Borloo renonce à se présenter à la présidentielle

Jean-Louis Borloo a annoncé qu'il renoncait à se présenter pour la présidentielle de 2012.

Par Claude TRONEL

Dans une lettre ouverte, le député centriste du Valenciennois Jean-Louis Borloo annonce qu'il renonce à se présenter à l'élection présidentielle de 2012. Dans sa lettre il écrit "je sais que je vais decevoir mes amis ... mais la dynamique des centres ne s'est pas créée : ni sur le projet, ni sur les hommes".

"La dynamique des centres n'est pas suffisante"

"Les temps sont suffisamment troublés pour ne pas ajouter de la confusion à  la confusion", a déclaré l'ancien ministre de l'Environnement. "A cette heure-ci", la "dynamique des centres" n'est "pas suffisante pour porter une candidature, non pas de témoignage mais pour être présente au second  tour de la présidentielle".

"Les centres n'ont jamais été aussi éclatés"


Jean-Louis Borloo a aussi expliqué que depuis son départ du gouvernement en novembre 2010, il  s'était mis "à travailler", "à bâtir un projet pour les différentes échéances  présidentielle et législatives".

"Mon projet est prêt, je m'y suis préparé  méthodiquement pendant 9 mois", a poursuivi le président du parti radical. Mais "la vérité c'est que les centres n'ont jamais été  aussi éclatés, en compétition même entre eux. Je veux d'ailleurs bien en  prendre ma part de responsabilité".

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"La peur, le désarroi amènent vers  les extrêmes"


"Nous sommes dans une crise économique et sociale d'une extrême gravité.  Dans ces périodes-là, la perte de repères, la peur, le désarroi amènent vers  les extrêmes, où que cela soit en France ou en Europe. Et puis, le climat  délétère, le climat des affaires, très franchement me paraît accentuer ce  risque", a-t-il poursuivi.

Il a ainsi évoqué implicitement le risque d'un 21 avril "à l'envers", où le Front national éliminerait le candidat de la droite classique, qui sera vraisemblablement Nicolas Sarkozy. Selon un sondage Viavoice-Libération, 68 % des Français pronostiquent une défaite du chef de l'Etat sortant s'il se représente en 2012.

Pourtant, il y a deux semaines à Saint-Saulve pour les sénatoriales, Jean-Louis Borloo semblait encore décidé à se présenter et ses amis politiques comme Valérie Létard en était convaincue.

Les réactions 

Hervé Morin, Président du Nouveau Centre : «Je viens d'apprendre que Jean-Louis Borloo ne serait pas candidat, ma détermination n'a jamais été aussi forte», écrit le président du Nouveau centre, sur son compte Twitter.

Sébastien Huyghe, député UMP du Nord, «salue la clairvoyance de Jean-Louis Borloo (...) La situation, engendrée par la crise, de notre pays nécessitait de ne pas ajouter de la confusion politique à la confusion économique et financière.

Les idées portées par Jean-Louis Borloo et ses amis doivent avoir toute leur place dans le programme de l'UMP en cours d'élaboration. Nous devons être tous ensemble derrière Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012, si celui-ci déclare sa candidature à un second quinquennat.» (communiqué)

Marc-Philippe Daubresse, secrétaire général adjoint de l'UMP «salue le sens de la responsabilite de Jean-Louis Borloo (...) Il appelle ses amis de l'UMP à prendre en compte le projet modéré et humaniste élaboré au cours de ces derniers mois par Jean-Louis Borloo avec ses amis centristes.

Dans un monde agité par de multiples tempêtes, la majorite présidentielle a besoin de toutes ses forces vives pour gagner autour de Nicolas Sarkozy (...). Elle a notamment besoin de retrouver l'expression d'une droite modérée, sociale et écologiste. Dans ce contexte, on aurait tort de se priver du talent de Jean-Louis Borloo» (déclaration à l'AFP)


Voir ci-dessous la lettre ouverte de Jean-Louis Borloo

La lettre ouverte de Jean-Louis BORLOO

Publié le dimanche 2 octobre à 20h20

Il y a vingt ans, les valenciennois m’ont demandé de les aider à sortir d’une crise économique, industrielle et sociale d’une très grande gravité. Depuis, je n’ai jamais cessé de me battre pour les Français, notamment pour les plus démunis : relance massive de la construction de logements, rénovation totale des 450 quartiers sensibles, baisse du chômage de 10,2% à 7,7% en trois ans grâce au plan de cohésion sociale, accompagnement de la mutation écologique de notre pays dans le cadre du Grenelle de l’Environnement.

"Il y a un an, j'ai lancé un appel ... il n'a pas été entendu"

Pendant les neuf années que j’ai passées au sein du Gouvernement, j’ai toujours essayé d’être un bâtisseur, un rassembleur, un « tiers de confiance », tout en restant l’avocat des plus fragiles. Ma plus grande fierté est d’avoir été un ministre de « missions », souvent difficiles. Il y a un an, j’ai lancé un appel en faveur d’un virage social. Cet appel, hélas, n’a pas été entendu. Ceci s’est traduit par un profond déséquilibre au sein de la majorité que je n’ai cessé de dénoncer. J’en ai, pour ma part, tiré toutes les conséquences sur un plan personnel et politique. J’ai ainsi refusé de participer au Gouvernement, j’ai quitté l’UMP et j’ai créé, autour de l’Alliance républicaine, écologiste et sociale, un nouveau pôle d’équilibre.

J’ai également repris ma liberté. Au cours de ces derniers mois, j’ai travaillé très en profondeur pour comprendre les origines de la crise que nous connaissons, pour bâtir une vision et pour proposer un projet autour de mes priorités : la formation et la qualification de jeunes, l’école primaire, l’égalité des chances, la diversité, la baisse des prix du logement, la lutte contre le chômage, la croissance verte. J’ai réfléchi au moyen de défendre mes convictions. L’élection présidentielle étant devant nous, je m’y suis préparé patiemment et méthodiquement avec l’aide de mes amis et j’ai donné rendez-vous aux Français, à l’automne. À aucun moment, je ne me suis inscrit dans les schémas traditionnels des petites phrases, des négociations secrètes et des rapports de force.

Quelle est la situation aujourd’hui ? Quelle est mon analyse ? Tout d’abord, force est de constater que la dynamique des centres ne s’est pas créée : ni sur le projet, ni sur les hommes. Les raisons en sont multiples : manque de temps, malentendus, incompréhensions. J’en prends, évidemment, ma part de responsabilité. Sans cette dynamique, je ne vois pas comment une candidature centriste peut prétendre accéder au second tour et l’emporter. Je reste néanmoins convaincu que la France a besoin d’une grande formation humaniste, profondément européenne, assumant pleinement la diversité de notre pays.

Par ailleurs, la France, comme le reste du monde, fait face à une crise sans précédent suscitant un sentiment de crainte, de repli sur soi et de peur. Elle favorise également le développement de mesures simplistes, la recherche de bouc émissaires et le populisme. S’y ajoute un climat de suspicion généralisé lié à un interminable feuilleton judiciaire qui n’épargne aucune institution. Le risque populiste, en France comme en Europe, est réel. Et je ne veux pas faire courir ce risque aux Français. J’ai le sens de l’Etat et je suis un honnête homme. L’élection présidentielle n’est pas un concours d’ego ou de notoriété. Encore moins, le prologue de négociations à venir.

Je sais que ma décision va décevoir mes amis. Il aurait été bien plus facile de profiter des difficultés de la majorité, et notamment de la défaite au Sénat, pour exister et me démarquer. Mais, c’est une lecture trop rapide et superficielle. Je veux rassurer mes amis : je n’ai rien demandé, rien négocié, et surtout rien abandonné de mes convictions. Je vais continuer à me battre pour mes valeurs républicaines, écologistes et sociales. Je vais continuer à me battre pour que l’on cesse d’opposer les Français les uns aux autres. Et je vais continuer à me battre pour accélérer la recomposition du paysage politique français. Je suis, plus que jamais, un homme libre et déterminé à servir les Françaises et les Français.

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