L'arrêté autorisant des atterrissages de nuit à l'aéroport de Beauvais mis en consultation publique

Aéroport de Beauvais-Tillé où des dérogations au couvre-feu pourraient être appliquées pour certains avions en 2020. / © Nagib Benghezala / FTV
Aéroport de Beauvais-Tillé où des dérogations au couvre-feu pourraient être appliquées pour certains avions en 2020. / © Nagib Benghezala / FTV

Une consultation publique sur l'arrêté prévoyant des dérogations au couvre-feu imposé aux avions à l'aéroport de Beauvais-Tillé est disponible sur le site du ministère de l'Écologie. Le projet divise les responsables de l'aéroport et les riverains qui craignent une augmentation des nuisances.

Par Eline Erzilbengoa

Depuis vendredi dernier, une consultation publique sur le site du ministère de la Transition écologique et solidaire est disponible. Elle concerne le projet d'arrêté relatif aux dérogations accordées en cas de dépassement du couvre-feu instauré à l'aéroport de Beauvais-Tillé. 

En clair, cet arrêté prévoit d'octroyer au cas par cas des dérogations permettant ainsi aux aéronefs d'atterrir entre minuit et 5 heures du matin alors qu'actuellement l'arrêté du 25 avril 2002 l'interdit sous peine d'une amende de 40 000 euros.

Les dérogations accordées concerneront les aéronefs : 
  • effectuant des vols réguliers de transport de passagers ;
  • dont la certification acoustique répond aux normes ;
  • dont le dernier atterrissage était programmé entre 21 heures et 23 heures et dont le décollage est prévu le lendemain après 5 heures.


Développer une base d'exploitation

En 2018, l'aéroport Beauvais-Tillé comptabilise 3,78 millions de passagers, se plaçant ainsi au 10e rang des plateformes françaises. Une très grande majorité des vols est assurée par la compagnie Ryanair. La société aéroportuaire de gestion et d’exploitation de Beauvais (SAGEB) souhaite ainsi développer l'offre et créer des conditions d'accueil supplémentaires pour les compagnies. 

"Ryanair ne nous attend pas, il faut être compétitif, attractif vis à vis des compagnies et des autres aéroports, donc pour permettre à l'aéroport de Beauvais de se développer c'était une décision importante d'autant qu'elle s'accompagne d'une centaine d'emplois direct sur le site de l'aéroport", nous confiait en septembre dernier Philippe Trubert, président du syndicat mixte de l'aéroport. 
 
Dérogations au couvre-feu à l'aéroport de Beauvais : la CCE favorable

L'objectif est de créer une base d'exploitation et ainsi permettre aux avions de stationner la nuit avec une unité de maintenance. Ceci étant, l'attractivité d'une telle base n'est garantie pour les compagnies que si les aéronefs qui y sont rattachés peuvent se poser sans contraintes et notamment la nuit. Cette base et les vols supplémentaires prévus permettraient l'arrivée de 2 millions de passagers supplémentaires d'ici 4 ans. Et c'est bien ce qui préoccupe les riverains de l'aéroport... 
 

Plus de voyageurs, plus de nuisances

"Vous imaginez 6 millions de voyageurs, l'impact que cela va engendrer pour les personnes qui vivent à proximité", s'inquiète Dominique Lazarski, présidente de l'ADERA (Association de défense de l’environnement des riverains de l’aéroport de Beauvais-Tillé). "Les avions risquent d'arriver entre 23h et minuit et je vous assure que d'être réveillée par un avion à minuit alors que l'on vient tout juste de s'endormir c'est très difficile", témoigne-t-elle. 

Pour l'association de riverains, le nombre supplémentaire de vols fait peur, d'autant que les nuisances ne valent pas que pour les habitations proches de l'aéroport. "Je reçois des messages de personnes qui résident dans l'Aisne et qui se plaignent du bruit des avions. Ils volent à base altitude car ils passent sous le trafic de l'aéroport Charles de Gaulle, grâce aux applications c'est désormais très facile de repérer les avions en temps réel et de voir qu'ils se dirigent ou partent de l'aéroport de Beauvais", affirme Dominique Lazarski. 
 

L'impact environnemental

La présidente de l'association de riverains pointe également l'impact environnemental de la multiplication des vols. "On parle sans arrêt d'environnement en ce moment et l'on veut augmenter le trafic aérien, c'est aberrant."
 

À l'inverse, l'aéroport argumente son choix en affirmant que la possibilité de se poser après le couvre-feu réduira les émissions de gaz à effet de serre. "Seront ainsi évités des déroutements vers des aéroports situés à plusieurs centaines de kilomètres de l’aéroport de Beauvais-Tillé, le rapatriement des passagers vers leur point d’arrivée initialement prévue en bus ainsi que le repositionnement à vide des avions sur leur aéroport de départ le lendemain", peut-on lire sur la note accompagnant la consultation publique de l'arrêté.

Cette consultation publique est disponible jusqu'au 3 novembre. L'arrêté, s'il est signé, entrerait en vigueur le 1er janvier 2020 pour une durée de 3 ans. La commission consultative de l'environnement a déjà rendu un avis favorable le 30 août dernier. L'autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires s'est positionnée contre.
 

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