Homophobie dans les stades : “une polémique inutile” estime Jérémie Janot, entraîneur des gardiens au VAFC

Jérémie Janot en 2018 à Auxerre où il entraînait les gardiens de but. / © MAXPPP
Jérémie Janot en 2018 à Auxerre où il entraînait les gardiens de but. / © MAXPPP

L'ex-gardien de but Jérémie Janot, aujourd'hui entraîneur au VAFC, s'est exprimé sur Twitter sur le débat qui agite actuellement le football français après l'interruption de plusieurs matches pour des chants ou des banderoles jugés homophobes.

Par YF avec AFP

"J’ai subi pendant 16 ans et 425 matchs pro des "ho hisse enculé ..." a aucun moment j’ai pensé à une insulte homophobe", écrit Jérémie Janot dans un tweet publié mardi soir. 
 

"Je condamne toute forme de discrimination mais ce que j’ai subi, c’était de là déstabilisation du chambrage rien d’autre", indique l'ancien joueur de 41 ans, revenu cet été dans sa ville natale de Valenciennes pour entraîner les gardiens de but du VAFC. "Polémique inutile", conclut-il.

Ce message, posté sur Twitter, a suscité de nombreuses réactions sur le réseau social. "Et si vous aviez été homosexuel ? Comment auriez vous pris tout ça ? Comme du chambrage ? Le problème n'est pas comment vous, vous l'avez ressenti !", a notamment rétorqué Franck Ballanger, journaliste à Radio France et conjoint de la ministre des Sports Roxana Maracineanu qui a fait de la lutte contre l'homophobie dans les stades l'un de ses chevaux de bataille. "Sincèrement pareil. Regarde mon tweet sur les supporters niçois et ma maman ...", lui a répondu Jérémie Janot, qui fut pendant 16 ans le gardien emblématique de l'AS Saint-Etienne.
 

La France du foot divisée


Mardi, le président de la Fédération Française de Football (FFF), Noël Le Graët a répété son opposition à l'arrêt des matches en cas de chants ou de banderoles jugés homophobes dans les tribunes. "L'arrêt des matches ne m'intéresse pas. C'est une erreur", a-t-il déclaré sur France Info. "J'arrêterais un match pour des cris racistes, j'arrêterais un match pour une bagarre, des incidents s'il y a un danger dans les tribunes."
 

Cette distinction entre cris homophobes et racistes a fait vertement réagir Olivier Rouyer, ancien attaquant international, l'un des rares joueurs français à avoir fait son coming out, en reconnaissant publiquement son homosexualité. "C'est un scandale ! Il n'a rien compris. C'est honteux de dire ça. Je suis vraiment en colère. C'est un président de Fédération qui se permet de dire des choses aussi bêtes... ", a déclaré à L'Equipe l'ex-joueur de Nancy, Lyon et Strasbourg, âgé de 63 ans, devenu consultant à la télévision.

 


"Quand j'entends ça, je comprends tout simplement ce qu'il se passe et pourquoi on n'arrive pas à éradiquer le problème", a ajouté Olivier Rouyer. "Faire la différence entre des cris homophobes et des cris racistes, c'est honteux, scandaleux, terrible ! De toute façon il a toujours nié le problème. Il n'a jamais rien fait. Personne n'a jamais dit que le football était homophobe, il n'a rien compris au problème, c'est dramatique. C'est simplement une certaine catégorie de spectateurs qui sont homophobes.

"La position qu'a prise Noël Le Graët en faisant une différenciation entre homophobie et racisme est erronée", a également jugé la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

Mercredi, le football français a tenté de recentrer le débat sur l'homophobie dans les stades, en commençant par mettre autour d'une table les acteurs concernés. Ces derniers jours, plusieurs d'entre eux - supporters, associations de lutte contre l'homophobie, dirigeants sportifs - ont continué à travailler dans l'ombre et sont restés optimistes sur une avancée des discussions, bien loin de la tension affichée mardi entre Noël Le Graët et Roxana Maracineanu.
 

Dialogue engagé


Les deux responsables ont souhaité apaiser le climat mercredi soir, dans un communiqué commun où ils se sont dits tous deux favorables à une "action qui doit être aussi résolue qu'adaptée et pragmatique", invitant "les associations de supporters et les clubs à s'unir" pour "lutter solidairement contre toutes les formes de discrimination".
 

Le travail a en parallèle continué dans la journée, sous l'égide de la Ligue de football professionnel (LFP) qui avait convié à une réunion les représentants des supporters et des associations qui luttent contre l'homophobie. Une rencontre qui s'est déroulée "dans un climat de bienveillance", de l'avis unanime des participants et selon la formule du directeur général de la LFP Didier Quillot.

"On a pu diminuer le fossé qu'il y a entre nous", a confirmé Bertrand Lambert, président de des PanamBoyz, l'une de ces associations présentes mercredi. "Longtemps, on a toléré certains chants dans les stades, aujourd'hui la société ne les accepte plus", a auparavant souligné Nathalie Boy de la Tour, présidente de la Ligue qui s'est démarquée ainsi des récents propos de Noël Le Graët, président de la Fédération française.

 


La présidente de la LFP a proposé que ce dialogue se décline au "niveau local", entre associations de supporters et LGBT. "Dans l'interprétation des mots, (...) il peut y avoir des différences de perception extrêmement importantes (...) Nos supporters lorsqu'ils s'expriment d'une certaine façon, ne perçoivent pas forcément le caractère directement discriminant des mots qu'ils peuvent donner", a développé la présidente. 

"Il faut que les politiques nous fassent confiance et nous laissent travailler", a martelé Didier Quillot au sortir de la réunion qui regroupait donc l'Association nationale des supporters (ANS), qui réunit des clubs de toute la France, et les associations de lutte contre l'homophobie (SOS Homophobie, Foot ensemble, Licra, PanamBoyz). "Cette situation est une situation de crise", a estimé Nathalie Boy de la Tour, "il faut pouvoir construire sur une situation de crise. Peut-être qu'on avait besoin d'en arriver là pour repartir sur de bonnes bases", a-t-elle ajouté.
 

L'arrêt des matches en question


En filigrane, se pose donc la question de l'arrêt des matches, alors que se profile vendredi, samedi et dimanche un nouveau week-end de football en France. "Pour nous c'est une solution souvent extrême", a rappelé la présidente de la Ligue. Mais "il faut raison garder, sur 118 matches" depuis le début de la saison, "il y a eu 7 matches interrompus", soit au total "20 minutes d'arrêt de jeu".

Didier Quillot a ensuite expliqué qu'un "cadre" avait été donné aux délégués de la LFP (qui sont directement en contact avec les arbitres), pour faire la différence entre les "propos discriminatoires", susceptibles d'entraîner une interruption, et "les propos insultants". C'est sous ce prisme que la commission de discipline de la LFP avait prononcé, le 28 août, ses premières sanctions sur cette thématique après les premiers arrêts de matches.

Nancy (L2), par exemple, dont les supporters avaient entonné des chants à "caractère discriminatoire", avait été sanctionné de la fermeture pour un match d'une tribune (les chants avaient entraîné une brève interruption de la rencontre contre Le Mans le 16 août, une première en France), alors que de simples rappels à l'ordre avaient été prononcés à l'encontre d'autres clubs à la suite de "propos insultants".

Ce week-end, "lorsqu'il y aura et uniquement lorsqu'il y aura des propos discriminatoires" les délégués de la LFP "alerteront l'arbitre, à qui au final appartient la décision d'interrompre le match", a expliqué Didier Quillot. La prochaine journée de L1, ce week-end, va permettre de mesurer le chemin qui reste à parcourir.
 

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