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DSK : « je n'ai jamais mis les pieds » au Carlton

Dominique Strauss-Kahn a accordé un entretien au Point. Il revient sur le Carlton de Lille et sa vie privée.

Par Mickaël GUIHO

 

C’est la ligne de défense qu’il répète sans relâche depuis sa mise en examen, le 26 mars, pour proxénétisme aggravé dans l’affaire du Carlton de Lille : « Je n'ai jamais mis les pieds dans cet hôtel ». DSK le confirme encore dans un entretien obtenu par Le Point et à paraître jeudi. Aussi résume-t-il clairement pourquoi, selon lui, sa mise en cause est « artificielle » et « absurde ».

« La réalité c'est qu'un de mes copains organisait des soirées auxquelles j'ai participé. Comme il y avait des prostituées, me voilà accusé d'avoir conçu un réseau de prostitution à mon service, donc d'être un proxénète - c'est aussi artificiel qu'absurde. J'ai dit et je répète que j'ignorais que certaines de ces femmes étaient payées pour être là. Elles l'ont dit, elles aussi devant la justice : elles avaient même pour consigne de ne rien m'en dire », poursuit-il.

Rappelons que l’avocat de DSK a déposé une requête en nullité dans cette affaire. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Douai rendra sa décision le 28 novembre. Par ailleurs, un volet annexe de l’affaire s’est bien refermé pour l’ancien patron du FMI : le 2 octobre, une enquête ouverte après qu’une prostituée l’ai accusé de viol a été classée sans suites par le procureur de Lille. Une décision que Laurent de Villiers avait publiquement interprétée comme la preuve qu’il existait « une justice politique » en France.

DSK, économiste décomplexé et de gauche ?

Dans cet entretien au Point comme à chacun de ses dernières interventions médiatiques, DSK a répété son principe : « aucun commentaire sur la situation politique française et le gouvernement actuel ». Mais lorsqu’il s’exprime désormais sur les enjeux économiques européens, DSK présente des solutions éloignées des positions effectivement tenues par François Hollande et le gouvernement de Jean-Marc Ayrault.

En marge d’une conférence à Séoul, DSK a répondu mardi à quelques questions de BFM TV sur la politique de la zone euro. Il n’a pas manqué de la critiquer, et en cela, ce sont les dirigeants allemand et français qui sont directement visés. « Depuis le début de la crise grecque, la solution qui a été choisie est celle de gagner du temps, analyse-t-il. Il y a eu, vous vous en souvenez, 15 ou 16 sommets de la dernière chance. Chaque fois que le mur arrive, on donne un coup de volant pour éviter le mur. Mais on ne résout pas le problème ». Une critique plus souvent formulée du côté des économistes atterrés ou de Jean-Luc Mélenchon que dans les rangs socialistes.

Pour l’avenir, DSK voudrait que les taux d’intérêt auxquels les Etats empruntent soient uniformisés. Ils devraient donc augmenter pour la France, et diminuer pour la Grèce ou l’Espagne. Les Etats riches paieraient pour les Etats appauvris, pour qu’à terme l’équilibre revienne au sein de la zone euro.

Pas de retour en politique

« Je ne suis plus un politique ». « Je n'ai plus de responsabilités publiques, je ne suis plus candidat à rien. » Voilà qui est clair et ce sont les mots de DSK dans cette interview. Mais si tant est que nous n’aurions pas compris, les (anciens ?) amis de DSK ne sont pas les derniers à le tenir bien éloigné de la vie politique française.

Ainsi Jean-Marie Le Guen, député de Paris, s’est-il empressé d’assurer à l’AFP que « Dominique Strauss-Kahn n'est plus dans le champ politique ». Bon ami qu’il est, il conserve tout de même l’ancien patron du FMI au rang d’« expert », dont le point de vue « est utile » et « sollicité par des journalistes ». « Sa parole est celle d'un expert, il ne faut pas y voir autre chose », a insisté M. Le Guen.

« Il s'exprime aussi parce qu'à l'évidence, les affaires judiciaires commencent à se clarifier. De nombreux faits qui lui étaient imputés tombent le uns après les autres et nous n'en avons pas terminé », a prédit l'élu parisien.

Presque « une chasse à l’homme »

Si son agenda de conférences et colloques internationaux s’étoffe, DSK n’en reste pas moi prisonnier médiatiquement de son image et de ses affaires lubriques. La vie privée, c’est d’ailleurs l’unique thème de son entretien au Point.

« Je ne suis plus un politique », donc, …« mais pas non plus un "people" » prévient DSK. L’homme est public, mais dans les mois qui ont suivi l’interpellation à New York de l’ex-futur candidat à l’Elysée, il l’a été comme peu d’autres l’ont été dans l’Histoire. Aujourd’hui encore, DSK peut regretter qu'« un photographe guette en bas de chez (lui) un jour sur deux ».

« Je n'ai jamais été condamné, ni dans ce pays, ni dans aucun autre, rappelle-t-il. Par conséquent, rien ne justifie que je sois devenu l'objet d'une traque médiatique qui, certains jours, finit par ressembler à une chasse à l'homme. »

« Ce qui est inacceptable, c'est qu'on piétine ma vie privée et celle de tous ceux qui me croisent ou fréquentent », explique-t-il, faisant allusion aux journaux (VLC, Closer et Voici) ayant publié des photos de lui aux côtés d’une femme désignée comme sa nouvelle compagne.

« Je ne supporte plus qu'on s'arroge le droit d'abuser de ma situation et des enquêtes judiciaires qui me visent - à tort - pour bafouer ma privée et en livrer aux quatre vents des lambeaux réels ou inventés, au prétexte de je ne sais quelle transparence moralisatrice. Qu'on me laisse tranquille ! », réclame-t-il.

La question de savoir ce qui s’est passé dans la chambre du Sofitel est-elle du ressort de la « transparence moralisatrice » que dénonce DSK ? Toujours est-il que l’intéressé regrette en avoir parlé, même à demi-mot, devant Claire Chazal sur le plateau du 20h de TF1 en septembre 2011, après la reconnaissance de son innocence par la justice pénale américaine. DSK avait une "relation inappropriée" constituant une "faute morale" mais "sans contrainte, ni violence, ni agression". "J'aurais dû lui répondre : ça ne vous regarde pas. L'essentiel, c'est que c'est qui s'est passé dans cette chambre ne tombe pas sous le coup de la loi. Le reste ne regarde personne", dit-il aujourd’hui au Point.

 

 

DSK flingue « Les Strauss-Kahn »

Cet été dans un livre intitulé Les Strauss-Kahn, deux journalistes du Monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, ont poursuivi ce que l’intéressé qualifie de traque médiatique. Elles le justifiaient noir sur blanc : « Pourquoi s’attarder sur un homme à terre puisque, aujourd’hui, c’est un autre qui se trouve à l’Elysée ? En politique, les soubresauts et les angles morts d’un parcours ne se saisissent souvent qu’après coup. Beaucoup n’ont toujours pas compris sur quels malentendus, quels non-dits, quelles dissimulations Dominique Strauss-Kahn a pu s’élever si haut, pour sombrer si vite et si bas. Certains ont cru voir dans sa descente aux enfers le résultat d’un complot, faisant de lui la victime d’une machination politique. Lorsqu’on recolle les morceaux du puzzle, ce qui surprend, c’est plutôt de découvrir les protections dont il a profité. »

Le ton était donné. S’en suivait la narration de la « saga Stauss-Kahn » et un tas de propos rapportés et d’anecdotes sur la vie privée de l’homme et sur son couple.

Aujourd’hui, DSK répond : « Elles ont ramassé tous les ragots qui circulent sur (son) compte depuis des années - faux pour la plupart ». « Elles ont inventé des scènes, additionné des pseudo-confidences, repris la chronique des vieilles affaires dans lesquelles j'ai été soupçonné ou poursuivi mais sans insister sur le fait que j'ai toujours été innocenté », affirme-t-il.

Réagissant à leur tour ces propos, les deux journalistes ont indiqué ne pas être « étonnées que (leur) livre n'ait pas plu à Dominique Strauss-Kahn ni à ceux qui ont participé à son "système" ». « Nous avons cependant estimé légitime d'enquêter sur un homme qui n'avait jusque-là jamais évité la médiatisation sur son couple et sa vie personnelle, et était un présidentiable sérieux », ont-elles ajouté, dans une réaction transmise à l'AFP. « Nous avons interrogé tous ceux qui l'avaient côtoyé depuis trente ans », ont-elles précisé. « Nous notons, d'ailleurs, qu'il n'a jamais contesté précisément jusqu'ici les faits rapportés et qu'à notre connaissance il n'a engagé à ce jour aucune procédure judiciaire contre nous ».

Rikers Island, Nafissatou Dialo et le Bronx

Revenant également dans Le Point sur les quatre nuits passées à la prison de Rikers Island, Dominique Strauss-Kahn confie : « C'était incroyablement dur ».

Il affirme aussi que « les contraintes du procès civil » (une procédure civile a été lancée par Nafissatou Dialo, qui réclame des dommages et intérêts) l'« empêche de dire (sa) vérité ». On ne sait quand le procès arrivera à son terme.

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