Nord : appel à l'aide de la mère de Marie Trackoen, 28 ans, disparue après une mauvaise rencontre

Illustration. / © MAXPPP
Illustration. / © MAXPPP

Marie Trackoen, 28 ans, et originaire de la Pévèle a disparu depuis le mois de mars après avoir fait la rencontre d'une femme manipulatrice. Avec l'aide du CAFFES, qui lutte contre les dérives sectaires, sa mère Monique tente désespérément de retrouver sa fille. 

Par Jeanne Blanquart

C'est un drame dont les racines se sont installées discrètement, dans l'ombre. Mais en réalité, tout s'est passé en quelques mois. En quelques mois seulement, une famille originaire de la Pévèle, dans le Nord, a vu disparaître l'un de ses enfants. 

Marie Trackoen a 28 ans. Elle a disparu depuis le mois de mars, vraisemblablement sous l'emprise d'une femme d'origine allemande, qui a construit autour d'elle une communauté fermée. 

Tout commence l'an dernier, dans un centre de thérapies alternatives basées sur l'alimentation, au Portugal. Marie s'y est rendue sur conseil d'une amie pour résoudre ses problèmes de santé - elle est trop maigre. C'est là qu'elle va faire la connaissance d'Ulrike, une jeune femme allemande. "A ce moment-là, elle nous a dit qu'elle avait rencontré des gens très sympas mais c'est tout", explique Monique, la mère de Marie. 

En réalité, Marie discute de plus en plus avec sa nouvelle amie. En mai, elle annonce à ses parents qu'elle va se faire baptiser, comme Ulrike, au sein de l'Église adventiste du 7e jour. "C'était brutal. On a décidé de tous aller assister à son baptême. Là on a entendu des propos un peu étonnants. On disait par exemple : "si vous n'êtes pas bien avec votre famille, on sera votre famille d'accueil". Mais sur le moment, on n'a rien dit". 


La transformation de Marie 


Rapidement, Marie change. "Rapidement, on a constaté un changement alimentaire et un changement vestimentaire. C'était le style mormon : très austère, des vêtements amples, sombres, pour "ne pas attiser la convoitise"", explique Monique. 

Vient les grandes vacances. Toute la famille part ensemble passer quelques jours dans le Sud. "Chez les Adventistes, le 7e jour, c'est le samedi. Ce jour-là, on ne doit pas parler boulot, on ne doit pas faire d'activité qui implique de faire travailler d'autres personnes", poursuit la mère de Marie. "On avait prévu de faire du karting en famille. Comme c'était le samedi, elle a dit qu'elle ne voulait pas et elle n'y est pas allée."

Des petites choses, sur le moment, qui n'ont pas alerté outre mesure ses parents. "On a eu beaucoup de signaux d'alerte, mais c'est seulement en janvier qu'on s'est dit qu'il y avait un problème", poursuit Monique. "Aujourd'hui je me dis : "comment faire pour que les autres parents réagissent plus vite ?""


L'embrigadement


Marie trouve du travail dans la région de Tours et quitte ses parents pour emménager là-bas. Elle rentre néanmoins rapidement pour passer les fêtes de fin d'année en famille. A ce moment-là, "ce n'était plus Marie qui s'exprimait".

Marie veut tout quitter pour monter un projet et aider les personnes en difficulté. "Je lui ai proposé de l'accompagner dans le projet, dans son financement", précise Monique, qui est à ce moment-là assez dubitative. Le projet de Marie est très flou. Monique s'inquiète pour elle. "Son visage était fermé, la discussion était bloquée. Elle pensait qu'on était contre son projet."

Alors que Marie doit déjà repartir à Tours, sa mère lui fait une proposition. "Comme on arrivait pas à se comprendre, je lui ai demandé si elle pouvait repousser son départ d'une journée. Elle a tourné le dos. Le lendemain, sa chambre était complètement vidée, elle était repartie. on a commencé à s'inquiéter.

Les contacts s'espacent. Marie ne répond quasiment plus. Un jour, Monique reçoit un SMS de sa fille, qui se concluait par "Puisses-tu me pardonner". "Mais lui pardonner quoi ? La manière dont elle est partie ou ce qu'elle allait faire ?", s'inquiète alors Monique. On lui transmets un autre message audio de Marie, dans lequelle la jeune fille explique que sa mère est "habitée par Satan". Pendant ce temps, Marie passe de plus en plus de temps avec Ulrike, son conjoint et les autres... 


La disparition 


Très inquièts, les parents de Marie contacte le CAFFES, situé à Lille, qui lutte contre les dérives sectaires. L'association les reçoit, leur explique que leur fille est victime de ce type de dérives et qu'il faut absolument garder le contact avec elle, tant bien que mal. 

Mais tout va s'accélerer. Marie leur annonce qu'elle va quitter son travail et son appartement pour suivre Ulrike et vivre en itinérance, dans sa voiture. Le 23 février, Monique reçoit un coup de fil de l'agence immobilière qui loue l'appartement à Marie. Alors que l'état des lieux doit avoir lieu, Marie refuse d'ouvrir la porte. En réalité, toutes ses affaires sont encore là. Et dans l'appartement, Ulrike, son conjoint, et les quatre autres personnes du groupe ne veulent pas partir. 

Un autre rendez-vous est fixé. Les parents de Marie décident de se rendre à Tours. "Quand on est arrivés, toutes ses affaires étaient sur le trottoir." Au départ, Marie semble très heureuse de voir sa famille. Mais à côté d'elle, Ulrike refuse de les laisser. Durant l'état des lieux, elle chuchotte à l'oreille de Marie des propos que personne d'autre n'entend. 

Vient la fin de l'état des lieux. Alors que Marie avait accepté d'aller boire un café avec sa famille, elle semble soudainement avoir changé d'avis. "Elle a fini par nous répéter que c'était son choix, qu'elle devait partir. Puis Ulrike l'a prise par le bras et elles sont parties en courant", souffle Monique. Depuis, plus rien. Marie a disparu. 


Cri du cœur 


Où est passée Marie ? Est-elle toujours en vie et en bonne santé ? Sa famille a immédiatement contacté les gendarmes, a envoyé plusieurs courriers au Procureur, toujours accompagnée par le CAFFES. Mais les recherches mettent trop de temps à se mettre en place et les nouvelles ne sont pas bonnes. 

Depuis, le portable de Marie n'est plus en service. Sa voiture a été vendue. Le groupe est-il reparti en Allemagne ? Les informations arrivent au compte-goutte. L'Église adventiste du 7e jour leur apprend qu'Ulrike et son conjoint ont été exclus il y a plusieurs années de leur communauté, en Allemagne. Ils sont introuvables. 

Depuis l'entretien que nous avons réalisé avec les parents de Marie, son père est décédé. Monique a tenu à ce que l'article soit publié, dans l'espoir qu'il parvienne jusqu'à Marie. "Je voudrais qu'elle puisse revenir pour les obsèques de son père. Après, elle fera ce qu'elle veut, mais là on a besoin d'elle", implore Monique. Un cri de détresse et un espoir : celui de retrouver sa fille. 




Sur le même sujet

Enquêtes de région : quelle mobilité, à la campagne ?

Les + Lus