Lina, Nordiste détenue par les Kurdes, a peur d'être renvoyée à l'Etat Islamique

Ain Issa, juillet 2017. / © AFP
Ain Issa, juillet 2017. / © AFP

Alors qu'elle a rejoint la Syrie en 2016, Lina*, une jeune Nordiste, est désormais détenue par les forces kurdes. Elle craint d'être échangée par les Kurdes et renvoyée vers l'Etat Islamique. Ses parents témoignent. 

Par Jeanne Blanquart

C'est une jeune femme de 22 ans originaire de la métropole lilloise, partie pour la Syrie il y a deux ans, emmenée par son compagnon jihadiste. Nous l'appelerons Lina*. Selon ses parents, la jeune femme a été embrigadée.

"On lui a fait croire qu'elle allait pouvoir faire des études de sage-femme, qu'elle allait pouvoir pratiquer sa religion sans contrainte, qu'elle allait aider des petits enfants syriens", explique sa mère. "Mais une fois dedans, le piège se referme sur elle et il est très difficile d'en sortir." 

Pendant deux ans, Lina n'envoie que de très courts messages à sa mère, sans jamais dire où elle se trouve. "C'est au début de cette année qu'elle me parle vraiment, qu'elle me dit "maman, je n'avais pas le droit de parler, je ne pouvais pas te parler. Je ne pouvais que fermer ma bouche"".

Finalement, Lina tente de payer un passeur pour se rendre à l'ambassade de France en Turquie, poursuit sa mère. Mais le trajet ne se déroule pas comme prévu, et Lina, son conjoint et leur bébé sont livrés aux forces kurdes. 


Renvoyée vers l'Etat Islamique ?


Aujourd'hui, elle est prisonnière des forces kurdes, retenue dans le camp d'Ain Issa, au Nord de la Syrie, avec son bébé de six mois. Mais surtout, Lina a peur d'être échangée par les Kurdes et remise à l'Etat Islamique. De temps en temps, elle appelle sa mère, qui a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat. 

"Elle m'a dit "maman, si tu n'as plus de nouvelles de moi, c'est qu'ils m'ont rendue de l'autre côté. Et surtout si on te fait croire que c'est moi qui voulait y aller, c'est pas vrai maman"", raconte la mère de famille. "Elle a très peur et récemment elle m'a dit que les gardes kurdes viennent avec des listes de noms, et choisissent les femmes qui vont êtres rendues à l'Etat Islamique." Sait-elle en fonction de quels critères ces listes sont établies ? "Non", affirme sa mère. "Elle ne sait pas."

De leur côté, les parents collaborent avec la justice française. "Ça a commencé au moment où on a appris qu'elle était effectivement partie en Syrie", explique le père de Lina. "On a contacté directement la cellule de crise du Quai d'Orsay, qui nous a ré-orienté vers la Croix-Rouge internationale. [...] Bien sûr, on a été en contact avec la Police Judiciaire très rapidement. Et très régulièrement, à chaque fois qu'on avait des informations, notre attitude c'était d'informer tout le monde." 

Dès fin février, il avertit les autorités françaises que Lina a peur d'être échangée. "La Police Judiciaire nous a dit qu'ils n'avaient aucune information en ce sens et qu'ils allaient vérifier mais qu'ils n'y croyaient pas", poursuit le père de la jeune femme. "Quelques temps après, on a reçu un appel de la Police Judiciaire qui nous disait effectivement, on a fait notre enquête et on a entendu que ça existait. Mais qu'ils ne pouvaient rien faire, parce qu'il fallait que ce soit l'Etat français qui décide d'agir."


Cent Français détenus par les Kurdes


Pour l'instant, aucun Français n'aurait été rendu à l'Etat Islamique mais la jeune fille semble avoir de plus en plus peur. Le 20 mai dernier, elle envoie ainsi un SMS à sa mère : "Les menaces des Kurdes sont vraies. Ça a déjà commencé. C'est dans leur intérêt comme ça ils vident les camps et ils récupèrent leurs prisonniers."

Pour l'avocat de la famille, Me Martin Pradel, ces échanges sont réels. "Je suis en mesure de vous confirmer que des personnes que je défends, avec lesquelles je suis en contact direct ou indirect par l'intermédiaire de leur famille, sont informées du projet qui est fait de les transférer, alors qu'elles sont tenues aujourd'hui entre les mains d'une entité kurde, vers l'organisation Etat Islamique", précise Me Martin Pradel. 



D'ailleurs, selon lui, "aujourd'hui on n'a aucune confirmation qu'il n'y a pas déjà eu des Français échangés". Selon un rapport de l'ONU, 100 Français, dont 30 enfants, seraient actuellement détenus par les forces kurdes.



*Pour des raisons de sécurité, nous avons modifié le prénom de la jeune femme.


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