A Anor, les Aciéries et Forges et leurs 68 salariés, victimes de la politique de Donald Trump

Les Acéries et Sidérurgies d'Anor risquent de fermer leur porte. / © GOOGLE MAPS
Les Acéries et Sidérurgies d'Anor risquent de fermer leur porte. / © GOOGLE MAPS

Ce jeudi 17 octobre, la mauvaise nouvelle est tombée : les Aciéries et Forges d'Anor, entreprise centenaire, c'est fini. Le potentiel repreneur a décidé de se retirer par manque de perspectives. Ses principaux clients ont été plombés par la politique internationale de Donald Trump. 

Par Noémie Javey

Mai 2018 : Donald Trump décide de taxer de 25% les importations d'acier en provenance d'Europe. Novembre 2018 : l'embargo sur le commerce iranien entre en vigueur. Deux coups durs, qui se révèlent fatals pour les Aciéries et Forges d'Anor (près de Fourmies dans le Nord) car leurs principaux clients (aux Etats-Unis et en Iran) ont été touchés par ces mesures. 

"Un de nos clients a perdu des commandes, il a été pénalisé par la politique de Donald Trump qui taxe les importations d'acier à 25%. Le repreneur s'est rapproché de lui et a anticipé une nouvelle baisse du chiffre d'affaires du fait de la politique du président américain. C'est la raison principale de son retrait", explique Richard Poitte, l'ancien PDG en contact avec le potentiel repreneur. 
 

Autre impact : le boycott du marché iranien par les États-Unis. "On vendait en Iran par l'intermédiaire d'un revendeur. Le marché est complètement fermé depuis le boycott", regrette l'ancien PDG dont l'arrière grand-père avait fondé les Aciéries et Forges il y a 117 ans. "Comme il y a très peu d'espoir que la situation s'inverse, l'entreprise a été plombée."
 

"On a souffert progressivement de difficultés"


Richard Poitte retrace le parcours de l'entreprise qu'il a dirigée pendant 27 ans. "On a souffert progressivement de difficultés. Dans un premier temps, c'était la concurrence chinoise, puis s'est ajoutée la numérisation de la société. Beaucoup de papeteries ont fermé alors qu'on livrait des pièces à l'industrie papetière". "Ensuite, il a été très difficile de trouver d'autres clients dans un contexte industriel sinistré en France", se rappelle le PDG. Et il conclut : "Je ressens une immense tristesse, elle faisait partie du paysage industriel d'Anor". 
 

68 salariés se retrouvent sans emploi


Lorsque Guy Marit, le potentiel repreneur valenciennois, annonce ce jeudi 17 octobre, qu'il ne reprendra finalement pas les Aciéries et Forges d'Anor, c'est la douche froide pour les 68 salariés. "Le repreneur jette l'éponge, il estime que la procédure a été trop longue, il n'arrive pas à sécuriser le carnet de commandes. Il aurait voulu avoir des engagements sur une année de certains clients, mais ça n'a pas été possible", explique Pierre Bertin, le délégué syndical CFDT. 

Les salariés étaient licenciés depuis la liquidation de l'usine fin juillet. Une promesse d'embauche de trente employés était prévue dans le plan de reprise. "C'est terminé, à ce jour, c'est terminé, il n'y a plus personne. Si quelqu'un se présentait, on le prend, mais il faudrait un miracle", regrette, fataliste, le délégué.

L'entreprise avait été créée en 1902. A Anor, 3300 habitants, ville en difficulté de l'Avesnois, les ouvriers (moyenne d'âge : 51 ans) savent que la reconversion sera compliquée.
 


 

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