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© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau
© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau

Lafleur est un héros et personnage principal du théâtre de marionnettes amiénois depuis le XIXe siècle, héros frondeur et moqueur qui aime ridiculiser les gendarmes. Ses origines sont plutôt obscures.

Par Gontran Giraudeau

Au milieu du XIXe siècle, il y a eu un mouvement de retour à l'identité régionale, mouvement lancé notamment par Les Rosatis Picards.

Le 17 décembre 1876, Henry Daussy (qui a donné son nom à une rue d'Amiens) lança, dans son discours à l'Académie d'Amiens, un appel à sauvegarder la langue picarde. Il cita en exemple les théâtres de marionnettes de la ville, où l'on jouait des pièces et des « bouffonneries » en picard. Le héros de ces spectacles est, bien sûr, Lafleur, qui lui s'exprime toujours en picard.

Les origines de Lafleur sont plutôt obscures. La plus connue vient d'un procès-verbal découvert dans les archives départementales, à propos d'une querelle qui eut lieu pendant une procession de la Fête de la Vierge, le 15 août de l'année 1648, à Amiens.

Un noble, le Sieur de Coquerel, qui n'était pas satisfait de sa place, commença à perturber la procession avec son valet Lafleur : ils firent du bruit, bousculèrent tout-le-monde. À l'époque, il était grave de déranger les cérémonies religieuses. Toute l'affaire retombera sur les épaules du valet : Lafleur (qui serait originaire du village de Contre près d'Amiens). Ce dernier fut condamné et exécuté.

Plus tard, dans les théâtres de cabotans amiénois, le Lafleur remplaça peu à peu le Polichinelle italien, tout en gardant le costume des valets de comédie du XVIIIe siècle : veste et pantalon de velours rouge, chapeau noir à « queue d'aronde ».

Comme tous les valets de théâtre, c'est une « trogne », une figure truculente. Sa devise est : « Bien minger, bien boére, pi surtout, n'érien foaire ! » Et c'est qu'il ne faut pas lui marcher sur les pieds : notre homme est susceptible ! Naturellement, il est toujours aussi en délicatesse avec l'autorité, représentée par « chés cadoreux » (les gendarmes). Afin de leur faire voir à qui ils ont affaire, qui est le maître de St-Leu, il les fait s'enfuir en leur flanquant des coups de pied dans leur « panche ». La plus ancienne marionnette de Lafleur qui soit parvenue jusqu'à nous est le Lafleur de Louis Belette, datée de 1810 !

Comme on peut le voir encore aujourd'hui, dans le dernier théâtre amiénois Chés Cabotans d'Amiens (il y en eut 70 en deux siècles), Lafleur est le centre de tout un petit monde qui gravite autour de lui : Sandrine (sa femme, créée par Edouard David au XIXe); Tchot-Blaise, Papa-TchuTchu (le propriétaire) ; Popaul Calicot ; chés cadoreux...

Lafleur est aujourd'hui devenu le symbole de l'esprit picard : malin, gouailleur, frondeur, mais généreux.


Une histoire du picard - Picardie Matin (04/12/2014)

 

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