Drogues, portables, viande : l'étonnant trafic d'un surveillant de prison de Compiègne

Entrée du palais de justice de Compiègne. / © Nagib Benghezala / FTV
Entrée du palais de justice de Compiègne. / © Nagib Benghezala / FTV

Accusé de corruption active, l'ancien gardien de la maison d'arrêt de Compiègne a été entendu, lundi, au Tribunal correctionnel. Le jugement a été mis en délibéré.

Par Mickael Guiho

Il travaillait en prison. Il s'est reconverti. Mais à 36 ans, il pourrait y retourner. Un ancien surveillant de la maison d'arrêt de Compiègne (fermée en 2015) était jugé, lundi 3 juin au Tribunal correctionnel de Compiègne, pour corruption active.

Le procureur de la République a requis 18 mois de prison ferme. La décision sera rendue le 26 juin.
 

Une quinzaine de clients


Le jeune homme avait été interpellé le 7 novembre 2013 dans les vestiaires de la maison d'arrêt. À l'intérieur de son sac : 10g de cannabis, du tabac et un portable. Des stupéfiants seront également retrouvés à son domicile. Huit autres personnes sont suspectées d'avoir pris, avec lui, une part active dans un trafic au sein de la maison d'arrêt.

Le surveillant de prison aurait fait passer beaucoup de choses aux détenus : cannabis, héroïne, cocaïne, tabac, alcool, téléphones portables... ou même de la viande. Il avait une quinzaine de clients, pour une livraison par semaine, rétribuée entre 50 et 150€. Le gardien serait loin d'avoir fait fortune.
 

Qui profitait de qui ?


A la barre, le prévenu a toujours la même ligne de défense : c'était "un engrenage infernal". Il avait peur, à la fois de ne pas satisfaire les demandes, et d'être dénoncé. Il aurait été racketté par un autre surveillant : 200€ par mois, en échange de son silence. Il affirme que les détenus le menaçaient, lui et sa famille. Quelles menaces ? "En maison d'arrêt, c'est un autre monde, on peut être impressionné par quelqu'un, par sa posture, ses mots... ça suffisait pour (mon client)", confie l'avocate de la défense, Me Bénédicte Meunier. "Il n'a jamais proposé quoi que ce soit"

Les détenus disent tout l'inverse. Me Houria Zanovello, dont le client est jugé en tant qu'intermédiaire, résume la ligne de défense : "On nous a sollicité. C'est parce que c'est le surveillant qui est venu nous voir que, nous, on a répondu présent, puisque nous sommes dans la détresse et le besoin." Pour l'avocate, le surveillant "profitait de cette situation de faiblesse, cette misère sociale, pour malheureusement se faire de l'argent."
 
Me Meunier (en haut) et Me Zanovello (en bas). / © N. Benghezala / FTV
Me Meunier (en haut) et Me Zanovello (en bas). / © N. Benghezala / FTV
 

Reconverti dans la comptabilité


L'intéressé a déjà purgé 5 mois de détention provisoire. Depuis, il a repris des études, décroché un Bac+2 comptabilité et signé un CDD en avril dernier.

"Il essaye de se reconstruire", déclare sont avocate. Pour lui, ce procès "est un retour en arrière, mais aussi une délivrance. Il se pliera à la décision que le tribunal rendra." Son avenir est en délibéré. Il saura dans 3 semaines s'il doit retrouver - et pour combien de temps - l'univers carcéral.

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