Roubaix : qu'est-ce que le “cloud de confiance” que l'État a chargé le géant nordiste OVH de développer ?

© MAXPPP
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La concurrence des entreprises américaines, sommées par la loi de livrer leurs données aux autorités de leur pays, a fait réagir les parlementaires français.

Par AFP

Le géant de l'hébergement roubaisien OVH fait partie des entreprises sollicitées par l'État pour proposer aux entreprises françaises et européennes une solution alternative aux opérateurs de "cloud" (infrastructures informatiques à distance) américains, susceptibles d'être contraints à livrer les données qu'ils hébergent aux autorités des États-Unis.

Ce coup de projecteur sur la sécurité juridique des données sensibles est une aubaine pour OVH qui célèbre jeudi ses 20 ans. Selon son directeur général Michel Paulin, qui rédige la partie "données" d'un rapport commandé à la Direction générale des entreprises (DGE), le "cloud de confiance" doit être ouvert et compétitif. Il peut aussi être plus écologique.
 

► En 2012, le gouvernement lançait le "cloud souverain" aujourd'hui abandonné. Pourquoi ce projet fonctionnerait-il aujourd'hui?
MICHEL PAULIN : Je n'utilise pas l'expression 'cloud souverain', mais 'cloud de confiance'. En 2012, on l'avait contraint à un marché de niche, avec deux acteurs (CloudWatt et Numergy, NDLR) dans un Meccano industriel très compliqué qui fonctionnait avec beaucoup d'argent public. Aujourd'hui, on ne demande pas d'argent public. On ne va pas inventer une nouvelle technologie, mais s'appuyer sur les standards du marché et travailler avec les acteurs en place. On promeut un écosystème ouvert qui n'emprisonne pas les clients.

Avec le Cloud Act (loi américaine sur l'accès aux données stockées NDLR), la justice américaine utilise le droit comme un moyen pour servir ses intérêts nationaux. Les données sont au coeur de ces sujets. Les rapports Gauvain et Longuet [sur les mesures d'extraterritorialité et la souveraineté numérique, juin et octobre 2019] ont bien montré qu'il existait des risques pour la souveraineté nationale.
 

Être soumis au Cloud Act ne doit pas être une fatalité. C'est un enjeu sociétal et stratégique. Il existe une alternative et il faut que l'Europe choisisse. 

Un certain nombre de dispositifs législatifs pourraient également y contribuer. Par exemple, quand vous prenez un éditeur de logiciels en SaaS (Software as a service), vous n'êtes pas obligés aujourd'hui de déclarer l'endroit où sont stockées vos données. Dans le cadre d'audits, les cabinets pourraient s'y intéresser.

► Quels sont les critères du "cloud de confiance"?
MP : Nous, on préconise un cloud ouvert. Il doit être simple à mettre en oeuvre, multilocal (nos centres de données sont sur quatre continents), accessible (avoir des prix compétitifs), réversible et transparent. Nous n'avons pas peur du 'multicloud' (l'utilisation simultanée par une entreprise de plusieurs fournisseurs en fonction de leurs prix ou services, NDLR). Au contraire, nous pensons que c'est ce qui à long terme créera de la confiance dans le cloud.
 

La protection des données doit se faire au sens technique et au sens juridique. Notre positionnement est d'être un acteur mondial mais, pour ne pas être soumis au Cloud Act, il existe une séparation totale avec notre filiale américaine. Si un client veut utiliser nos datacenters aux Etats-Unis, il aura deux comptes, deux environnements, deux facturations. C'est une contrainte, mais on l'assume.

On travaille également avec l'Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) pour sécuriser nos applications.

► Les centres de données sont critiqués pour leur consommation d'électricité. Le cloud peut-il être écologique ?
 MP : Il y a 15 ans, OVH a fait un choix technologique et industriel qui est de refroidir les puces de ses serveurs par de l'eau. Il n'y a pas de climatisation, pas de ventilation, ça coûte moins cher à produire et consomme moins d'énergie.

Nous avons déposé un brevet pour ces 'Waterblocks' dont sont équipés nos 30 centres de données répartis sur 12 sites. Aujourd'hui, notre indicateur d'efficacité énergétique, ratio entre l'énergie totale consommée par le centre de données et l'énergie consommée par les serveurs) est de 1,09. Or plus ce ratio est proche de 1, plus c'est efficace.
 

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