1940, la bataille de France au jour le jour : 29 mai, le naufrage tragique du Crested Eagle à Zuydcoote

EPISODE 21 - C'était il y a 80 ans. Le début de la Seconde Guerre Mondiale. Alors que les rembarquements de troupes s'accéléraient depuis Dunkerque malgré de fortes tensions entre Français et Britanniques, 300 soldats mouraient dans le naufrage du Crested Eagle, attaqué par l'aviation allemande.

L'épave du Crested Eagle, détruit le 29 mai 1940 par l'aviation allemande, est encore visible sur la plage de Zuydcoote, à marée basse.
L'épave du Crested Eagle, détruit le 29 mai 1940 par l'aviation allemande, est encore visible sur la plage de Zuydcoote, à marée basse. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3

Les colonnes de soldats français qui ont échappé à l’encerclement à Lille remontent vers la côte. La progression est difficile, les Allemands sont sur leurs talons et la Luftwaffe les harcèle.

Vers 7h, une colonne atteint Poperinge en Belgique, à mi-chemin entre Lille et Dunkerque.
 


Les auto-mitrailleuses et des chars SOMUA surveillent l’arrière-garde. Ils repoussent les Allemands qui tentent de barrer la route aux Français près du Mont-des-Cats.
 

Le Mont-des-Cats à la frontière franco-belge.
Le Mont-des-Cats à la frontière franco-belge. © Papagon - CC BY-SA 4.0


Vers 8h, l’avant-garde des français arrive à Oost-Cappel. Elle est stoppée par des Britanniques qui voient d’un mauvais œil cette masse de soldats qui risque d’encombrer les routes avec son matériel et de ralentir le repli des soldats de sa Majesté.

 

Le général est arrivé dans une 402, je l’ai informé des difficultés que nous avions pour traverser. Il a ordonné à un char de pointer son arme sur la sentinelle anglaise. C’est grâce à ça que nous avons pu passer le canal.

Le soldat français Langlart.

 

Le général de La Laurencie doit intervenir personnellement pour ouvrir le passage. 

 

Le général Benoit-Léon Fornel de La Laurencie à Berlin, en février 1935.
Le général Benoit-Léon Fornel de La Laurencie à Berlin, en février 1935. © Narodowe Archiwum Cyfrowe (Archives Nationales Numériques polonaises)


Le soldat Langlart a assisté à cet incident. "Nous sommes passés par Lille et par Deûlemont et à partir de ce moment-là nous sommes arrivés sur la route que les Anglais se réservaient vers la côte et qu’ils nous empêchaient d’emprunter. J’ai été témoin de plusieurs incidents entre Français et Anglais pour y passer. Notamment près des Moëres où une sentinelle anglaise gardait un pont au-dessus d’un canal et voulait nous empêcher de passer, ce que nous avons pu faire grâce à un général dont j’ai oublié le nom. Il est arrivé dans une 402, je l’ai informé des difficultés que nous avions pour traverser. Il a ordonné à un char de pointer son arme sur la sentinelle anglaise".
 

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29 mai 1940 : un ancien combattant raconte un incident entre Français et Anglais aux Moëres

 
"C’est grâce à ça que nous avons pu passer le canal. Et le 29 au soir nous sommes arrivés dans les dunes entre Bray-Dunes et Adinkerke, juste à la frontière belge".

D’après l’historien Dominique Lormier, ce type d’incident se répète ailleurs. Sur le canal de Loo, un peu plus à l’est, en Belgique, les Français sont menacés par des mitrailleuses anglaises qui les empêchent de passer. Les Français font avancer deux chars SOMUA pour impressionner les Britanniques qui finalement les laissent avancer.
 

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29-30 mai 1940 : la mésentente entre Français et Anglais à Dunkerque


A Bulskamp, près de Furnes, les Britanniques s’apprêtent à faire sauter le pont car les Allemands sont proches. Après d’âpres négociations, les Britanniques ouvrent le passage aux Français, mais ils doivent laisser leurs armes lourdes. Une fois le dernier soldat passé, le pont est détruit.

Hondschoote, ultime point de passage


Vers midi, les Français arrivent à Hondschoote au Pont-aux-Cerfs. Certains ont parcouru 140 kilomètres en 72 heures. C’est le dernier point de passage intact sur le canal de la Basse-Colme et la limite sud du camp retranché de Dunkerque.
 


Là encore, des soldats britanniques filtrent les accès. Pour passer, les Français doivent abandonner leurs véhicules, saborder les canons et leurs armes lourdes.
 

Le pont actuel chevauchant la Basse-Colme à Hondschoote.
Le pont actuel chevauchant la Basse-Colme à Hondschoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
L'entrée du pont chevauchant la Basse-Colme à Hondschoote.
L'entrée du pont chevauchant la Basse-Colme à Hondschoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Des véhicules militaires abandonnés et sabordés près d'un canal, dans le nord de la France, en mai 1940.
Des véhicules militaires abandonnés et sabordés près d'un canal, dans le nord de la France, en mai 1940. © Bundesarchiv, Bild 121-0402 / CC-BY-SA 3.0


Lord Gort, le commandant en chef des forces britanniques sur le front, reconnaîtra par la suite que ce fut une erreur d’imposer la destruction de ce matériel.

Les Britanniques ont fait passer leurs canons anti-aériens en Angleterre dès les premiers jours de l’Opération Dynamo. Les armes françaises auraient été bien utiles contre l’aviation allemande au-dessus de Dunkerque.
 

Des soldats britanniques tentent de répliquer à des tirs de l'aviation allemande qui les a pris pour cible sur une plage dunkerquoise pendant l'Opération Dynamo de mai/juin 1940.
Des soldats britanniques tentent de répliquer à des tirs de l'aviation allemande qui les a pris pour cible sur une plage dunkerquoise pendant l'Opération Dynamo de mai/juin 1940. © AFP
Les canons de défense anti-aérienne et des corps de soldats à Malo-les-Bains après l'évacuation de Dunkerque en mai/juin 1940.
Les canons de défense anti-aérienne et des corps de soldats à Malo-les-Bains après l'évacuation de Dunkerque en mai/juin 1940. © IWM HU 2286


Marc Bloch, officier d'état-major, arrive à Hondschoote ce mercredi matin. "Nous tentâmes, en voiture, la route de Furnes. Ce fut pour nous heurter, d’abord, à des ponts déjà coupés, puis, sur la chaussée principale, à un invraisemblable embouteillage de camions, arrêtés, tête-bêche, par file de trois… nous n’eûmes qu’à regagner Hondschoote". 

Les chevaux sont éventrés, les caissons renversés, les gens vont dans tous les sens, parmi des chiens dont les cris déchirent les oreilles.

Louis Aragon, à Hondschoote, en mai 1940.


Louis Aragon, qui a précédé Marc Bloch, a également décrit la situation lors de son passage dans la ville où tout n’est que désolation : "Les chevaux sont éventrés, les caissons renversés, les gens vont dans tous les sens, parmi des chiens dont les cris déchirent les oreilles".
 

Hondschoote de nos jours.
Hondschoote de nos jours. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


A Dunkerque, l’armée française s’organise pour gérer l’augmentation du nombre de soldats, qui arrivent dans le désordre le plus complet. Beaucoup sont isolés et il faut réorganiser cette masse avant de la diriger vers le port de Dunkerque et les bateaux en partance vers l’Angleterre.
 

Des soldats français attendant leur embarquement sur une jetée de Dunkerque, pendant l'Opération Dynamo de mai/juin 1940.
Des soldats français attendant leur embarquement sur une jetée de Dunkerque, pendant l'Opération Dynamo de mai/juin 1940. © IWM HU 1150


A leur arrivée dans la poche de Dunkerque, les gendarmes orientent les soldats vers le camp des Dunes. Là, ils sont répartis en groupes de 250, avant d’attendre le moment de partir vers la jetée Ouest du port ou le Quai Felix Faure, le dernier quai encore en état du port après les bombardements.

L’itinéraire de 12 kilomètres, parcouru à pied, était très risqué, par Leffrinckoucke, Malo et la place de la Victoire à Dunkerque, sous le feu de l’aviation et de l’artillerie allemandes.
 


Les Anglais, eux, embarquent depuis la jetée Est et les plages de Zuydcoote à La Panne.
 

La jetée Est de Dunkerque où ont embarqué principalement les Britanniques.
La jetée Est de Dunkerque où ont embarqué principalement les Britanniques. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3
Dunkerque, vue de la plage de Leffrinckoucke.
Dunkerque, vue de la plage de Leffrinckoucke. © FREDERIC GILTAY / FRANCE 3


L’organisation du camp des Dunes est une prouesse au milieu du chaos qui règne partout dans la poche de Dunkerque. Sur les 123 000 soldats français qui ont réussi à embarquer vers l’Angleterre, l’historien Patrick Odonne estime que 105 000 sont passés par ce camp de transit.

Pour ceux qui arrivent à embarquer, le calvaire n’est pas terminé. Les Allemands ont immergé de nombreuses mines magnétiques dans le détroit. Trois routes maritimes permettent d’aller de Dunkerque à Douvres.
 


La plus courte, la route "Z", fait 60 kilomètres mais il faut passer au large de Gravelines et Calais où les Allemands ont installé des canons capables d’atteindre les navires. Une autre route, la "Y", évite les canons mais elle est plus longue, elle fait 130 kilomètres.

La marine de guerre allemande y a déployé des vedettes rapides lance-torpilles. Ce 29 mai, une nouvelle route, la "X", longue de 80 kilomètres, est enfin déminée et opérationnelle.
 

Chassé-croisé de navires de guerre entre les jetées Est et Ouest de Dunkerque en mai 1940, alors que la raffinerie et les dépôts de carburant brûlent en arrière-plan.
Chassé-croisé de navires de guerre entre les jetées Est et Ouest de Dunkerque en mai 1940, alors que la raffinerie et les dépôts de carburant brûlent en arrière-plan. © IWM C 1720
Des soldats britanniques et français évacués, arrivant au port anglais de Douvres le 31 mai 1940.
Des soldats britanniques et français évacués, arrivant au port anglais de Douvres le 31 mai 1940. © IWM H 1621

 

L'aviation allemande s'acharne sur le Crested Eagle


Malheureusement ce mercredi matin, il fait à nouveau beau au-dessus de Dunkerque. L’aviation allemande en profite. 400 bombardiers et 180 chasseurs fondent sur la ville et les bateaux.

Le Crested Eagle, bateau à vapeur à roues à aubes de la Tamise, construit en bois, quitte la jetée Est du port de Dunkerque vers 18h. 600 soldats sont à bord de ce navire de 91 mètres. Il passe au large de Leffrinckoucke quand il est attaqué par des Stukas. Le Crested Eagle évite une première bombe mais les suivantes touchent le pont arrière et mettent le feu au réservoir de gasoil. 
 

L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote.
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote.
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


A 18h30 tout le bateau est en feu, il s’échoue sur la plage de Zuydcoote. Les soldats survivants flottent à la surface, ils sont mitraillés par les avions pendant qu’ils sont secourus par d’autres navires avant de regagner l’Angleterre. 300 soldats sont morts lors de cette tragédie.
 

L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote.
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote.
L'épave du "Crested Eagle" sur la plage de Zuydcoote. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Stanley Allen, un marin britannique qui sert à bord du HMS Windsor, est sous le choc : "Le Crested Eagle était devenu un navire hôpital, repeint avec des croix rouges. (...) Ce n'était pas une bonne façon de gagner la guerre, de s'en prendre comme ça à des gens blessés" (cité par l'historien britannique Joshua Levine dans Forgotten Voices : Dunkirk).
 

La plaque commémorative montrant l'apparence du "Crested Eagle" avant son naufrage du 29 mai 1940 sous les bombes et les tirs allemands.
La plaque commémorative montrant l'apparence du "Crested Eagle" avant son naufrage du 29 mai 1940 sous les bombes et les tirs allemands. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
La tombe dans le cimetière militaire britannique de Dunkerque d'Albert George North, marin sur le "Crested Eagle", décédé à l'âge de 22 ans.
La tombe dans le cimetière militaire britannique de Dunkerque d'Albert George North, marin sur le "Crested Eagle", décédé à l'âge de 22 ans. © (Mick Baker)rooster - CC BY-ND 2.0


Ce 29 mai, le nombre de bateaux coulés est tel que l’amirauté suspend les opérations quelques heures.
 


Malgré tout, 54 000 hommes traversent le détroit ce jour-là.
 

L'Opération Dynamo, un "miracle" dans les larmes et le sang


Depuis la plage de Zuydcoote, un jeune officier de liaison français observe ce chaos sur la Mer du Nord. Il a 21 ans et s'appelle Robert Merle.

Ils étaient pris entre le feu qui les dévorait et la perspective d'une chute vertigineuse, avec peut-être la mort au bout.

Robert Merle, officier de liaison français.


"Il y a eu un gros bateau, un gros cargo anglais, ce gros cargo s’est enflammé", racontera-t-il dans le documentaire "Les Grandes Batailles", diffusé par l'ORTF en 1974 . "Tous les hommes étaient massés à l’arrière, n’osaient pas sauter, parce que c’était très haut au-desssus de l’eau. Et en même temps, ils étaient à moitié asphyxiés déjà par la fumée. Sauf qu’on avait l’impression qu’ils allaient brûler vifs. En fait, il y en a eu beaucoup de brûlés. Il y en qui se jetaient à l’eau, mais ce n’était pas profond là où le bateau s’était échoué. Alors ça faisait peur, ils se demandaient s’ils n’allaient pas se fracasser. Ils étaient pris entre le feu qui les dévorait et la perspective d'une chute vertigineuse, avec peut-être la mort au bout ".

Cette expérience effroyable dans la poche de Dunkerque lui inspirera le roman Week-end à Zuydcoote, prix Goncourt en 1949. Il sera ensuite adapté au cinéma par Henri Verneuil, avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal. 
 

Jean-Paul Belmondo sur le tournage de "Week-end à Zuydcoote" en 1964, sur les lieux-mêmes de l'Opération Dynamo. Un rôle inspiré par l'expérience douloureuse de Robert Merle dans la poche de Dunkerque.
Jean-Paul Belmondo sur le tournage de "Week-end à Zuydcoote" en 1964, sur les lieux-mêmes de l'Opération Dynamo. Un rôle inspiré par l'expérience douloureuse de Robert Merle dans la poche de Dunkerque. © ZUMAPRESS
Robert Merle, prix Goncourt en 1949 pour "Week-end à Zuydcoote".
Robert Merle, prix Goncourt en 1949 pour "Week-end à Zuydcoote". © HARCOURT / AFP

 

La poche de Dunkerque se rétrécit


Le périmètre allié autour de Dunkerque se réduit à vue d’œil en cette journée. A l’est, vers Nieuport sur la côte belge, la 60e division d’infanterie française est obligée de reculer face aux assauts de deux divisions allemandes. Un millier de Français réussiront à se replier jusqu’à Dunkerque.
 

durée de la vidéo: 01 min 27
L'Opération Dynamo dans un film de propagande américain


Au sud, à Cassel, les derniers défenseurs britanniques se replient.
 


Cela fait cinq jours qu’ils repoussent les attaques sous les bombardements. Les Britanniques laissent derrière eux 1000 morts et 2000 blessés.
 


La ville est détruite, les Allemands qui y entrent se livrent à des pillages.
 

Cassel de nos jours.
Cassel de nos jours. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3


Les Britanniques se replient derrière les remparts de Bergues. Le pont de la porte de Cassel a été détruit la veille pour gêner un éventuel assaut allemand.
 


Les Anglais du général Thorne se retranchent derrière les remparts de l’Ouest. Les Français s’installent sur les remparts du Sud et de l’Est. Seule la porte d’Hondschoote permet de communiquer avec Dunkerque. La ville est encerclée aux trois-quarts.
 

Le porte de Cassel, à l'ouest de Bergues.
Le porte de Cassel, à l'ouest de Bergues. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
A Bergues, la porte d’Hondschoote, dernière voie vers Dunkerque le 29 mai 1940.
A Bergues, la porte d’Hondschoote, dernière voie vers Dunkerque le 29 mai 1940. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3

 

Près de Lille, les Allemands s'en prennent aux civils


Les Allemands s’emparent d’Emmerin, près de Lille. Mais la situation reste confuse dans le village.
 


Vers 9 h, 80 Français retranchés dans une ferme sont faits prisonniers. Les Allemands nettoient les poches de résistance. Les soldats craignent les tireurs isolés et sont très nerveux. En 4 jours, ils vont perdre 35 hommes dans les rues d’Emmerin.

Les représailles ne se font pas attendre. D’après l’historien local René-Henri Delporte, vers 10h30, 11 civils sont raflés : 2 hommes de la commune et 9 réfugiés belges, parmi eux un adolescent de 15 ans. Ils sont fusillés dans un jardin.
 

Mémorial des victimes civiles d’Emmerin.
Mémorial des victimes civiles d’Emmerin. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Une soixantaine d’autres otages est parquée dans un champ. Certains sont obligés d’aller enterrer les 11 personnes qui viennent d’être fusillés. Ils pensent leur dernière heure arrivée mais un officier supérieur allemand arrive et demande l’arrêt des exécutions. L’artillerie française se déchaîne alors sur le village. Les otages sont emmenés à Avelin dans un camp de prisonniers français, ils auront la vie sauve.

La même journée, une femme de 82 ans et un homme de 57 sont abattus froidement dans la rue. Le lendemain, 3 réfugiés belges sont tués : un homme de 70 ans, deux femmes de 73 et 75 ans. Leurs corps sont brûlés dans des bâtiments agricoles, un habitant est également abattu dans la rue.
 

Mémorial des victimes civiles d’Emmerin.
Mémorial des victimes civiles d’Emmerin. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3
Mémorial des victimes civiles d’Emmerin.
Mémorial des victimes civiles d’Emmerin. © GONZAGUE VANDAMME / FRANCE 3


Selon René-Henri Delporte, 19 civils et 4 soldats français seront tués en trois jours à Emmerin. La plus jeune victime est un réfugié belge de 15 ans, la plus âgée une habitante de 82 ans. Les assassins sont les mêmes qu’à Oignies, Courrières, Carvin…
 


Ces Allemands ont déjà fait 140 victimes dans le bassin minier et continuent leur triste besogne autour de Lille. Ce ne sont pas des SS, mais des soldats de l’armée régulière, des hommes de la 267e division d’infanterie de la Wehrmacht commandés par le capitaine Horst Kolrep. 4 officiers de ce régiment seront jugés à Lille par un tribunal militaire en octobre 1950.

Seul Horst Kolrep pourra être arrêté et assistera au procès. Il sera condamné à mort ainsi que 2 autres officiers (Hans Hocker et Ferdinand Hölcher). Le dernier officier, Paul Hemmers, sera condamné à 20 ans de travaux forcés. Horst Kolrep sera le seul executé dans la citadelle de Lille, le 1er juin 1951. Malgré les demandes des autorités militaires françaises et britanniques, l’Allemagne refusera d’extrader les 3 autres officiers condamnés.
 

Dossier d’accusation des officiers allemands responsables des massacres d’Emmerin.
Dossier d’accusation des officiers allemands responsables des massacres d’Emmerin. © René-Henri Delporte


A Lille, les Allemands viennent à bout des défenses du Faubourg des Postes. Le général Juin et le reste de ses troupes sont faits prisonniers.
 

Le général Alphonse Juin sera nommé maréchal en 1952. Il est photographié ici en 1958.
Le général Alphonse Juin sera nommé maréchal en 1952. Il est photographié ici en 1958. © ZUMAPRESS


Les combats font rage autour des hôpitaux de Loos et d’Haubourdin. Le général allemand Waeger accepte un court cessez-le-feu le temps d’évacuer les blessés civils et militaires.
 


Les combats s’accentuent autour des ponts sur la Deûle que les Français font tout pour conserver au prix de lourdes pertes, notamment parmi les tirailleurs algériens et tunisiens.

6 divisions allemandes sont bloquées là alors qu’elles seraient beaucoup plus utiles autour de Dunkerque. En tenant ces quelques quartiers de Lille, Lambersart, Loos et Haubourdin, les Français soulagent ceux qui protègent la poche de Dunkerque.
 

La Deûle à Haubourdin. C’est dans ce secteur que les tirailleurs algériens et tunisiens luttèrent pour conserver les deux derniers ponts non détruits.
La Deûle à Haubourdin. C’est dans ce secteur que les tirailleurs algériens et tunisiens luttèrent pour conserver les deux derniers ponts non détruits. © FREDERIK GILTAY / FRANCE 3

 

De Gaulle toujours à l'offensive


Dans la Somme, le général de Gaulle reprend son attaque vers Abbeville. 
 


Avec 137 chars et 14 automitrailleuses, les Français bousculent les Allemands dont les canons ne peuvent rien contre le blindage des chars B1.
 

Le char B1 bis conservé au Musée des Blindés de Saumur


Un soldat allemand, l’aspirant Franz Arsan, témoigne : "C’était affreux. Nous éprouvions des pertes énormes… à cause des chars : ils massacraient nos camarades restés en ligne… on voyait les engins "danser" sur les trous pour écraser ceux qui y étaient demeurés" (cité dans l’ouvrage Comme des Lions de Dominique Lormier).

C’est la panique chez les Allemands autour d’Abbeville : à Saint-Riquier ou Neuilly-l’Hôpital, des unités se replient précipitamment. Le front allemand est enfoncé. Sur le Mont Caubert, un régiment de 500 Bavarois est anéanti par les chars.
 


Les 1400 soldats du 7e régiment de dragons portés sont prêts à porter le coup de grâce, mais l’ordre de viendra pas. Les chars français, contrairement aux allemands, ne sont presque pas équipés de radio. De Gaulle manque d’informations précises sur la situation.

Une nouvelle fois l’offensive est suspendue dans la soirée. Les officiers allemands se démènent pour remettre de l’ordre dans leurs unités décimées et renforcer leurs positions...


► La suite de notre série demain avec la journée du 30 mai 1940. Vous pouvez relire les épisodes précédents dans le récapitulatif ci-dessous :
 

 

 

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