Crise des urgences : “un constat d'échec” selon le chef des urgences de Lille

Le SMUR de Lens sera fermé certains jours ou nuits cet été, faute de médecins. / © Capture d'écran France 3
Le SMUR de Lens sera fermé certains jours ou nuits cet été, faute de médecins. / © Capture d'écran France 3

Face à la pénurie de médecins, éprouvés par le manque de moyens, le SMUR de Lens sera fermé certains jours ou nuits cet été. Pour essayer de comprendre la situation dramatique à laquelle sont confrontées les urgences, décryptage avec Patrick Goldstein, chef des urgences du CHU de Lille.

Par Manon Pélissier

Depuis le mois de janvier, les urgences sont en grève dans toute la France pour dénoncer leurs conditions de travail. Manque d'effectifs et de moyens, les urgentistes sont à bout. À Lens, ces conditions de travail précaires ont provoqué le départ de nombreux médecins. Résultat : le SMUR est obligé de fermer certains jours ou nuits cet été, faute d'effectifs. 

"Un certain nombre de médecins sont fatigués, ils n'ont pas été entendus et n'ont pas de bonnes conditions de travail. Les soignants non plus ne sont pas traités dans de bonnes conditions", explique Patrick Goldstein. "C'est un constat d'échec. Les professionnels ont pourtant sonné le tocsin depuis plusieurs mois, voire plusieurs années."
 
 

Effets collatéraux


Le fait que le SMUR de Lens soit fragilisé au point de fermer va avoir des "effets collatéraux" sur les autres CHU du département. "Nous allons être obligés de recomposer l'offre de la ré-animation hospitalière avec Béthune, Arras et Lille. Mais eux aussi seront obligés de se réorganiser. Arras, Lens, Béthune, Douai et Lille profitent d'une proximité certaine mais c'est évident que nous nous trouvons dans une situation dégradée", affirme le chef des urgences de Lille.
 
Crise des urgences : "un constat d'échec" pour le chef des urgences de Lille
Crise des urgences : "un constat d'échec" pour le chef des urgences de Lille

Malgré cette proximité, la réactivité des urgences risque d'en pâtir pour des personnes en danger. Un réel risque existe-t-il ? Pour Patrick Goldstein, les urgences sont constituées d'une "chaîne" et bénéficie d'un "espace collaboratif" qui évite ce genre de risque.

"Si aujourd'hui il y avait deux interventions en même temps à Lens, même avec une équipe qui est déjà occupée, le SMUR d'Arras ou de Béthune viendra en renfort", explique-t-il avant de rajouter : "mais vous ne me ferez jamais dire que tout cela est normal."  
 
 

"Les murs sont en train de tomber"


À propos du CHU de Lille, "l'ensemble du personnel soignant des urgences est en grève", eux aussi. Pour lui, cette grève "traduit l'expression locale de ce qui se passe au niveau national. C'est un système à bout de souffle, comme le cas depuis plusieurs années, mais ce qui change aujourd'hui, c'est un constat d'échec qu'on essuie, sur des solutions qu'on a essayé de porter qui n'ont pas été entendues", cingle-t-il.

Pour résumer la situation, Patrick Goldstein emploie la métaphore : "on est aujourd'hui dans un mur : auparavant, c'était les fondations qui étaient en train de se fissurer, aujourd'hui ce sont les murs qui sont en train de tomber."

D'après lui, impossible d'attendre le plan du gouvernement ma santé 2022. "Ce n'est pas en 2022 qu'on va trouver des solutions à une crise qui est réelle aujourd'hui", conclut-il.
 

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