Emmanuel Macron en visite à Valenciennes : au gymnase Jean-Mineur, on ne manque de rien… sauf de doses de vaccin

Mardi 23 mars, Emmanuel Macron et Olivier Véran se rendent à Valenciennes pour rencontrer les professionnels mobilisés dans la campagne de vaccination. Au gymnase Jean-Mineur, plus gros centre de l'arrondissement, la coopération entre professionnels est une réussite. Ne manquent plus que les doses.

Image d'illustration. Plus de 14 000 injections ont été réalisées au centre de vaccination installé dans le gymnase Jean Mineur à Valenciennes depuis l'ouverture, mi-janvier.
Image d'illustration. Plus de 14 000 injections ont été réalisées au centre de vaccination installé dans le gymnase Jean Mineur à Valenciennes depuis l'ouverture, mi-janvier. © Fred TANNEAU / AFP

Au fond de la cour d’école, le gymnase Jean-Mineur ne désemplit pas. Situé en périphérie de Valenciennes, il a été mis à disposition par la ville mi-janvier pour devenir un centre de vaccination. À sa tête, le docteur Jacques Franzoni, médecin coordonateur du centre. 

Ce mardi 23 mars, Emmanuel Macron et Olivier Véran viennent le visiter. Et ce choix n'est pas dû au hasard puisque l’opération est un succès. 14 000 doses ont été injectées en à peine deux mois.  La clé de la réussite selon les professionnels ? La coopération entre médecins, pharmaciens, hôpital ou encore mairie qui travaillent main dans la main. Seul ombre au tableau : le manque de doses, qui pénalise l’efficacité du centre.

Un démarrage en trombe

Chirurgien vasculaire reconnu au centre hospitalier de Valenciennes, Bruno Lernout n’a pour l’instant pas vraiment eu le temps de profiter de sa retraite. Après avoir quitté l’hôpital en décembre dernier, il a été rappelé en renfort pour participer au lancement du centre de vaccination. 

Tout est allé très vite. "Les médecins de ville mais également de l’hôpital, les infirmiers et infirmières, les pharmaciens, les retraités, le centre hospitalier, la mairie, les pompiers, la croix rouge française… On a rassemblé tout le monde contrairement à d’autres villes qui sont plus dispersées, ce qui nous a permis d’être très efficaces dès le démarrage", raconte-t-il fièrement.

Un travail en commun où tout le monde joue un rôle. "On peut compter sur une équipe de secrétaires très réactives qui peuvent décommander et reprogrammer très rapidement", explique la gériatre Ingrid Binot, faisant également partie de l’équipe de coordination du centre de vaccination Jean-Mineur. Pour preuve, 600 rendez-vous ont du être déprogrammés lors d’un seul week-end fin janvier, faute de doses.

Des navettes gratuites permettent aux personnes de plus de 75 ans de se rendre au centre de vaccination, installé dans le gymnase de l'école primaire Jean-Mineur.
Des navettes gratuites permettent aux personnes de plus de 75 ans de se rendre au centre de vaccination, installé dans le gymnase de l'école primaire Jean-Mineur. © Mairie de Valenciennes

À Valenciennes, la mairie met également à disposition, via la société exploitante du réseau de transports en commun Transville, des navettes gratuites pour aller chercher et redéposer les personnes les plus fragiles. "Un vrai plus", affirme Bruno Lernout, qui précise que les coordonateurs du centre de vaccination ont utilisé le fichier des personnes fragiles édité pendant les épisodes de canicule pour n’oublier personne.

… conditionné au nombre de doses disponibles

Lorsqu’on demande au médecin coordonateur du centre de vaccination le nombre moyen d’injections quotidiennes réalisées au gymnase Jean-Mineur, c’est là que ça cloche. "On fait entre 150 et 1 250 injections par jour, explique Jacques Franzoni, tout dépend des livraisons". À Valenciennes comme partout ailleurs, l'efficacité de la vaccination est conditionnée au nombre de doses réceptionnées par chaque centre.

Vendredi 5 mars, l’Agence Régionale de Santé annonce le déblocage de doses exceptionnelles pour les Hauts-de-France, où la situation épidémiologique se tend.

"On nous a averti le vendredi soir, et on a reçu 1 600 doses le samedi matin, se souvient Bruno Lernout. Tout a été injecté sur deux jours". Preuve selon lui qu’ils sont capables de vacciner davantage. "On est capables d’administrer 1 200 doses sur la journée, mais parfois dans la semaine on ne vaccine que 100 personnes à peine".

"On est capables d’administrer 1 200 doses sur la journée, mais parfois dans la semaine on ne vaccine que 100 personnes à peine".

Bruno Lernout, chirurgien vasculaire retraité mobilisé pour la vaccination

De plus, les opérations "coup de poing" organisées le week-end par les autorités ne sont pas adaptées selon lui et pourraient impacter la mobilisation des soignants alors qu’il faudra tenir sur la durée. À Valenciennes, on milite pour lisser la vaccination sur la semaine. "On se demande si ces opérations coup de poing ne viennent pas de Paris, où les gens sont plutôt disponibles pour se faire vacciner le week-end. Chez nous, on peut vacciner en fin de journée, même jusque 22 heures s’il le faut".

Plus de reconnaissance pour les professionnels mobilisés 

Ce mardi 23 mars, la question des doses sera centrale dans les échanges entre les professionnels de santé mobilisés au gymnase Jean-Mineur et le président de la République. Sans oublier la reconnaissance du travail sur le terrain de tous les corps de métier mobilisés. 

Le coordonateur du centre espère pouvoir interpeller l’exécutif sur la question des moyens. Depuis mi-janvier, il a constaté des trous dans les paiements, "notamment pour les infirmiers remplaçants et les médecins retraités, alors qu’ils sont mobilisés presque bénévolement depuis plusieurs semaines maintenant". Car même si leur centre est une réussite, tous admettent que le rythme de travail est intense. "Certaines catégories professionnelles ont des difficultés pour le recouvrement de leur paiement, explique Ingrid Binot. On a une armée napoléonienne qui risque de repartir chez elle si elle n’est pas payée". Le chirurgien retraité Bruno Lernout pense particulièrement aux infirmiers et infirmières "qui n’ont pas des revenus extraordinaires" et qui consacrent une demie-journée par semaine à la vaccination. "Ce serait bien qu’elles soient payées dans des délais raisonnables".

"À Valenciennes, on a rassemblé nos forces parce que c’est ce qu’on fait quand c’est la guerre".

Bruno Lernout, chirurgien vasculaire retraité mobilisé pour la vaccination

"On assure notre rôle de médecin plus le nouveau métier qu’on doit aujourd’hui endosser, celui de vaccinologue", conclut la gériatre Ingrid Binot. Mais tous restent plus que jamais mobilisés pour vacciner toujours plus, et toujours plus vite. "À Valenciennes, on a rassemblé nos forces parce que c’est ce qu’on fait quand c’est la guerre, résume Bruno Lernout. L’énorme problème, c’est l’absence régulière de munitions". Comprenez des doses de vaccin supplémentaires, qui seront à coup sur réclamées à Emmanuel Macron et Olivier Véran demain.

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