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Guerre 14: Amiens, l'invention du camouflage moderne

© collection André Maire
© collection André Maire

En 1915, est créé à Amiens le premier atelier de camouflage. Un livre retrace cette aventure militaire et artistique tandis que la ville d'Amiens a décidé de faire du camouflage le fil rouge de la célébration du centenaire de la première guerre mondiale.

Par Thierry Bonte

Dès 1914, l'irruption de l'aviation bouleverse les règles de l'observation militaire. Du ciel, on distingue désormais aisément les positions ennemies. Il faut donc cacher les batteries de tirs.Comment faire? Se camoufler. C'est autour du décorateur et artiste Lucien Victor Guirand de Scévola que s'organise la première section du genre. Un atelier va voir le jour en 1915 à Amiens à l'emplacement de l'ancienne halle au blé.

Des centaines d'ouvriers
Le site de la halle au blé qui abrite à l'époque la salle des fêtes d'Amiens est parfaitement adaptée à cette activité. Le batîment est composé d'une grande cour intérieure et d'une vaste verrière dont la hauteur permet la manipulation d'objets de grandes dimensions. Un premier arbre factice sort de cet atelier et sera "planté" à Lihons-en-Santerre (80) le 16 mai 1915.
collection André Maire
collection André Maire
Le test est concluant. Pétain demande qu'on développe l'activité et la section spéciale de camouflage est créée le 14 août de la même année.  Pendant deux ans, Amiens va accueillir de nombreux ateliers qui emploieront des centaines d'ouvriers.Charpentiers, serruriers, stucateurs, carrossiers s'activeront dans les ateliers situés à l'école des Beaux Arts ou à la Hotoie.Le savoir-faire des femmes est largement mis à contribution pour coudre les bâches et les toiles en rafia. Un atelier belge voit également le jour dans le quartier saint-leu.

Les cubistes mobilisés
Considérés comme des trouble-fête, accusés même de faire de l'art "boche", les cubistes seront appelés à prendre part à cet art nouveau du camouflage. "Ils étaient devenus mâitres dans la tactique de la "déconstruction" assure Cécile Coutin, auteure d'un ouvrage récent  intitulé "Tromper l'ennemi, l'invention du camouflage moderne". Ils savaient représenter les objets sous toutes leurs facettes même celles que l'on ne voyait pas. C'est leur mouvement novateur qui va favoriser l'apparition d'une nouvelle esthétique au service de l'illusion. Des sculpteurs et peintres comme Paul Landowski, Henri Bouchard,  Charles Dufresne, Jean-Louis Forain ou Joseph Pinchon, le "père" de Bécassine vont concevoir des vaches artificielles, de faux chars et des fermes imaginaires. En tout, plus de 200 artistes vont travailler au service de cette section.

Les anglais se cachent aussi
A la fin de l'année 1916,  l'armée britannique récupère cette activité devenue essentielle à la préparation des combats. Les ateliers sont déplacés à Chantilly où se trouve le quartier général de la Royal Army. C'est sur l'hippodrome de la ville qu'un immense atelier de camouflage va être installé jusqu'à la fin du conflit. "L'histoire du cette technique au croisement de l'art graphique et de la pratique militaire est difficile à décrypter, confie Cécile Coutin. Par définition, cette activité devait rester dissimulée. On dispose donc de très peu de documents visuels pour illustrer et avérer la connaissance que nous avons de cet aspect peu commun de la première guerre."  

Un centenaire en trompe-l'oeil
S'appuyant sur les découvertes de cette historienne, la mairie d'Amiens a décidé de faire du camouflage, le fil rouge de la célébration du centenaire de la guerre 14-18. Des trompe-l'oeil seront exposés dans la ville sur les façades de certains bâtiments à partir du 23 avril pour annoncer l'ANZAC Day. Des étudiants de l'ESAD (Ecole supérieure d'art et de design) vont également fabriquer quatre oeuvres sur le thème "voir sans être vu",qui seront installées dans l'espace public. L'art du leurre sera également à l'honneur au Centre D'interprétation de l'Architecture et du Patrimoine à partir du 31 mai à Amiens. 



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