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© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau
© France 3 Picardie / Gontran Giraudeau

C’est Irène Théry, sociologue, qui a inventé en 1987 l'expression famille recomposée. Il y en aurait 720 000 familles en France, un enfant sur dix vivrait avec un beau-parent. Quelle est la place de chacun dans ce nouvel ensemble et particulièrement celle du beau-parent ?

Par Gontran Giraudeau

Pour se structurer, l’enfant a besoin de comprendre que son beau-parent n’est pas un copain ou un égal, mais un adulte, sur lequel il peut compter et à qui, en échange, il doit respect et obéissance. Le beau-parent a un rôle éducatif et, au minimum, le devoir d’autorité et de protection, sans pour autant se substituer au père ou à la mère.

Dans cette relation – qui dépendra de ce qu’il se sent prêt à investir et de ce que l’enfant a besoin de trouver auprès de lui –, le rôle du parent présent est décisif. Il doit aider son conjoint à prendre sa place dans la famille, en le responsabilisant et en lui laissant des initiatives en matière de vie familiale.

Pour autant ce n’est pas toujours aussi facile… Il y a des rancœurs, des jalousies, des rivalités parfois insensées, car ce sont avant tout des histoires d’amour. C’est douloureux pour une mère de voir une « belle-mère » s’occuper de ses enfants ou le contraire pour un père. Bien souvent, cela se passe beaucoup mieux entre les enfants, des relations se nouent, ils aiment en général, leur fratrie élargie.

On les nomme d’ailleurs des « quasi » frères et sœurs, qui ne partagent aucun lien de sang. Quant à l’enfant du couple nouvellement formé, c’est lui qui fait le lien entre tout le monde. L’enfant semble souvent très attaché à rassembler autour de lui toute la constellation familiale même celle « recomposée ». L’enfant a besoin de pouvoir se raconter à lui-même sa propre histoire. Il est grave d’effacer une partie de sa vie. Il faut être dans l’idée de l’ajout plutôt que dans celle de l’alternative et de la rivalité. Et respecter le lien électif : si un enfant aime beaucoup sa belle-mère, on pourrait jusqu’à imaginer que si le père s’en sépare, un lien pourrait être maintenu.

Même si tout cela est complexe ! Parfois, il faut savoir se montrer inventif afin de composer au mieux avec ces nouvelles configurations familiales.


Comment se faire appeler ?

Évidemment, l’appellation « papa » ou « maman » n’est pas souhaitable, surtout si le vrai papa ou la vraie maman participe à l’éducation de l’enfant. Se faire appeler par son prénom est la pratique la plus courante. Si elle facilite la relation au début, cette pratique est ambivalente, car elle ne permet pas de nommer explicitement les places respectives de chacun et ne pose pas clairement les limites entre l’enfant et l’adulte. Il est donc essentiel que le beau-parent ne joue pas au "copain" avec l’enfant et que sa place d’adulte soit clairement signifiée par des responsabilités précises.

Il faut parfois accepter le surnom choisi par l’enfant, il a l’avantage de marquer à la fois le statut particulier de cet adulte-là et d’être porteur d’une charge affective qui crée du lien.

Psycho - Picardie Matin (22/01/2016)