Guerre en Ukraine : "que vont-ils faire de ces traumas ?", quand le soutien psychologique des réfugiés s'organise

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La guerre engendre son lot de traumatismes, auxquels les Ukrainiens sont aujourd'hui confrontés. En Hauts-de-France, des initiatives se mettent en place pour recenser des psychologues ukrainophones et russophones.

Après le choc, le réveil des traumatismes. Depuis le début de la guerre, le 24 février, plus de 5 millions de personnes ont fuit l'Ukraine, selon les chiffres du Haut-Commissariat aux réfugiés, publiés mercredi 20 avril. Elles seraient près de 50.000 a avoir rejoint la France, plusieurs centaines en Hauts-de-France. Et si la priorité des premières semaines a été la mise à l'abri sécurisée de ces exilés, survient aujourd'hui la question de la santé mentale.

Car les premiers signes de symptômes de stress post-traumatique se font sentir chez les déplacés ukrainiens. De façon multiples et variés : angoisses, tristesse, culpabilité, perte d’intérêt, ruminations, troubles du sommeil, cauchemars, flash-back etc. "Ils peuvent apparaître dans un délai de trois jours à un mois après l’exposition à un évènement traumatique, explique le réseau national de l'urgence médico-psychologique.

En quête de psychologues bilingues

Pour faire face à cette détresse, plusieurs initiatives ont vu le jour dans la région. Avec ce défi commun : trouver des psychologues ukrainophones et russophones pour aider les réfugiés. Il y a près de deux semaines, la psychologue Evelyne Pogosian, basée dans la Somme, a créé un groupe Facebook intitulé Psychologists for ukrainiens pour recenser des thérapeutiques bilingues, et les mettre en liens avec des exilés dans le besoin.

A ce jour, la liste compte une vingtaine de psychologues, tous bénévoles, qui proposent des séances en présentiel ou à distance. “Il y a une forte demande, constate la thérapeute d'origine ukrainienne. Et en même temps, il y a encore une forme d'hésitation, car ces personnes sont encore dans le choc de ces événements et restent très méfiantes."

Ces personnes ont été confrontées à la mort potentielle de leurs proches, sans rien pouvoir faire, et sont aujourd'hui dans une très grande culpabilité.

Evelyne Pogosian, psychologue et administratrice du groupe Facebook "Psychologists for ukrainiens"

Les cadavres de Boutcha, les victimes de viols, les bombardements sur des civils... Le conflit en Ukraine regorge d'images brutales, violentes, indécentes. "Qu’est ce qu’ils vont faire avec ces traumas ?, interroge Evelyne Pogosian. Même les personnes qui ont de la famille en Ukraine ont vécu ce trauma de manière secondaire. Car elles ont été confrontées à la mort probable de leurs proches, sans rien pouvoir faire, et sont aujourd'hui dans une très grande culpabilité."

Les initiatives particulières en première ligne

D'autres initiatives similaires sont déployées en Hauts-de-France pour répondre à cette problématique de santé. Portail d'Ukraine, association basée à Lille, très active depuis le début du conflit, assure également le lien entre psychologues et réfugiés. Irina Lampeka, une de ses membres, dit avoir trouvé deux à trois thérapeutes ukrainophones et/ou russophones. "Mais ce n'est pas évident, explique-t-elle. Surtout que les psychologues spécialisés dans ce genre de traumatisme sont souvent francophones."

Depuis le début de cette guerre, les initiatives particulières - largement relayées sur les réseaux sociaux -  devancent celles des institutions. Ce fut le cas pour l'aide d'urgence (denrées alimentaires, médicaments, vêtements...) acheminée en Ukraine comme pour l'accueil de réfugiés au sein de familles. Un constat qui semble valable pour la mise en place d'un soutien psychologique ces derniers temps.

Que font les établissements psychiatriques ?

A ce jour, à notre connaissance, aucun établissement psychiatrique de la région n'a communiqué sur cette prise en charge des victimes de traumatismes de guerre. Contacté, le CHU de Lille répond que "les professionnels travaillent à l'organisation d'un soutien psychologique avec les acteurs du territoire mais ce n'est pas encore abouti". L'établissement public de santé mentale de la Somme n'est pas plus avancé.

A l'échelle nationale, plusieurs associations mettent en œuvre un soutien psychologique. C'est le cas, entre autres, de l'Aide médicale et caritative France-Ukraine. Ou bien de ce site, ou celui-ci, qui répertorient des thérapeutes bilingues, disponibles pour venir en aide aux réfugiés en détresse.