Coronavirus : la proposition d'emprunt de Gerard Lopez (LOSC) pour soutenir le football français suscite des réserves

Pour aider le football professionnel français à surmonter les conséquences financières de la pandémie de coronavirus, le président du LOSC, Gerard Lopez, a proposé d'emprunter 300 à 500 millions d'euros à des fonds d'investissement. Une proposition qui suscite des réserves.  
Gerard Lopez en novembre 2018.
Gerard Lopez en novembre 2018. © PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP
Mardi, dans les colonnes du journal L'Equipe, le président du LOSC, Gerard Lopez, avançait une proposition pour permettre aux clubs de Ligue 1 de surmonter les difficultés financières liées à la crise sanitaire du Covid-19 et à l'arrêt des compétitions : emprunter "entre 300 et 500 millions d'euros" à des fonds d'investissement, certains étant "intéressés pour se positionner comme partenaires de la Ligue".

L'actionnaire majoritaire du club nordiste affirmait disposer de propositions de prêts avec un taux d'intérêt "autour de 8%". "Sur une durée de trois à cinq ans, cela coûterait 3 à 4 millions d'euros à chaque club par an", estimait-il. "Compte tenu de l'urgence, c'est acceptable".
 
Mais cette proposition suscite pour l'heure quelques réserves au sein du fooball français, notamment celles de Loïc Féry, président du FC Lorient, actuel leader du championnat de Ligue 2. Le dirigeant breton fait partie, avec Gerard Lopez, d'un groupe de réflexion, auquel participent également sept autres président de clubs (Jean-Michel Aulas de l'OL, Nasser El-Khelaïfi du PSG, Jacques-Henri Eyraud de l'OM, Bernard Caïazzo de Saint-Etienne, Nicolas Holveck de Rennes, Jean-Pierre Rivère de Nice et Olivier Sadran de Toulouse).

"Dans tous les cas, je ne pense pas que la LFP empruntera à 8 % et quoi qu’il en soit, il faut être très prudents, travailler avec précision car emprunter n’est pas sans risque", a déclaré Loïc Féry, mercredi, dans un entretien au journal Ouest-France. "Je fais partie de ceux qui ont une expérience dans ce domaine : je suis donc le sujet de près, mais on veut éviter d’y avoir recours".
 

Emprunter n'est pas sans risque


Comme Gerard Lopez , Loïc Féry est un expert de la finance puisqu'il dirige à Londres Chenavari Investment Managers, une société de gestion d'actifs spécialisée dans les marchés de crédit et de financement. 

Et il reconnaît la crainte, avec cette crise sanitaire, de "voir des clubs tomber. Et non des moindres". "Le niveau de risque n’est pas le même pour tout le monde, mais globalement les enjeux se chiffrent en centaines de millions d’euros pour les clubs", a-t-il ajouté.
 
Le président du FC Lorient, Loïc Féry.
Le président du FC Lorient, Loïc Féry. © PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP
 
"Les pertes ne seront pas les mêmes selon les différents scénarios, il est donc trop tôt pour dresser un bilan", a-t-il indiqué. "En tout, sur la Ligue 1 et la Ligue 2, en intégrant l’impact à prévoir sur le mercato, je pense que le coût de la crise pour les clubs français serait probablement proche des 500 millions d’euros. C’est énorme et cela pose de grosses questions sur l’avenir". 

"Les clubs prennent beaucoup de risques pour être compétitifs : je pense que le sport gagnerait à la mise en place d’un salary cap (plafonnement des salaires des joueurs NDR) raisonnable", a estimé Loïc Féry.  "C’est une mesure dont je parle depuis presque 10 ans, mais c’est difficile à entendre pour les plus grands clubs, car il n’y en a pas au niveau européen".
 

Il ne faut pas qu'une telle ligne de crédit constitue une fuite en avant



La proposition d'emprunt de Gerard Lopez suscite également des réserves chez certains spécialistes de l'économie du sport. "Il ne faut pas qu’une telle ligne de crédit constitue une fuite en avant, c’est-à-dire qu’après la crise, ça se traduise pas un endettement généralisé", prévient Christophe Lepetit, responsable des études économiques du CDES de Limoges, interrogé par Eurosport. "Ce que je comprends, c’est que ce fonds serait souscrit par la Ligue. Dans l’absolu, tant que le fonds n’est pas utilisé, c’est plutôt la Ligue qui supporte les frais. Par contre, effectivement, si les clubs peuvent piocher dans ce fond-là, il y a un risque de surendettement".
 
"Si c’est temporaire, il n’y a pas de problème pour moi. C’est une façon de lisser les recettes dans le temps, donc ce n’est pas une mauvaise idée", estime de son côté Luc Arrondel, directeur de recherche au CNRS, également sollicité par la chaîne sportive.

Pour lui, la démarche de Gerard Lopez "est une bonne initiative car il faut vraiment faire quelque chose". "Il faut insister sur ça : les clubs vont avoir un gros problème de trésorerie", insiste l'économiste. "Donc il va falloir relancer la machine et aider les clubs. Donc, ce qui est sûr, c’est qu’il faut aider les clubs de surmonter cette crise. (...) On se projette beaucoup mais le problème, c’est de savoir comment les choses vont évoluer aussi. Tous les secteurs de l’économie, des sponsors aux droits TV, vont souffrir. Donc on est encore suspendus à ça.".
 
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