Incendie de Lubrizol à Rouen : un nouveau coup dur pour les agriculteurs de Picardie

L'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen a eu des conséquences sur la filière agricole dans la Somme, l'Aisne, l'Oise, notamment les producteurs de lait. / © FTV/E.Henry
L'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen a eu des conséquences sur la filière agricole dans la Somme, l'Aisne, l'Oise, notamment les producteurs de lait. / © FTV/E.Henry

Depuis dimanche 29 septembre, les activités agricoles d'une centaine de communes dans l'Aisne, l'Oise et la Somme sont suspendues par mesure de précaution : de la suie issue de l'incendie de Lubrizol de Rouen y a été identifiée. Un nouveau coup dur pour les agriculteurs après la sécheresse de l'été.

Par C.Di Crescenzo/J.Alberts


Pierrick Fontaine est agriculteur à La Capelle dans l’Aisne avec son fils Pierre-Yves. Sa commune est concernée par l’arrêté préfectoral. Depuis dimanche, les camions citerne de la coopérative laitière ne viennent plus récupérer le produit de la traite de ses vaches. "Comme le lait n’est pas ramassé, le stockage va finir par poser problème, explique-t-il. On peut stocker jusqu’à 8 traites soit 4 jours de lait. Mais si finalement on peut le vendre, est-ce qu’on va pouvoir le faire vu le temps pendant lequel il sera resté dans les cuves ? S’il est contaminé, on ne va pas pouvoir l’épandre dans les champs. Donc, qui va le détruire et comment ?"
 

Indemnisés oui, mais quand ?


Beaucoup de questions qui pour le moment restent en suspens. La situation est pour le moins inconfortable pour lui et ses collègues dont l'exploitation se situe dans la zone concernée par les retombées du nuage de fumée de l'incendie de Lubrizol à Rouen. "On subit encore une catastrophe. On n’y est pour rien. On est déjà montrés du doigt…Ce qui est fait, c’est bien pour le consommateur. "

Pour un producteur, traire ses bêtes et jeter son lait, c’est très difficile. Pierrick Fontaine, producteur de lait à La Capelle


Lundi 30 septembre, en visite chez un agriculteur de Seine-Maritime, le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a promis une indemnisation totale aux agriculteurs affectés.

Crise ouverte


Cette indemnisation, c'est bien la seule chose dont Pierrick est certain. C'est le temps que ça prendra qui l'inquiète. "A priori, on n’aura pas de perte parce qu’on sait qu’on sera indemnisés. Mais quand ? En attendant, il faudra gérer les trésoreries. Parce que ça se chiffre en milliers de litres de lait et en milliers d’euros. Et pour le bétail, est-ce que le bétail va pouvoir pâturer ? Si ce n’est pas le cas, on va avoir un problème avec les stocks de fourrage", s'interroge l'agriculteur.

Ca se chiffre en milliers de litres de lait et en milliers d’euros.


Des stocks entamés plus tôt que prévu cet été à cause de la sécheresse. Une profession qui parle clairement de crise ouverte. Dans l'Aisne, 14 communes du nord du département de l'Aisne sont actuellement concernées par la suspension des activités agricoles sur une bande allant de Saint-Quentin à Hirson.
 

Les cultures consignées


Et à l'heure des récoltes, toutes les cultures dans les secteurs concernés sont gelées. Les betteraves et les pommes de terres qui attendaient sur le bord des routes d'être livrées aux usines sont "consignées". Même chose pour les éleveurs de poules qui doivent consigner les œufs. Tout est arrêté dans l'attente de "garanties sanitaires suffisantes" que doivent apporter des prélèvements réalisés par les services de l'Etat.


L’urgence, c'est pour les producteurs de lait parce que le lait est un produit périssable. "C’est une crise agricole qui se dessine. Il faut qu’on sache la vérité. On est des victimes. On n’avait pas besoin de ça mais ce qui importe c’est que la transparence soit faite vis-à-vis des consommateurs. Mais il y a urgence sinon on va jeter des centaines de milliers de litres de lait", explique Jean-Yves Bricout, Président de l'Union des syndicats agricoles de l'Aisne.

Des cellules de crise mises en place


La situation est telle que la FDSEA de la Somme a mis en place une cellule de crise. Dans le département, 39 communes sont concernées par l’arrêté préfectoral pris ce dimanche après le passage du nuage de fumée émanant de l’incendie de l’usine Lubrizol de Rouen.
 

"Psychologiquement, c’est lourd, souligne Marie-Françoise Lepers, secrétaire générale de la FDSEA de la Somme. On nous traite déjà de pollueurs. Or là, c’est nous qui sommes pollués. Certains agriculteurs ne comprennent pas pourquoi telles communes sont concernées et pas d’autres."

Il y a un sentiment de révolte. Les agriculteurs sont à fleur de peau. Marie-Françoise Lepers, secrétaire générale de la FDSEA 80

Les coopératives touchées


Si l'indemnisation ne fait pas de doute, c'est également le temps que ça prendra qui l'inquiète. Des délais sur lesquels s'interroge également Christiane Lambert, patronne de la FNSEA.
 


Des cellules de crise ont été mises en place pour répondre aux questions des agriculteurs et notamment des éleveurs laitiers dont la production est au point mort.

"On a arrêté de collecter le lait. Ça a un coût ! déplore Olivier Gaffet, producteur laitier. On nous dit ‘ne vous inquiétez pas, vous serez indemnisé' mais quand ?" s’inquiète celui qui est également le vice-président de Sodiaal à Airaines dans la Somme. Dans cette coopérative laitière, une cinquantaine de producteurs sont impactés par l’arrêté et ne livrent plus une goutte de lait.

Une crise qui s'ajoute aux difficultés de la sécheresse de l'été. "Honnêtement, on n'avait pas besoin de ça".



 

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