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© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau
© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau

Faire obéir un enfant, c’est l’aider à se construire de façon harmonieuse pour qu’il puisse devenir un adulte épanoui ! Mais cela suppose que les parents mettent des limites, comme nous l'explique Marylène Govin, psychologue clinicienne.

Par Gontran Giraudeau

Aimer son enfant, c’est l’éduquer afin de l’aider à se structurer pour qu’il puisse devenir un sujet épanoui dans la vie de tous les jours. Le facteur essentiel de sa construction est l’éducation que lui donnent ses parents. C’est elle qui lui permet de devenir un être « civilisé », un être qui n’est pas seulement guidé par ses instincts et son bon plaisir.

Cela suppose que les parents mettent des limites, ce qui est souvent difficile pour eux parce qu’ils ont peur que l’enfant souffre. Mais c’est une souffrance indispensable et constructive. Il faut lui poser des limites dès sa tendre enfance, le frustrer.


Accorder des permissions

La question de l’obéissance se pose dès qu’un bébé commence à se déplacer, vers l'âge d'un an. Il faut le laisser toucher à tout ce qui n’est pas dangereux. Comme il aura beaucoup d’autorisations, il acceptera d’être frustré de temps en temps.

Prenons l’exemple de l’enfant qui vient de saisir un couteau. Si le parent limite les interdits, il demandera calmement : « donne-moi ce couteau ». L’enfant qui n’est pas tenté par les transgressions le donnera sans problème. Car il sait que, si son père ou sa mère lui interdit de toucher cet objet, il doit y avoir une bonne raison, puisque, d’habitude, il a la permission d’explorer le monde.

Expliquer dans un second temps : l'obéissance intelligente

Reprenons l’exemple du couteau : dans l’obéissance intelligente, l’explication sur le danger devrait arriver après l’ordre de lâcher l’objet, et non avant. Car dans cette expérience, parents et enfant sont respectés dans leurs rôles.

Le plus jeune obéit tout en restant actif – c’est lui qui ouvre la main – et apprend quelque chose du monde. Et l’adulte est reconnu dans son autorité.

Plus tard, vers 6-7 ans, le même mode de communication se poursuivra, tout en privilégiant une obéissance qui respecte la singularité de l’enfant et fait appel à sa réflexion.

Un exemple : le parent pose clairement l’heure du coucher, en tenant compte du rythme particulier de son enfant. « C’est l’heure d’aller te coucher, mais comme tu es un petit dormeur, si tu n’as pas sommeil, tu peux lire une bande dessinée dans ton lit. »

Accepter les petites transgressions

L’obéissance intelligente demande de réajuster en permanence ses exigences en fonction de l’âge de l’enfant, de faire preuve de souplesse.

Ainsi celui-ci va-t-il, en grandissant, commencer à s’autoriser quelques écarts : rentrer cinq minutes plus tard que l’heure fixée par ses parents, regarder la télé avant de se mettre à ses devoirs. La bienveillance est la meilleure réaction.

Votre enfant fait ses devoirs après avoir joué aux jeux vidéo plutôt qu’avant, mais ses résultats n’en pâtissent pas ? Feindre de n’avoir rien vu s’avère la meilleure des attitudes.

Ces petites transgressions l’aident à grandir, elles lui prouvent que ses parents ne sont pas tout-puissants, qu’il peut s’en affranchir un court moment sans danger.


D’ailleurs, un enfant dont toutes les transgressions ont été sanctionnées et qui n’a jamais pris le risque de s’affirmer, peut se trouver fort dépourvu à l’adolescence : il aura alors des difficultés pour résister à ses copains, pour décider ce qui est bon ou pas pour lui.

Bannir le recours à la séduction

Par peur de perdre l’affection de leur enfant en le frustrant ou par lassitude devant le conflit, ils sont de plus en plus nombreux à avoir recours aux sentiments pour se faire obéir, à coups de « pour me faire plaisir ». Or, il ne s’agit pas de faire plaisir, mais de respecter la loi, incarnée par les parents.

Plus grave, en grandissant, les demandes vont changer et l’adolescent ne comprendra pas pourquoi sa séduction n’opère plus. Beaucoup d’adolescents ayant reçu cette éducation ne supportent plus aucune frustration. S’ensuivront alors conflits démesurés, menaces, et parfois violence. Surtout si l’on a eu recours à la menace physique pour se faire obéir.

Tenir bon à l'adolescence

Il questionne le bien-fondé des interdits, remet en question la loi, teste les limites et la cohésion parentale, etc. Mieux vaut donc prendre le temps d’affûter ses arguments quand on lui demande d’obéir et tenir bon.

L’adolescent a en effet besoin de sentir un cadre protecteur qui limite ses débordements. Il faudra cependant discuter différemment, en intégrant notamment la négociation, afin de lui laisser une marge de manœuvre.

Exemple : le parent dit minuit, l’adolescent veut une heure, la transaction est acceptable à minuit et demi. Il rentre à une heure moins le quart ? Lui faire remarquer son retard. Il rentre à 2 heures, lui montrer fermement son mécontentement, tout en lui accordant le droit à une seconde chance.

Bien-être - Picardie Matin (26/09/2014)