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Coupe du monde féminine à Valenciennes : le choc Angleterre-Cameroun vu à travers le portrait de deux joueuses

À gauche, Georgia Stanway, l'un des espoirs montants de l'équipe d'Angleterre. À droite, Ajara Stanway, symbole d'émancipation et héroïne de l'équipe du Cameroun. / © MAXPPP
À gauche, Georgia Stanway, l'un des espoirs montants de l'équipe d'Angleterre. À droite, Ajara Stanway, symbole d'émancipation et héroïne de l'équipe du Cameroun. / © MAXPPP

Portrait croisé de Georgia Stanway et Ajara Nchout.

Par Quentin Vasseur avec AFP

Il y a comme une ironie à ce que les Trois Lionnes d'Angleterre affrontent les Lionnes du Cameroun. Dimanche soir, au Stade du Hainaut de Valenciennes, les deux pays s'affronteront dans un huitième de final qui s'annonce tendu.
 

 

Georgia Stanway, "un talent incroyable"


À 20 ans, Georgia Stanway vit un Mondial aussi grisant qu'intimidant. "Nous lui avons dit de faire comme si elle était avec ses amis au parc, en Cumbria", comté rural du nord-ouest de l'Angleterre dont est originaire la joueuse de Manchester City.

Un conseil manifestement efficace, puisque Stanway s'est fendue d'une passe décisive pour la double buteuse contre le Japon  Ellen White, qui a vu en elle un "talent incroyable".

De quoi convaincre Phil Neville de l'aligner d'entrée en huitièmes, dimanche à Valenciennes contre le Cameroun ? "Si elle garde les pieds sur terre et continue à progresser, à travailler dur et à écouter les entraîneurs, elle va devenir une des meilleures joueuses du football mondial", l'a encouragée le sélectionneur.

Entrée au jeu à la 82e contre l'Écosse, une minute plus tôt contre l'Argentine et dès le début du match face aux championnes du monde 2011, Stanway est indéniablement sur la bonne voie.
 
© MAXPPP
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Peut-être puise-t-elle son inspiration dans son parcours à Manchester City. Débarquée en 2015 chez les "Skyblues" en provenance de Blackburn, Stanway inscrit rapidement ses premiers buts et contribue à la bonne saison des Mancuniennes, qui se qualifient pour la Ligue des Champions.

Mais c'est en 2016 qu'elle connaît ses premières émotions fortes, en jouant un rôle clé dans le doublé Coupe-championnat de City et en décrochant la médaille de bronze de l'Euro U17, brassard de capitaine au bras. 

Deux ans plus tard, à 19 ans, Stanway termine co-meilleure buteuse (6 réalisations) du Mondial U20, que les Anglaises achèvent à nouveau à la 3e place.

Chez les "grandes", en revanche, l'histoire de la meilleure joueuse du championnat anglais (aux yeux de la Professional Footballers' Association) de la saison écoulée reste encore à écrire.

Avec à peine onze sélections (elle a été appelée pour la première fois en novembre chez les Trois Lionnes), la plus jeune joueuse de l'effectif de Neville doit encore faire face à une rude concurrence. Et si le match au Stade du Hainaut était l'occasion de se démarquer ?

 

Ajara Nchout, emblème et émancipation

Son n°3 est porté par les jeunes filles de sa ville natale, Foumban, au Cameroun. Ajara Nchout Njoya a crevé l'écran d'un doublé contre la Nouvelle-Zélande, mais elle est un modèle depuis longtemps dans son pays, entre tradition et modernité.

La nouvelle héroïne des Lionnes Indomptables, principale menace pour l'Angleterre en 8e de finale du Mondial, dimanche à Valenciennes, est un emblème de réussite et d'émancipation dans la capitale du royaume Bamoun, où elle est née à l'Hôpital Protestant de Njisse, le 12 janvier 1993.

Ajara (26 ans) a notamment déjà été invitée à la très prestigieuse cérémonie du jugement du sultan des Bamouns, Ibrahim Mbombo Njoya, assise en tenue traditionnelle à ses côtés, un grand honneur.
 
© MAXPPP
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"Notre culture traditionnelle est importante au Cameroun", explique-t-elle, mais elle a vite compris "que le foot pouvait m'aider".

Respectueuse des valeurs, elle a aussi instillé une dose de modernité avec son sport. Ajara a joué au foot "depuis toute petite" en dépit de la désapprobation de sa famille, "mais ma Maman m'a toujours soutenue", souligne-t-elle.

Jeune femme de son temps, Ajara, qui porte des lunettes à la ville, aime le rose, Rihanna, les spaghettis et dévorer du football à la télé, "n'importe quel sorte de match", rit-elle.

À l'adolescence, la joueuse a quitté Foumban, la Cité des arts, et un des plus anciens royaumes d'Afrique Noire, fondé à la fin du XIVe siècle, et jouissant aujourd'hui d'un certaine autonomie dans la république du Cameroun. Mais elle y revient toujours, et lutte pour l'émancipation au travers de ses associations.

"Je sais que grâce au football je peux diffuser des valeurs positives", a-t-elle raconté au quotidien anglais The Guardian. Elle a pris position publiquement contre les mariages arrangés, et parraine une association pour la scolarisation des filles et une autre pour la réinsertion des prisonniers. "Comme les orphelins ou les défavorisés, je crois que si on les guide et si on leur offre des opportunités ils peuvent faire de grandes choses. C'est aussi pour ça que je joue au foot, pour encourager les autres à réussir", explique Ajara.

Grâce au football, elle a aussi fait le tour du monde. Russie, Suède, Norvège, où elle défend désormais les couleurs de Valerenga, le modèle des jeunes filles Bamouns a même évolué brièvement dans la prestigieuse ligue professionnelle nord-américaine, la WSL, au Western New York Flash.

Avec son statut de professionnelle, elle est un pilier des Lionnes, devenue vedette avec son doublé. "Sur le premier but, je prends le ballon du pied gauche, à ras de terre au deuxième poteau, je savais que la gardienne était grande, c'est pour ça que je l'ai mise au sol".

Le second est une merveille de technique et de sang-froid, deux crochets, la tête toujours levée et les yeux sur la cage. "C'est le fruit du travail", répond-elle modestement quand elle est complimentée pour la beauté de ses contrôles orientés

Elle n'est pas seulement fine techniquement, la jeune femme aux tresses blanches et noires, est aussi une pile électrique. Elle a joué au Flash, à l'Energie (Voronej/Russie), et ses coéquipières la surnomment "Courir".

Elle court "pour le peuple camerounais, conclut-elle, les quarts ce n'est pas un rêve, on est là pour jouer". Et continuer à montrer l'exemple.
 

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