Affaire Lorezana à Tourcoing : son oncle sera jugé pour viols incestueux et soustraction de mineure

Lorsque la jeune fille de 12 ans avait fugué, en 2018, elle paraissait être sous l'emprise de son oncle dont elle se disait amoureuse. Depuis, elle semble avoir pris du recul.

© DR

Elle était âgée de 12 ans au moment de sa disparition, lui de 51 ans. Deux ans après la fugue largement médiatisée de la jeune Lorezana, à Tourcoing, l'ordonnance de mise en accusation a été rendue par le juge d'instruction, selon une information de France Bleu Nord confirmée auprès de Me Damien Legrand, avocat de son oncle Francesco Allonge.

"L'ordonnance de mise en accusation date de fin avril", indique-t-il, tout en rappelant que "le côté exceptionnel de cette affaire, c'est que [Lorezana] exprime plus que son consentement puisque les enquêteurs ont découvert des échanges qui démontrent qu’elle voulait un enfant, qu'elle pensait même être enceinte."

Lorsque la jeune Tourquennoise disparaît, le 15 mai 2018, les soupçons se portent directement vers son oncle. Depuis un mois, sa mère les soupçonne en effet d'entretenir une relation :  "Á partir du moment où on dit 'mon amour' à son oncle... il y a quand même un problème", nous racontait Julie Gelder. La jeune fille "se fait belle" dès qu'elle voit son oncle, s'asseoit souvent sur ses genoux... "Dès qu'il ne la voyait plus, c'était le téléphone, des messages... vraiment constamment. Donc j'ai demandé à ce qu'ils arrêtent de se voir".

 

Tourcoing : Lorezana (12 ans) a été "amadouée" par son oncle, selon sa mère

 

 

Le 15 mai, Lorezana profite d'une sortie scolaire pour fausser compagnie à sa classe et rejoindre son oncle, dans la camionnette qu'il a garée non loin. Tous les deux partent ensuite pour Leforest (Pas-de-Calais), entre Douai et Carvin.

Puis ils se réfugient à Berck, sur la côte, chez une amie de Francesco Allonge à qui ce dernier fait croire qu'elle est fuite car sa mère veut la placer dans un foyer. Elle ne soupçonne rien, tout en estimant que la jeune fille était souvent "collée" à son oncle.

 

Appel à témoins et interpellation

 

Le 8 juin, la police un appel à témoins, dans lequel elle indique que Lorezana a pu être soustraite par son oncle, âgé de 50 ans et recherché par la police.

 


 

Tous les deux sont finalement retrouvés le 11 juin à Berck, bien loin de la Sicile où la jeune fille pensait se réfugier. Le camion est équipé d'une caméra, sur son toit, afin de repérer les policiers susceptibles de s'en approcher, et la plaque d'immatriculation est grossièrement falsifiée pour brouiller les pistes.

La jeune fille est alors présentée à un médecin, car la police craint qu'elle ne soit enceinte : elle-même, avant son départ, avait montré un test de grossesse positif à l'une de ses camarades. Il s'agissait finalement d'un faux positif.

Francesco Allonge, lui, nie d'abord les faits. Le 13 juin, il est mis en examen, notamment pour viols incestueux, et incarcéré.

 

 

Libération d'une "emprise"

 

À partir de là, l'enquête et les auditions permettent de démontrer l'ampleur de l'influence de Francesco Allonge sur sa nièce, et de découvrir que leur "relation" n'est pas récente.

Elle aurait fait la connaissance de son oncle paternel à l'époque où son père vivait chez ce dernier, alors qu'elle est âgée de 9 ans. Si lui finit par indiquer aux enquêteurs qu'il n'y a pas eu de relation sexuelle avant les 12 ans de la jeune fille, à la demande de cette dernière, Lorezana déclare en revanche avoir connu un premier rapport à l'âge de 10 ans.

Après avoir défendu son oncle, après son interpellation, la jeune fille a fini par se libérer peu à peu de son "emprise", selon les experts. Jusqu'à évoquer un épisode de violences et par reconnaître que celui-ci savait l'amadouer. Estimant avoir mal agi, elle a indiqué aux enquêteurs, plusieurs mois après les faits, qu'elle ne ressentait plus rien pour Francesco Allonge.

 

Les notions de viols et de consentement au cœur des débats

 

L'expertise psychiatrique n'a pas révélé chez ce dernier de pathologie mentale ou psychique. Par ailleurs, des analyses sur l'ordinateur de Francesco Allonge ont relevé des recherches sur des sites de pédopornographie, ce que conteste le principal intéressé.

Francesco Allonge encourt jusqu'à 20 ans de prison pour les faits qui lui sont reprochés. "Tout le débat portera sur le consentement", indique Me Damien Legrand. Le droit est clair : il s'agit de viols car Lorezana, à son âge, n'était pas capable d'exprimer son consentement quels qu'aient été ses sentiments à l'époque. Le procès devrait se tenir avant la fin de l'année, ou début 2021.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
faits divers justice société
l’actualité de votre région, dans votre boîte mail
Recevez tous les jours les principales informations de votre région, en vous inscrivant à notre newsletter