Le portrait de la semaine : Annick et Dédé, 57 ans d'amour, de Maubeuge à la Côte d'Azur

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Écrit par Thibaut Rysman

Quand vous croisez Annick et Dédé pour la première fois, il faut peu de temps pour se retrouver invité chez eux. Et comme quand vous allez chez vos grands-parents, il n’est pas rare que vous repartiez avec des gâteaux dans du papier alu ou des bibelots témoins du temps passé. Un couple rempli d’une vraie générosité de cœur et d’amour qui réalise un rêve à l’aube de leurs 80 ans.

Rien ne prédestinait leur rencontre et pourtant en 1965, dans une petite ruelle de Jeumont, près de Valenciennes, Annick, 16 ans, rencontre André, 17 ans. Ils tombent nez à nez quand Dédé saute par-dessus un mur pendant sa pause cigarette de jeune pâtissier. Elle partait pour l’école.

"Je l’ai vu sauter le mur et retomber sur ses pieds dans un nuage de farine. J’ai rigolé, on a causé et là ça a fait tilt ! On s’est promis de se revoir le lendemain."

À ce moment-là, ni l’un ni l’autre ne sait que ce sera le premier jour du reste de leur vie. Annick et Dédé ne se sont pas quittés depuis 57 ans.

Les deux viennent d’une famille ouvrière où le sens du travail est la règle d’une bonne éducation. Quand Annick a ramené Dédé à la maison, sa grand-mère a un peu tiqué, mais très vite elle lui glisse à l’oreille qu’elle l’a très bien choisi. Il faut dire qu’il en jette avec son grand sourire et ses beaux yeux bleus. Un an et demi plus tard, le 18 avril 1966, c’est le mariage et le polichinelle dans le tiroir. Pas voulu attendre... Laurence arrive quatre mois plus tard.

Annick : "On l’a conçue avant le mariage tu t’imagines... À l’époque... On n’avait pas de pilule, pas d’échographie, on a pris cela comme un cadeau du ciel !"

Ils rigolent tous les deux en se tenant la main.

Annick apprend la coiffure mais préfère partir faire du ménage. Dédé reste pâtissier mais sans conviction. C’était compter sans la force de persuasion de son épouse, il se décide à franchir le pas pour devenir indépendant. Leurs propres patrons. Et paf, fin février 1968, au moment où les pavés volaient à Paris, eux achètent une boulangerie à Maubeuge. Lui aux fourneaux, elle à la caisse.

"À cette époque on n'avait plus rien dans le magasin. Les gens s’imaginaient que la guerre allait revenir. On a eu l’impression de revivre la même chose au moment du premier confinement. Mais en tout cas c’était chez nous et on était heureux comme tout, surtout qu’au même moment arrivait notre deuxième fille. Sylvie née le 12 juin."

Une autre époque…

Tout allait bien, mais sans prévenir on diagnostique à André un asthme assez important. Four à bois, farine, chaud-froid, bronchites répétitives, c’en est trop pour imaginer continuer toute une vie. Car ce qu’il n’a pas dit jusque-là André, c’est que son truc à lui c’est la mécanique. Et il faut bien reconnaître que niveau outillages et bricoles c’est du haut niveau. Vous avez besoin de quoi que ce soit ? Appelez-le, il aura toujours une solution et le tournevis qui va avec.

"J’avais ça au fond de moi la mécanique. J’ai même fabriqué une voiture ! Une ancienne formule France. C’est Annick qui m’avait acheté les plans. Je travaillais beaucoup pour apprendre. J’ai lu plein de manuels, de livres, mais les autos ça me paraissait trop gros alors je suis alors vers les motos. J’ai contacté Motobecane et je suis devenu concessionnaire."

Nous sommes en février 1974 quand leur magasin ouvre rue Marcel Aymé à Hautmont. De la farine aux motocyclettes il n’y a qu’un pas à franchir : celui du courage et de l’envie. Et on ne peut pas dire que ce choix n’était pas le bon car l’affaire a tenu 30 ans. Lui dans l’atelier, elle... À la caisse !

Et durant toutes ces années, Annick se souvenait régulièrement de cette institutrice qu’elle avait enfant. Elle venait du Var et parlait souvent de la Côte d’Azur à ses élèves en classe.

"Elle en parlait tellement bien que j’en rêvais. Je visualisais les palmiers et la mer. Le bruit des vagues, le son des cigales... Un jour j’irai vivre là-bas."

Dédé acquiesce "Ça ne me déplaisait pas mais j’étais fils unique et je ne voulais pas quitter mes parents. Je partirai plus tard d’accord mais pas maintenant."

Mais quand en 2004 arrive la retraite ?

"Et bien on était contents, on était propriétaires de notre maison, on en prenait grand soin. Mais au bout de 10 ans l’ambiance et le décor devenaient un peu lourds à supporter. On s’occupait mais les copains commençaient à disparaître. Les parents n’étaient plus là non plus et les filles étaient parties loin du Nord."

Il n’en fallait pas plus pour que la décision soit prise. Cette Côte d’Azur dont sa maitresse lui parlait tant enfant sera désormais le lieu de leur retraite. Loin de la météo déprimante et du crachin.

"Quand on ferme à clé notre maison de Saint-Remy-du-Nord on est très excités. On l’aimait c’est sûr mais ce qui nous attendait était bien plus excitant. Comme on était en location on a vécu un peu dans les cartons mais on passait souvent devant un appartement à Antibes qui me plaisait beaucoup. Et un matin on y a vu un panneau à vendre. On y a habité tout de suite avec les meubles de l’ancien propriétaire. On a fait les travaux. On avait l’impression de revenir à l’époque où on retapait notre boulangerie." Il faut leur reconnaître un certain courage car l’un et l’autre ont 73 et 74 ans quand leur déménagement prend des allures de vie d’étudiants.

Alors voilà, depuis juillet 2021, Annick et André ont quitté leur région du Nord qu’ils aimaient tant pour réaliser leur rêve d’enfant. Maintenant ils vivent dans un appartement avec la mer d’un côté et la montagne de l’autre. Et surtout leurs deux filles auprès d’eux qui habitent la même résidence. Le décor est idéal pour réaliser tous les projets qu’ils ont en tête.

"Faire du vélo, découvrir les petits villages de la région, faire la fête du citron à Menton ou aller en Italie. Et puis voir le mimosa ! Ici les gens sont bien et comme on n'est pas arrivé en terrain conquis on a tout de suite été bien accepté."

Peut-être un seul regret inavoué ? Celui de ne pas voir assez leurs trois petits-enfants... Le sujet n'est jamais évoqué mais il y a des regards qui ne trompent pas. A les voir parler, inviter et rendre service à tous les jeunes de leur nouvelle résidence, nul doute que ce manque sera très vite comblé.