Une fausse ONG domiciliée à Lille tente de piéger Amnesty International

© GUILLEMETTE VILLEMIN / AFP
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"Voiceless Victims", une fausse ONG qui prétendait défendre les migrants contraints de travailler illégalement sur les chantiers du Qatar, s'est servie de cette couverture pour tenter de pirater Amnesty International. L'ONG était domiciliée à Lille.

Par AFP

Site internet léché, page Facebook très suivie, compte Twitter... l'organisation Amnesty International (AI) a été victime d'une tentative d'espionnage d'une rare sophistication, via une fausse ONG créée pour la piéger. Un avertissement pour la société civile, qui doit investir dans sa cyberprotection.

Voiceless Victims, "organisation pour la défense des droits humains", avait pourtant tout d'une vraie structure. Un slogan: "rendre la parole à ceux qui ont été réduits au silence". Une équipe avec de bonnes références, selon leurs CV en ligne. Des vidéos onéreuses pour attester de son engagement. Un article d'Al-Jazeera vantant ses mérites. Plus de 6.000 "followers" sur les réseaux sociaux. Et même une adresse à Lille.


"Mais tout était bidon", résume Sabine Gagnier, chargée de plaidoyer pour Amnesty et une des cinq cibles de l'attaque. Toutes avaient participé, "de près ou de loin", à un rapport dénonçant les abus commis sur des migrants construisant au Qatar les stades devant accueillir la Coupe du monde de football de 2022, précise-t-elle.

Quand j'ai ouvert la pièce jointe d'un de leurs mails, quelque chose s'est allumé sur mon écran.


Une vraie-fausse communicante de Voiceless Victims les avait approchées en mars, peu avant la parution de l'enquête. Des courriels avaient été échangés pendant plusieurs mois. Mais ce n'est qu'en août que l'attaque a eu lieu.

"Quand j'ai ouvert la pièce jointe d'un de leurs mails, quelque chose s'est allumé sur mon écran. Ça m'a bloqué", se souvient James Lynch, directeur adjoint d'AI. Les systèmes de sécurité d'Amnesty, détectant une tentative d'intrusion, sont alors entrés en service.

La célèbre organisation non gouvernementale a ensuite enquêté sur la supercherie. "L'attaque, dans sa présentation, était bien plus sophistiquée que celles que nous subissons généralement", remarque Sherif Elsayed Ali, responsable technique pour AI.

Plusieurs coupables possibles


Sollicité par Amnesty, le gouvernement du Qatar a répondu qu'il n'a "absolument rien à voir avec la création ou les actions de Voiceless Victims".

Les autorités des Emirats arabes unis, qu'Amnesty qualifie de "coupable possible" car elles ont déjà cherché, par des biais similaires, à nuire au Qatar avec qui elles entretiennent des relations houleuses, n'ont de leur côté pas répondu à l'ONG.

Ça peut aussi être une entreprise


"Mais ça peut aussi être une entreprise", telle une multinationale du BTP participant à la construction des infrastructures sportives qataries, qui pourrait chercher à "confondre" la société civile, imagine M. Huyghe.

Outre Amnesty, l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois, la Confédération syndicale internationale, la Fédération internationale des ouvriers du transport et Anti-Slavery International ont été visées par Voiceless Victims.

Ces dernières années, l'Armée électronique syrienne, un groupe affilié au régime de Bachar al-Assad, a piégé de multiples sites de médias internationaux, Human Rights Watch et, déjà, Amnesty International. Cette dernière a aussi eu confirmation en 2015 par la justice britannique que les autorités de Londres l'espionnaient "illégalement".

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