), il existe la veine porte. Dans cette veine, se trouvent de nombreux capteurs de sucre qui indiquent si nous en avons assez ou s’il en manque afin de gérer les réserves. Il s’y en manque, le corps humain est capable d’en fabriquer lui-même à partir d’autres « ingrédients » :
- Les protéines : On les trouve dans les viandes, poissons, coquillages et crustacés, œufs, produits laitiers, légumineuses, céréales et les fruits de la famille des noix. Elles sont découpées en plus petites molécules durant la digestion. En cas de manque de sucre, les cellules de nos intestins sont capables de les transformer en glucose (le sucre qu’utilisent nos cellules). C’est ce que l’on appelle la néoglucogenèse (pour ceux que ça intéresse…) Ce sucre passant devant les capteurs de la veine porte envoie un message au cerveau lui indiquant que nous n’avons pas besoin de manger.

- Les fibres : on les trouve dans les fruits, les légumes, les légumineuses et les céréales complètes. On ne sait pas les dégrader. Mais nos bactéries intestinales s'en nourrissent et savent les transformer en toutes petites graisses que l’on appelle acide gras à chaine courte (pour ceux que ça intéresse toujours…). En cas de manque de sucre, notre organisme demande alors à nos cellules intestinales de les transformer à leur tour en sucre (encore la néoglucogenèse) qui sera détecté par les capteurs de la veine porte et prolonge la satiété.

Concrètement : Si l’on veut ne pas avoir faim trop rapidement et avoir une satiété qui dure longtemps, il faut dans nos repas des féculents qui amèneront progressivement du sucre lors de la digestion, des protéines et des fibres capables de se transformer en sucre par l’intermédiaire de notre intestin. Mais contre la gourmandise, ça notre intestin ne peut rien…

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