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La drogue dure dans la campagne picarde, ce fléau

Grand format - La drogue en milieu rural
Un dossier signé Pierre-Guillaume Creignou, Aurélien Barège, Yves-Olivie Ebe, Cédric Pasquier et Sébastien Le Fur ; Intervenants : Messaouda Yahiaoui, avocate d'une prévenue ; Gautier Lecardonnel, journaliste police-judicice au Courrier Picard ; Guillaume Galou, commandant de la brigade de Péronne ;

La consommation et le trafic de drogues dures gangrènent la campagne picarde. Comment devient-on accro à la drogue dans un bourg, un village ? Comment les trafics prospèrent dans la quiétude des campagnes ? Nous avons tenté de comprendre.

Par France 3 Picardie

Récemment, un réseau de trafic d'héroïne a été démantelé dans l'est de la Somme, avec une interpellation de 11 hommes et femmes âgée de 24 à 37 ans à la clé à Péronne, Roisel et Chaulnes. Mais qui sont-ils ? Y a-t-il un profil type du toxicomane et du trafiquant de drogue en zone rurale ?

La plupart du temps, il s’agit de personnes en situations de précarité et de grande fragilité sociale et économique, "dont la consommation d’héroïne, occasionnelle, est essentiellement conditionnée par les rentrées d’argent", selon l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). 

Roisel, point stratégique du trafic


En Picardie, c'est la Somme qui est la plus touchée, autant en termes de trafic que de consommation. "Les toxicomanes de Péronne vont chercher leurs produits en Belgique plutôt que d'aller s'alimenter à Amiens Nord où c'est beaucoup plus cher", décode Gautier Lecardonnel, journaliste police/justice au Courrier Picard.

Dès lors, les allers-retours se multiplient pour les trafiquants. Le gramme acheté à 8 euros se revend à 20. C'est l'A1 qui mène aux supermarchés de la drogue, avec comme 
point de départ et d'arrivée du trafic Roisel et ses 1700 habitants. Ils sont tous témoins des deals quotidiens. Vieilles dames, écoliers et dealers se cotoient. Ces derniers ne se cachent même pas pour "faire le job" en pleine rue.


Prêts à tout pour se fournir


À la campagne, les dealers sont d'abord de gros consommateurs, extrêmement dépendants. Dans son enquête, Guillaume Galou, Commandant de la Brigade de Péronne, l'a constaté : les toxicomanes sont prêts à tout pour trouver de l'argent. "On sait très bien que certains consommateurs peuvent être ammenés soit à revendre pour financer leur propre consommation soit à procéder à un certain nombre de délits type cambriolages ou vols à la roulotte..."


C'est valable à Péronne, Chaulnes, Ham... Difficile de dire combien de personnes en vivent, et combien en meurent... Les overdoses ne sont pas rares. Pour se sevrer, des médicaments de substitution existent, donc le plus connu est le Subutex. Une pharmacie du secteur confie posséder pas moins de vingt dossier pour ce traitement. C'est énorme. 

Problème, ce médicament fait lui-même l'objet de trafics. "Ces traitements sont gratuits et sont parfois revendus pour payer de la drogue. Parfois, j'ai sept ou huit demandes par jour... Là on sait que c'est pas pour le traitement, c'est pour revendre", confie un pharmacien sous couvert d'anonymat. 

S'en sortir


Alors, comment sortir de cette spirale infernale ? Le Mail est une structure qui accompagne les toxicomanes, comme ceux de Roisel. Elle se charge par exemple de soins psychologiques parfois imposés par la justice. "Certaines consommations sont tout simplement liées à l'ennui, on a beaucoup de cas sur Péronne, avec des personnes qui n'ont pas accès au travail", constate une employée.

C'est aussi le signe d'un profond mal-être. Et sortir de la drogue implique paradoxalement de se couper d'une certaine forme de vie sociale. "C'est aussi difficile d'arrêter la consommation que d'arrêter tout ce qu'il y a autour : la vente, les relations de leur cercle..." 


L'impuissance des pouvoirs publics


Les rechutes sont fréquentes. En première ligne dans nos villages, les maires voient tout, impuissants. Après le dernier coup de filet, le business de l'héroïne serait désormais à terre… Mais, pour combien de temps ? Il y aura toujours des clients, des malades… des accros aux produits… À la campagne, aujourd'hui, comme en ville, dès qu'un réseau tombe, un autre le remplace. 

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