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Nord : après son appel à l'aide, Monique Trackoen a pu revoir sa fille Marie, sous l'emprise d'une secte en Allemagne

Monique Trackoen se bat depuis des mois pour revoir Marie, sa fille de 28 ans qui se trouve sous l'influence d'un "couple gourou". Sa fille, qu'elle n'avait pas vue depuis février, n'est plus la même qu'avant.

Par Quentin Vasseur

"Physiquement, elle a l'air de bien se porter. Mais psychologiquement..." Après des mois de lutte, Monique Trackoen a pu revoir mercredi 5 décembre sa fille de 28 ans, Marie, qui a coupé les ponts et a disparu après avoir rencontré Ulrike M., une femme manipulatrice avec qui elle s'est installée en Allemagne.
 

 

"Elle était souriante, mais froide"


Une rencontre aux airs de petite victoire, même si rien n'est acquis. "Elle était souriante, mais froide", "étrangement calme" et "relativement anesthésiée", sous l'influence manifeste de ceux que Monique appelle "le couple gourou". Un couple avec lequel elle et deux autres personnes se sont installées, dans un appartement dans le Bade-Wurtemberg, le Land du sud-ouest de l'Allemagne où se trouve Stuttgart.
 
Monique Trackoen à l'aéroport alors qu'elle se rendait à la rencontre de sa fille. / © JB
Monique Trackoen à l'aéroport alors qu'elle se rendait à la rencontre de sa fille. / © JB

 

De Marie Trackoen à Ani Elia


C'est un choc, lorsqu'elle entend pour la première fois celle qui se fait désormais appeler "Ani Elia" appeler Ulrike "Maman". "J'ai réagi physiquement" explique-t-elle. Voyant cela, Marie dit alors : "Oui, c'est ma nouvelle famille". Une famille d'accueil, les "Elia", devant lesquelles "ma fille est complètement en admiration"

En revanche, sa famille biologique originaire de la Pévèle la laisse presque indifférente. Non seulement elle ne s'est pas présentée aux obsèques de son propre père, mais "elle répondait aux questions sans en poser aucune alors qu'on ne s'était pas vues depuis février." Jusqu'au moment où Monique évoque la naissance à venir de ses petits-enfants, les neveux et nièces de Marie. "Son visage s'est éclairé et j'ai retrouvé la fille que je connaissais !"

 

De l'embrigadement à la disparition

Car avant de croiser la route du "couple gourou", Marie "était quelqu'un d'énergique et de volontaire, même si elle était fragile psychologiquement." Une fragilité qui l'a conduite à tester une thérapie alternative basée sur l'alimentation au Portugal, l'a dernier.

Elle y fait la rencontre d'Ulrike. "A ce moment-là, elle nous a dit qu'elle avait rencontré des gens très sympas mais c'est tout" confiait Monique en juin. Puis tout s'enchaîne : Marie se baptise au sein de l'Église adventiste du septième jour, change de régime alimentaire et adopte un style vestimentaire proche des mormons. Installée à Tours, où elle a trouvé un travail, Marie change peu à peu et ses parents ne la reconnaissent plus. 

Le 23 février, alors que Marie a fait part à sa mère de son intention de vivre en itinérance avec Ulrike, le logeur de la jeune femme prévient ses parents qu'elle refuse de quitter son appartement à Tours. À l'intérieur se trouvent Marie, Ulrike, et cinq autres personnes.

À l'arrivée des Trackoen, Marie semble d'abord heureuse de voir ses parents et accepte de boire un café en leur compagnie, puis change d'avis et d'attitude après qu'Ulrike lui a chuchoté à l'oreille. Et les deux femmes s'enfuient en courant. C'était la dernière fois que Monique voyait sa fille jusqu'à la semaine dernière.
 

 

"Otage heureuse"

Dans les mois qui suivent, Monique Trackoen ne cesse de lutter pour retrouver Marie. Avec l'aide du Centre national d'Accompagnement Familial Face à l'Emprise Sectaire (CAFFES) basé à Lille, mais aussi de l'église adventiste en France et en Allemagne, qui a exclu le groupe déviant d'Ulrike, ils parviennent à retrouver la trace de la "famille Elia".

L'alerte est venue de leur logeur, chez qui vivent les six adultes, sans travail et vivant a priori sur la retraite des deux plus âgés.
 

Pour Monique, sa fille est devenue l'"otage heureuse" de ce groupe, qui détient ses papiers. D'abord parce qu'elle semblait différente lorsque le "couple gourou" et surtout Ulrike étaient présent à côté d'elle. Et puis il y a cette adresse email à son nouveau nom, qu'elle a fourni mais à laquelle elle ne répond "jamais".

"Elle dit n'avoir pas reçu mon mail pour lui souhaiter son anniversaire, mais ceux de ma belle-sœur lui sont parvenus". Elle suppose donc que "le couple gourou doit filtrer les informations qu'il lui donne."
 
 

"Je ferai ce que je peux"

Et cette phrase, qu'elle répète deux ou trois fois dans la conversation : "Je ferai ce que je peux". "Lorsque ma belle-sœur demandait avec un peu d'humour si elle pouvait donner quelques nouvelles, elle répondait 'Je ferai ce que je peux'. Ce n'est pas une réponse, ça !"

Pour autant, le fait que Marie ait réagi positivement aux nouvelles de ses neveux et nièces est une excellente nouvelle, lui a-t-on dit à la CAFFES. "C'est un moyen de semer des graines pour qu'elle puisse plus tard questionner ses rapports avec cette famille" rapporte-t-elle.

En parallèle, Monique Trackoen n'a toujours pas renoncé à se tourner vers les autorités françaises. Elle est par ailleurs assistée par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Milivudes).

Pourtant, le parquet de Tours "n'a toujours pas bougé, ne m'a jamais fait la moindre réponse", malgré trois courriers et des attestations officielles des faits. Une passivité d'autant plus grave qu'il y a urgence : "Ma fille est en grand danger en termes de santé mentale" insiste-t-elle.

Et pas seulement celle de Marie, car de savoir sa fille partie "avec des fanatiques dangereux" représente un véritable poids à porter. "Ma santé est sérieusement ébranlée".

Contacté, le parquet de Tours n'a pas encore donné suite à nos sollicitations.
 

Qu'est-ce que l'Église adventiste du septième jour ?

L'Église adventiste est un sous-groupe à l'intérieur de la religion chrétienne qui a été fondée au milieu du XIXe siècle sur la croyance à l'époque que le Christ reviendrait en 1844 sur Terre, et que cette dernière serait détruite.

Avec 17 millions de membres dans le monde, il s'agit de la douzième plus grande organisation religieuse dans le monde, juste devant les Témoins de Jéhovah.

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