A Lens, François Hollande, on n'y croyait plus

François Hollande à l'inauguration du Louvre-Lens le 4 décembre 2012. / © MICHEL SPINGLER / POOL / AFP
François Hollande à l'inauguration du Louvre-Lens le 4 décembre 2012. / © MICHEL SPINGLER / POOL / AFP

A Lens (Pas-de-Calais), vieille terre socialiste, les électeurs de François Hollande en 2012 voyaient vendredi dans le renoncement du président une décision "de bon sens" après un mandat "plus que décevant".

Par AFP

"Avec le retour de la gauche, j'étais pleine d'espoir, mais je n'ai fait qu'enchaîner les déceptions", regrette Nicole. "C'est un choix normal ! Je n'ai jamais imaginé qu'il oserait se représenter. J'ai voté Hollande en pensant qu'il allait y avoir du changement, mais il n'y a rien eu !", s'emporte cette retraitée, en faisant son marché place du Cantin. "Je m'attendais à davantage de mesures sociales pour les employés, les ouvriers, la classe moyenne...", regrette-t-elle, déplorant une gauche "en miettes". "Plus personne ne s'impose dans le camp socialiste pour 2017".
 
François Hollande, "c'était un énorme vote d'adhésion en 2012, je suis même allé à Paris le soir de son élection, place de la Bastille, où je l'ai attendu plusieurs heures...", se souvient Yann, professeur de mathématiques de 32 ans. "Mais, très rapidement, il m'a déçu, rien ne bougeait, c'était très mou... C'est un échec", lâche-t-il sans ménagement. En cette matinée, à Lens où François Hollande a obtenu 63,65% des voix en 2012 (34,89% au premier tour), le ciel est bas et gris. Sur le petit marché de la ville, marchands et habitants commentent l'actualité, badinent sur le temps qu'il fait et pestent sur les impôts "qui n'arrêtent pas d'augmenter". "Lens, c'est le bassin miné !" lance à la volée un passant récoltant quelques rires sur son passage. "Pour une fois, il a fait un choix sensé, il a bien raison de ne pas se représenter, parce que son bilan, il n'est pas fortiche ! J'avais de l'espoir, il a tout démoli, il a fait l'inverse de ce qu'il avait promis", s'indigne Christophe, magasinier, cheveux coupés en brosse.

"Rien de positif"

"Chez les socialos, plus personne ne porte les grands idéaux de la gauche, comme s'ils étaient périmés", déplore encore Christophe, qui a voté pour le président sortant, au premier et deuxième tour de l'élection présidentielle. Pour Danielle, le chef de l'Etat, "s'en va avant d'être battu". "Moi-même, je n'aurais pas revoté pour lui, je ne vois rien de positif dans son quinquennat", dit cette infirmière à la retraite, "même pas sûre" de voter à gauche en 2017. Trouvant la décision de Hollande "lucide" et "courageuse", Arnaud, 32 ans, employé de banque, ne voit "plus personne" qui pourra "refaire naître un espoir dans l'électorat gauchiste" (sic).

Dans les allées du marché, de rares Lensois défendent toutefois encore le président. "Il aurait dû défendre son bilan ! Il aurait dû en être fier ! Il aurait dû affronter les sondages !", lance ainsi Abidine. "Je suis bien triste, je l'aimais bien, mais les gens l'ont toujours critiqué. Ce qui me faisait mal, c'est qu'on l'appelait Flamby", dit Bernadette. "Hollande, c'est pas un mauvais mais il ne sait pas commander...", pense Henry, ancien cheminot à la retraite. "Je suis sûre que les gens vont s'apercevoir qu'il a fait du bon boulot. Il a été mal jugé, parce qu'il ne sait pas se vendre, c'est un de ses torts. Moi, j'apprécie l'homme, parce qu'il est humble", estime de son côté Jacqueline, mère au foyer, qui l'assure : "Cette fois-ci, j'aurais voté pour lui, dès le premier tour !"

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