Hauts-de-France : les jeunes urbains et les jeunes ruraux toujours pas à égalité face aux études supérieures

Publié le Mis à jour le
Écrit par Yacha Hajzler

L'INSEE des Hauts-de-France a chiffré des tendances migratoires entre les villes et les campagnes. Ces études mettent en relief une nouvelle dynamique lors du passage aux études supérieures, et soulignent des difficultés propres aux jeunes ruraux.

Plus loin de chez eux, plus tôt, plus contraints par leurs moyens... Les jeunes ruraux font face à des défis spécifiques à leur territoire tout au long de leur scolarité. C'est ce qui ressort en filigrane d'une étude menée par l'INSEE Hauts-de-France et présentée à la presse ce 18 janvier. 

Selon l'institut statistique, au 1er janvier 2018, 1,7 million d'habitants de la région sont âgés de 3 à 24 ans. 27% d'entre eux vivent dans une commune rurale. Au sein des Hauts-de-France, les disparités sont importantes, au point que certains départements deviennent difficilement comparables comme le Nord et l'Aisne. Dans le premier, la part de jeunes ruraux est de 14%, le taux de le plus faible de la région. Pour le second, cette proportion monte à 56%. 

Pour les jeunes ruraux, aller en classe est deux fois plus long

Dès leur plus jeune âge, ils sont confrontés aux disparités de la carte scolaire : 43% des élèves de 3 à 10 ans sont scolarisés hors de leur commune de résidence, contre seulement 16% des jeunes urbains. Cette proportion s'accentue encore lors du passage au lycée. En ville, 60% des adolescents font le déplacement hors de leur commune de résidence, contre 96% à la campagne.

"Le passage au lycée accentue particulièrement les disparités entre jeunes ruraux et urbains : il accroît fortement les distances parcourues du domicile à l'école ainsi que le temps de trajet", reconnaît l'INSEE. Les jeunes ruraux parcourent en moyenne 20km entre leur domicile et leur lieu de scolarité, et ont un temps de trajet d'environ 22 minutes. En comparaison, les jeunes urbains ont un temps de trajet réduit de moitié.

Dès 18 ans, la mobilité intra-régionale pour aller au devant des études supérieures est telle qu'elle déséquilibre significativement la proportion des jeunes ruraux : "de 30 % entre 3 et 17 ans, cette part chute à 22 % dès leur 18 ans." Là encore, des disparités régionales sont à noter. Alors que l'académie de Lille accueille plus d'étudiants qu'elle n'en laisse partir, trois bacheliers sur dix quittent l'académie d'Amiens pour poursuivre leur études. 

En milieu rural, l'apprentissage privilégié

Les 3/4 des jeunes restés en milieu rural poursuivent également des études, le plus souvent dans des filières professionnelles. Ils sont 11% à entrer en apprentissage, contre 7% en ville. 

La situation crée une forme de pénalité économique, qui pèse sur les jeunes ruraux et leurs familles. "Nous n'avons pas d'éléments statistiques dans cette étude, mais effectivement, il existe des freins à la mobilité en milieu rural. Quand ils continuent après le bac, les jeunes ruraux sont forcés de s'installer en ville, où sont concentrés les établissements d'études supérieures, et cela représente un coût économique. Cela doit sans doute freiner une partie de cette population, qui va plutôt aller vers l'enseignement professionnel, plutôt assuré en lycées, qui sont un peu mieux répartis sur le territoire" répond l'INSEE à France 3.

Dans une autre étude, l'institut statistique constate également que la situation présente des inconvénients et des avantages. "Malgré une part des non-diplômés en baisse depuis plusieurs années, le niveau de formation des actifs reste moindre dans l’espace rural par rapport à l’ensemble de la région : 25 % d’entre eux n’ont aucun diplôme, contre 22 % dans la région. Cependant, dans l’espace rural, le taux de chômage est inférieur de plus de 3 points au taux régional (13,3 % contre 16,5 % en 2013)."