Au lycée Baudelaire de Roubaix, les professeurs en grève pour dénoncer le protocole sanitaire "impossible à appliquer"

70% des enseignants du lycée Baudelaire sont en grève pour dénoncer le protocole sanitaire renforcé "inapplicable" dans leur établissement, alors que Roubaix est l'une des villes françaises où le virus circule le plus.
"Tousse ensemble", "protocole sanitaire à revoir… 0/20". Au lendemain de la rentrée scolaire, 70% des enseignants du lycée Baudelaire de Roubaix sont en grève, "certains pour la première fois de leur vie" affirme Tiphaine Colin, professeure de sciences économiques et sociales dans cet établissement accueillant 700 lycéens.

Alors que le pays est reconfiné depuis quelques jours, tous les établissements scolaires de la maternelle au lycée sont ouverts, contrairement au confinement du printemps dernier. Un protocole sanitaire renforcé a été annoncé par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education, pour accueillir élèves et professeurs en toute sécurité.  Impossible à mettre en place dans ce lycée de Roubaix explique la professeure d’économie, également représentante du syndicat SNES FSU de l’établissement. "On a été choqué par la différence entre le discours national "tout va bien, on fait un protocole sanitaire renforcé" et la réalité. Sur le terrain, rien n’a changé." Elle prend pour exemple la journée de cours dispensée lundi 2 novembre, rentrée scolaire après les vacances de la Toussaint. "35 élèves par classe, pas de distanciation possible, pas de moyens supplémentaires."

Le rectorat a été contacté, afin de trouver des solutions comme la mise en place de demi groupes. La réponse, négative, a stupéfait les professeurs.

"Certains élèves nous ont avoué porter le même masque jetable depuis un mois"

Le lycée Baudelaire se situe à quelques mètres de l’entrée des urgences de l’hôpital Victor Provo de Roubaix, saturé par les patients Covid depuis plus d’une semaine. La ville enregistre d’ailleurs un des taux d’incidence les plus élevés de France et des transferts de patients ont lieu quotidiennement pour soulager les soignants. "On est de l’autre côté du trottoir de l’hôpital Victor Provo, s’inquiète Sophie Djigo, professeure de philosophie au lycée Baudelaire. Ce qu’on craint, ce qu’on veut éviter, c’est la fermeture du lycée." Au-delà de l’impossibilité de mettre en place le protocole sanitaire renforcé dans l’établissement comme l’aération des salles ou la distanciation entre les élèves dans des classe à 35, Sophie Djigo affirme que la sécurité des élèves, des professeurs et de leurs familles ne peut pas être garantie.

"Nous avons des élèves dont les familles sont en situation de très grande précarité. Le coût des masques étant à la charge des familles, certains élèves nous ont avoué porter le même masque jetable depuis un mois."

Sophie Djigo, professeure de philosophie au lycée Baudelaire à Roubaix

Un manque de moyens également dénoncé par les élèves. "C’est nos professeurs qui paient et ramènent des lingettes désinfectantes pour essuyer nos tables" raconte Elisa, élève de terminale. "On est 30 en classe, il n’y a pas de distanciation, les règles n’ont pas changé, avance Inès. On est pas en sécurité."

"Ce qu’on craint et qu’on veut éviter, c’est la fermeture du lycée"

Pour assurer la sécurité sanitaire de tous, les professeurs ont proposé au rectorat la mise en place de demi groupes. "On s’appuie sur des choses évoquées par le ministère avant la rentrée de septembre, rappelle Sophie Djigo, professeure de philosophie. C’est diviser les effectifs et assurer une rotation par demi-journée pour que les élèves bénéficient d’une continuité pédagogique mais avec un emploi du temps assoupli pour régler à peu près tous les problèmes liés à l’application des gestes barrières."
L’objectif, éviter à tout prix la fermeture de l’établissement comme lors du printemps dernier. "La fermeture pendant le confinement du mois de mars a été très douloureuse. Ils ne sont, pour la plupart, pas équipés pour faire des cours en distanciel. Ils ont besoin de la sociabilité qu’apporte le lycée." Ces propositions ont, pour l’heure, été refusées par le rectorat. Les professeurs du lycée Baudelaire mobilisés ne comptent pas reprendre les cours tant qu’ils n’ont pas été entendus.
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