Ibrahim Maalouf au North Summer Festival : "L'exil est quelque chose de difficile"

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Le trompettiste Ibrahim Maalouf était en concert au stade Pierre mauroy, ce dimanche, dans le cadre du North Summer Festival. Il nous a accordé une interview dans laquelle il évoque la pratique de son instrument, la situation des réfugiés en Europe et les concerts de grande ampleur. 

C'est toujours étonnant, de voir une musique étiquetée "jazz" remplir des stades, juste après un concert de Justin Bieber. Le grand écart est impressionnant, uniquement possible grâce au talent d'Ibrahim Maalouf. Venu jouer dans le cadre du North Summer Festival, organisé ce week-end au stade Pierre Mauroy, le musicien nous a accordé une longue interview, dans laquelle il revient, d'abord, sur son rapport à la trompette... pas évident. "Je vais vous surprendre, mais mon rapport avec la trompette est tout sauf fusionnel", explique Ibrahim Maalouf.

"Je n'ai pas aimé du tout jouer de la trompette pendant très longtemps. [...] Il y avait un truc qui ne fonctionnait pas. C'est comme dans un couple, où vous voulez absolument que ça marche avec la personne avec qui vous êtes, mais en fait vous ne vous entendez pas. Pendant des années, j'ai bataillé pour essayer de trouver un moyen de vivre avec la trompette et d'y arriver. J'ai fini par y arriver."

Ibrahim Maalouf, au North Summer Festival : "L'exil est quelque chose de difficile"


L'expérience de l'exil


Puis l'artiste est revenu sur la question des réfugiés. Lui-même fait le pont entre deux cultures. Né à Beyrouth, franco-Libanais, il a fui le Liban étant enfant, avec sa famille, pour rejoindre la France. A cette époque, le Liban est en proie à la guerre civile, les bombardements sont monnaie courante. "L'exil, c'est quelque chose de difficile. Aujourd'hui les gens oublient à quel point c'est dur de ne pas vivre chez soi", précise Ibrahim Maalouf.

"Surtout qu'en ce moment c'est une période un peu compliquée : on parle de réfugiés, on en parle comme étant des gens qui dérangent etc. Les gens ne se rendent pas compte à quel point ne pas vivre chez soi et être chez d'autres personnes pour vivre, c'est une situation qui est extrêmement humiliante, extrêmement fatiguante au quotidien et qui peut être source d'énormément de traumatismes."

L'artiste revient ensuite sur sa propre expérience, et sur ce qui l'a aidé à grandir, vivre et réussir en France. "L'enfance n'a pas toujours été très simple. Celles qui nous ont donné cet équilibre ce sont les femmes, qui ont vraiment su nous ramener en permanence à l'essentiel. Tout mon dernier album "Red & Black light" est dédié aux femmes de ma famille.", exlique le trompettiste. 


Populaire mais intime


Au début, sa musique était écoutée par des amateurs de jazz. Peu à peu, elle a séduit de plus en plus de monde, jusqu'aux Victoires de la musique, en 2014, où il reçoit une victoire dans la catégorie "Meilleur Album de Musiques du Monde". Un succès qui l'amène à jouer devant des publics de plus en plus larges. "Quand on a joué dans des grands festivals, où sur des scènes avec des grandes salles comme ça, j'ai le souvenir d'avoir vraiment voulu toujours prendre le temps de pas bâcler le truc sous le prétexte qu'on est toujours là pour faire la fête, alors on fait la fête et puis c'est tout", explique l'artiste.

"J'essaye de prendre le temps à chaque fois de parler avec les gens et de calmer tout le monde. De dire que c'est pas parce qu'on est 60 000, 40 000 ou 20 000 qu'il faut forcément que j'entretienne toujours cette folie", conclut l'artiste, qui enchaîne les festivals cet été.