Construction automobile : la CGT s'inquiète de l'avenir des trois sites nordistes du groupe Stellantis

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Écrit par Yacha Hajzler

Le groupe Stellantis se tourne de plus en plus vers la production de voitures électriques. La CGT craint que la transition ne se fasse aux dépens des salariés, notamment via des vagues de départ collectives.

"On sent qu'une grande restructuration se prépare, et c'est au détriment des sites nordistes", anticipe Ludovic Bouvier. Le responsable régional de la CGT Métaux tenait ce 7 février une conférence de presse, avec l'ensemble de son syndicat, pour faire part de ses inquiétudes. Selon lui, les trois sites nordistes du groupe Stellantis à Douvrin, Hordain et Valenciennes sont menacés.

Fin des voitures thermiques : "de grosses inquiétudes" pour l'emploi

En cause, un secteur automobile qui se convertit peu à peu à l'électrique, pour s'adosser aux ambitions françaises concernant la transition énergétique et aux nouvelles normes environnementales décidées par l’Union européenne. En effet, à partir de 2035, il ne sera plus possible de commercialiser une voiture neuve émettant du CO2. La fin des voitures "thermiques" est donc annoncée, mais la CGT estime que Stellantis va un peu vite en besogne. 

Sur le site d'Hordain, on craint la concurrence interne des usines russes de Stellantis (ex-PSA), où devrait se rapatrier la production de voitures thermiques. "Aujourd'hui, le site d'Hordain, c'est 2 200 salariés, et ce nombre est au ratio de la production annuelle, qui est d'environ 140 000 véhicules par an, dont 33 000 en électrique. Si on ne produit plus que les véhicules électriques, je vous laisse faire le calcul, vous voyez le nombre d'emplois qu'on peut perdre. On a de grosses inquiétudes là-dessus", explique Ludovic Bouvier.

Stellantis avait déjà annoncé le 1er février qu'il prévoyait 2600 départs "volontaires" sur les deux prochaines années, la direction pointant un "contexte marqué par la transition technologique". A Valenciennes, les inquiétudes sont également très vives : les salariés y produisent des boîtiers de vitesse, qui seraient rendus obsolètes par l'avènement de l'électrique. "Pour une boîte de vitesse mécanique, on a environ 240 éléments à assembler, sur un boîtier électrique, c'est 10. Il n'y a plus besoin de personne, en somme", résume amèrement le délégué syndical. 

A Douvrin, le transfert des salariés déjà organisé

Du côté de Douvrin, la situation est encore plus préoccupante selon la CGT Métaux. L'entité PSA Automobiles, qui fait partie de Stellantis, y organise déjà le transfert des salariés vers une autre compagnie dans laquelle elle détient des parts : l'usine ACC, qui produit des batteries électriques. Dans une proposition d'accord, que France 3 a pu consulter, le groupe prévoit le départ graduel et le reclassement de quelque 400 salariés d'ici 2024. "400 personnes reclassées, déjà, ça m'étonnerait beaucoup, mais même si c'était atteint, le compte n'y est pas. Douvrin, actuellement, c'est 1300 salariés sur le site" rappelle Ludovic Bouvier.

La CGT estime donc que le groupe siphonne prématurément ses usines françaises en prévision du changement de règlementation de 2035. "On va continuer d'avoir des voitures thermiques, mais elles ne seront plus fabriquées sur le sol français ! On n'est qu'en 2022, et en attendant c'est une casse sociale majeure". De son côté, Carlos Tavares, le directeur général de Stellantis, a estimé que la trajectoire choisie par le secteur de l'automobile était une contrainte : "l'électrification est la technologie choisie par les politiques, pas par l'industrie".