Lille : un handicapé moteur en panne de fauteuil délaissé par les secours toute une nuit

Loïs Crépy est resté en panne de fauteuil électrique une nuit entière dans la rue d'Arras, à Lille, à six kilomètres de chez lui. / © DR / Google / France 3
Loïs Crépy est resté en panne de fauteuil électrique une nuit entière dans la rue d'Arras, à Lille, à six kilomètres de chez lui. / © DR / Google / France 3

Loïs Crépy, 35 ans et handicapé moteur, a dû passer une nuit entière dans une rue lilloise fin décembre, malgré ses appels à l'aide passés aux différents services de secours, qui ne lui ont jamais porté assistance. Son fauteuil électrique n'avait plus de batterie.

Par Thomas Millot

"En général, je me débrouille tout à fait par moi-même, je ne suis pas du genre à réclamer de l'aide pour rien ! Je ne suis pas du genre à m'apitoyer sur mon sort, mais là j'avais clairement besoin d'aide". Loïs Crépy, 35 ans, est toujours amer, dix jours après la nuit très difficile qu'il a passée dans une rue lilloise, du 30 au 31 décembre dernier.

Une mésaventure révélée lundi par 20 minutes Lille, et qu'il souhaite médiatiser pour éviter que quelqu'un d'autre ne la subisse à l'avenir.

Cette nuit là vers 3h du matin, cet habitant de Lomme est tombé en panne de fauteuil électrique en pleine rue. Il a ensuite été confronté à la sourde oreille des services de secours, qui l'ont laissé à son triste sort durant de longues heures, malgré des appels répétés. Il a pu être pris en charge un peu avant... midi.

Plus de batterie

Ce samedi 30 décembre, Loïs va passer la soirée à la gare Saint-Sauveur à Lille. Paralysé des deux jambes, ce Lommois ne se déplace qu'en fauteuil électrique, et emprunte quotidiennement les transports en commun. "J'étais en soirée et peu avant minuit je m'apprêtais à prendre le dernier métro pour rentrer chez moi. Mais l'ascenseur de la station ne fonctionnait pas, du coup j'ai raté le dernier métro", raconte-t-il. Le Lommois rebrousse donc chemin pour retourner à Saint-Sauveur et y poursuivre la soirée jusqu'à 3h du matin. Jusque là, tout allait presque bien.

N'ayant pas d'autre choix pour rentrer chez lui, Loïs se met en route sur son fauteuil électrique, direction l'avenue de Dunkerque à Lomme. Mais à peine arrivé rue d'Arras, son fauteuil tombe en panne. Plus de batterie. "Je ne l'avais pas rechargé assez, c'est une erreur de ma part", reconnaît-il. Un problème n'arrivant jamais seul, son téléphone n'avait plus de jus non plus.


Aucune assistance, ou presque

La galère commence alors pour Loïs, à l'arrêt sur le bord de la route. Le trentenaire interpelle des passants, qui l'aident à appeler les services de secours. Police, pompiers, et Samu sont sollicités. Plusieurs fois. "Aucun d'eux ne s'est déplacé. Ils ont passé leur temps à se renvoyer la balle mutuellement", déplore le trentenaire.

Une patrouille de police est finalement bien passée par là au milieu de la nuit. "Ils m'ont poussé sur le trottoir, mais ils n'avaient pas de place pour m'embarquer à bord de leur véhicule", poursuit-il. Loïs raconte avoir attendu là, immobile dans son fauteuil, jusqu'à 8h30-9h le lendemain matin. "J'ai pu être poussé par des passants dans un café, où j'ai appelé ma mère". Il a enfin pu être pris en charge par une ambulance privée, qui l'a ramené chez lui peu avant midi.


"C'est regrettable"

"Cela n'a pas été évident et encore, heureusement que le temps a été assez clément cette nuit là, même s'il y a quand même eu de la pluie. Á partir du moment où on vous a coupé les jambes, vous êtes en droit d'être assisté par les secours" regrette Loïs.

Du côté de la police nationale, on qualifie cette mésaventure de "regrettable". "Il nous arrive de ramener des personnes âgées en difficulté chez elles, même si ce n'est pas notre mission première. Il faut qu'on vérifie s'il y a eu des appels et si oui, pourquoi ce monsieur n'a pas été pris en charge", déclare-t-on à la direction départementale de la sécurité publique.

Sollicité au sujet de la situation vécue par Loïs, le service communication des pompiers du Nord (SDIS) n'a pas encore répondu à nos questions.

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