Sandrine est la femme du célèbre Lafleur, le Guignol amiénois. Aussi frondeuse et moqueuse que son homme, elle n'hésite pas à faire tourner un marchand de chapeaux, un peu escroc, en bourrique...

Par France 3 Picardie

Sandrine, la femme de Lafleur, est aux cent coups : son Lafleur n'est pas rentré depuis deux jours. Elle fait le tour des cafés de Saint-Leu : personne ; son ami Tchot Blaise ne l'a pas vu non plus ! L'oiseau est envolé.

La voila arrivée rue des Trois-Cailloux en train de chercher son homme quand elle tombe sur la vitrine d'un marchand de chapeaux. Elle n'en revient pas ! Elle qui adore les chapeaux reste plantée le nez collé sur la vitrine, bouche bée devant le chapeau de ses rêves.

Un beau chapeau jaune avec une longue plume de poule faisane et des grappes de fruits agrafés dessus : des pommes, des poires, des prunes, des groseilles, des mures, des noisettes... Sandrine se voyait déjà avec le chapeau sur la tête et traversant les rues de St Leu en se redressant comme une dinde au milieu d'une bande de dindons. Lafleur en tomberait « sur le cul ».

Oui mais voilà ! en regardant l'étiquette, son porte-monnaie s'est refermé à double tour et elle ne peut malheureusement pas compter sur son fainéant de mari ! Mais elle ne se laisse pas abattre et se dit : « c'est bientôt les soldes et je vais revenir »

Quelques semaines plus tard elle se précipite devant la vitrine en espérant que le chapeau y soit encore. Ouf ! il y est. Contente elle regarde le prix et là ! incroyable, le chapeau était plus cher qu'avant les soldes. « Mais quel voleur », se dit-elle et elle entre dans le magasin.

Elle se dirige vers l'étalage, décroche le chapeau, le met sur la tête et va se poster devant un miroir ; là elle tourne la tête de droite à gauche, la baisse, la relève, prend des poses de mannequins qui attirent l'attention du marchand.

« Est-ce que je peux vous aider Madame ?

- Mais bien sûr, dit Sandrine, il faudrait enlever la plume car mon mari ne les supporte pas, il craint la grippe aviaire.

- Si ça n'est que cela ce sera vite fait ! Regardez !  et il arrache la plume.

- Bien, dit Sandrine, mais il faudrait aussi dégrafer les bouquets de fruits qui pendent partout car dans St Leu il y a des bandes d'étourneaux dans les arbres et j'ai peur qu'ils se jettent sur moi pour les manger.

- Je trouve que c'est un peu dommage, répond le marchand, mais chez nous le client est roi. Il retire une à une toutes les grappes de fruits qui ornent le chapeau.

- Ah! c'est mieux dit Sandrine, mais est-ce que vous pourriez aussi découper un trou dans le haut du chapeau car je transpire beaucoup et j'ai besoin d'avoir le cerveau ventilé ?

- Un trou ? Mais vous n'y pensez pas ! Un si beau chapeau ! Je ne comprends pas, mais dites-moi ce qu'il se passe ?

- Vous pouvez même faire deux trous pendant que vous y êtes comme ça le baudet qui achètera votre chapeau pourra y passer ses deux oreilles ! »