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© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau
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Qu'ils soient liés au physique, à l'origine sociale ou au niveau d'études, les complexes mettent à mal l'estime de soi. D'où viennent-ils ? Peut-on s'en débarrasser ? Ont-ils une utilité ? Toutes les réponses avec Marylène Govin, psychologue clinicienne.

Par Gontran Giraudeau

Les complexes sont des défauts auxquels on attache une grande importance et qui peuvent être aggravés par le regard des autres. Lorsque l’on parle de complexes, on s’attache essentiellement à parler de complexes physiques, mais il en existe d’autres : le complexe social, le complexe d’infériorité intellectuelle.

Dans tous les cas, on se focalise sur un élément auquel on attribue cette impression de dévalorisation. Il faut savoir que les personnes complexées sont le plus souvent les femmes et les adolescents.

Problème d’estime de soi, et de confiance en soi, l’apparition des complexes chez une personne remonte souvent à l’éducation et l’environnement social dans lequel l’enfant à évoluer.

Parents trop protecteurs, ou pas assez, comparaison avec d’autres, les complexes trouvent leurs racines dans notre inconscient. La thérapie cognitive et comportementale ou un travail psychanalytique permettent de travailler sur le regard que l’on porte sur soi et s’accepter. Quand ils deviennent une véritable obsession, on parle de dysmorphophobie.

Dans la majorité des cas, il n’y a pas de causes réelles, comme une malformation physique de naissance, sont très rares. Quel que soit son physique, même avec un handicap, si l’on a eu des parents qui nous ont trouvé une valeur au-delà de ce handicap, on réussit à vivre avec son handicap. Bégaiement, nez de travers, oreilles décollées, kilos en trop… Autant de petits défauts qui peuvent se transformer en véritable obsession.

Ces complexes peuvent être physiques mais aussi sociaux ou encore intellectuels et deviennent parfois un véritable handicap social. Dans tous les cas, l'estime de soi est mise à mal. Beaucoup d'hommes et de femmes complexent parce qu'ils ne correspondent pas aux standards de la mode et des magazines.


Les critères de beauté évoluent selon les époques

Si les corps minces et athlétiques sont aujourd'hui valorisés, il n'en a pas toujours été ainsi. De l'Antiquité jusqu'au XXIe siècle, les standards de beauté n'ont cessé d'évoluer. Au Moyen-Âge, c'est la femme qui incarne la beauté. Elle doit être blonde, symbole de la puissance viking et avoir le teint pâle. Une importance particulière est accordée au front. Plus il est imposant, plus la femme est attirante. La couleur rousse est proscrite car associée par l'église à la sorcellerie. Certaines rousses se teignaient les cheveux avec de l'encre pour éviter de finir sur le bûcher.

Le plus souvent, la cause d’un complexe est imaginaire. On a un sentiment global de malaise, dont on ignore la nature et l’origine. Pour qu’il ne devienne pas invivable, on l’accroche à une « bonne » raison, à une cause limitée.
Du coup, il devient plus facile à cerner, il fait moins peur. C’est une sorte d’économie psychique.

La cause à laquelle on attribue un complexe (son nez, ses seins…) est-elle révélatrice de quelque chose ?​ Oui, mais cela ne se décode que très lentement. Tel est le cas pour le complexe. Ainsi, face à une adolescente qui veut absolument se faire refaire la poitrine, plutôt que de se précipiter chez le chirurgien, il est important de l’interroger sur la façon dont on considère le corps dans sa famille, sur ce qu’elle pense de sa féminité, sur ce que sa mère en pense, si elle se sent autorisée à devenir une femme etc.
 

Comment se débarrasser d’un complexe ?

On peut se débarrasser d'un complexe en faisant ce travail de décodage en profondeur sur soi-même, son environnement familial, en se demandant d’où il vient. Parce que les « bénéfices narcissiques » que l’on peut trouver dans sa vie adulte sont rarement suffisants pour se reconstruire.

Une femme qui n’a pas été reconnue et valorisée dans son sexe quand elle était petite peut continuer toute sa vie à douter d’elle. Même si les plus beaux hommes sont à ses pieds.


Les complexes ont-ils une utilité ?

Il y a autant de réponses que d’individus. Se sentir complexé peut servir à ne pas affronter les difficultés. Si l’on se dit : « ce n’est pas la peine que j’essaye, je suis beaucoup trop nul de toute façon et je n‘y arriverai jamais », on est tranquille. C’est un langage très fréquent à l’adolescence.

Un complexe peut aussi servir à reprendre à son compte un interdit parental. Si mes parents m’ont interdit de vivre, le fait que je sois complexé sera un bon moyen pour ne rien entreprendre et leur rester en cela fidèle sans le savoir.
Une autre fonction du complexe peut être de protéger les autres.

Si, dès ma naissance, j’ai eu l’impression de déranger mon grand frère, de lui prendre sa place, j’aurais l’impression de moins lui faire de l’ombre en me sentant nul en maths, par exemple.


Peut-on guérir des complexes ?

Il est possible de guérir en passant par une thérapie, décoder ce qui se cache derrière « son complexe » et apprendre à le vaincre. On peut également transformer ses complexes en atout, en faire une « force » et on fabrique sa personnalité autour de ce « complexe » qui devient un atout…être grande…être rousse…

Et grâce à cette personnalité hors du commun et à son caractère bien trempé, on réussit à transformer son complexe en atout. Un beau pied de nez à tous ses détracteurs. Apprendre à s’aimer avec ses défauts.

Psycho - Picardie Matin (04/03/2016)