Braderie de Lille : êtes-vous prêts à renoncer à venir à cause des risques d'attentat ?

Un bloc de béton devant un secteur Braderie à Lille / © PHILIPPE HUGUEN/AFP
Un bloc de béton devant un secteur Braderie à Lille / © PHILIPPE HUGUEN/AFP

Annulée en 2016 après l'attentat de Nice, la Braderie de Lille fait son retour ce week-end sous haute sécurité, une exigence mise à profit par la Ville pour rompre avec le gigantisme et renouer avec l'esprit originel du plus grand marché aux puces d'Europe. Qu'en pensez-vous ? 

Par @F3nord avec AFP

Visiteurs chinant au gré de stands surchargés, familles de "bradeux" motivés pour vendre jusque dans la nuit tandis que les fêtards ripaillent de moules-frites arrosées de bière : ce joyeux brassage doit se plier cette année à l'austère formatage des mesures de sécurité.

Martine Aubry, maire (PS) de Lille, le reconnaît : "Nous ne chercherons pas à battre des records". Les 2,5 millions de visiteurs de l'édition 2015 de cette tradition multiséculaire en capitale des Flandres ne seraient pas atteignables... ni même désirés. Car les organisateurs mettent en avant le bénéfice que représente, paradoxalement, la nécessité sécuritaire de réduire de 10% le périmètre de la braderie : le retour d'un "esprit bradeux" en voie de disparition lors des précédentes années. L'interdiction des commerçants ambulants ainsi que la création d'une braderie pour les enfants
le dimanche contribuent aussi à rendre son échelle humaine à l'événement.

Mais le maître-mot est la sécurité. Entre la surveillance des stations de métro, des gares jusqu'à Bruxelles, des axes routiers et fluviaux d'une part, et les contrôles et les fouilles aléatoires dans et autour du périmètre fermé de la braderie d'autre part, ce sont 3 000 fonctionnaires qui seront mobilisés. Un chiffre supérieur de 50% à celui de 2015 (2.000), signe d'un effort "considérable", selon le préfet du Nord Michel Lalande.

"Ne pas fliquer la braderie"


Deux risques majeurs ont été identifiés : l'attentat à la voiture-bélier, comme à Nice et Barcelone, et les mouvements de foule meurtriers nés d'une fausse alerte. Pour prévenir le premier, la ville a investi 150.000 euros dans un millier de blocs de béton de 500 kg à deux tonnes qui seront disposés sur les points d'accès au périmètre.



Pour se prémunir du second, le préfet a interdit l'usage et la vente de pétards, et 630 policiers municipaux patrouilleront pour rassurer les visiteurs.
"Sécuriser sans étouffer la fête : il ne s'agit pas de fliquer la braderie", explique Didier Perroudon, directeur de la sûreté départementale.

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Pourtant l'appel à la vigilance de Martine Aubry donne la mesure de la tension précédant cette édition 2017 : "Il faut y aller le coeur léger", certes, mais aussi "que chacun regarde autour de soi, et appelle le numéro vert spécialement prévu s'il voit quelque chose de suspect". A cette tension font écho les inquiétudes du secteur hôtelier. "Les gens n'ont pas réservé comme les autres années, nous ne sommes qu'à 50% du taux de remplissage dans l'hypercentre alors que d'habitude c'est plein", dit Gérard de Poorter, président de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie (Umih) Lille Métropole. En cause, selon lui, le "manque de communication de la ville", qui a par ailleurs "très bien travaillé" sur l'organisation.

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Martine Aubry balaie ces "pleurs permanents". "Il reste des places oui, mais il y a aussi eu l'habitude chez les hôteliers d'augmenter les prix juste pour la braderie", dénonce-t-elle, avec des chambres à plus de 200 euros à l'heure de la concurrence d'AirBnb. Deux cents emplacements de stands n'ont en outre pas trouvé preneurs. Un restaurateur du centre se voulait confiant : "Il n'y a pas eu de braderie depuis deux ans, les gens vont venir en masse pour faire la fête". Maurizio Tangredi, demandeur d'emploi de 54 ans, est curieux de voir. "Je viens d'arriver de Strasbourg où ils ont banni les vendeurs de téléphone pour le marché de Noël et ça lui a redonné une part d'authenticité".
 

 

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