Violences sexistes et sexuelles : des élèves les dénoncent en exposant des affiches dans leur lycée de Montataire

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Écrit par Christelle Juteau-Lermechin

Au retour des fêtes de Noël, les 1 200 élèves du lycée Malraux à Montataire ont retrouvé les murs de l’Atrium placardés d’affiches antisexistes. L’exposition d’une quinzaine d’affiches ne passe pas inaperçue tant du côté des élèves que des enseignants. À l’origine de cette action, deux enseignants.

Quand le sexisme est trop présent, insidieux ou clairement exprimé, cela donne des affiches aux slogans qui tapent à l’œil, collées aux murs du lycée Malraux de Montataire:  "C’est donc à nous d’être moins attirantes !" ; "Toucher, frôler, frotter, caresser : agression sexuelle !" ; "Ma tenue ne dit rien sur mes désirs."

Harcèlement de rue, un fléau

La démarche est claire. Il s'agit de dénoncer à travers la création de quinze affiches, le sexisme ambiant, souvent exacerbé à l’adolescence. Un sexisme qui peut prendre plusieurs formes, et expérimenté presque quotidiennement par ces lycéennes de Montataire qui acceptent de témoigner.   

Certaines comme Mayssa, 15 ans, osent porter plainte contre leur harceleur. "Sur le chemin, un garçon s’est mis à marcher à mes côtés, puis il a commencé à toucher mes parties intimes. J'ai couru jusqu’à chez moi. J'ai porté plainte, soutenue par ma famille. Mon agresseur a été sanctionné."

Zakariya, 15 ans, parle de l’effet groupe. "Quand on voit passer une fille, cela nous arrive de l’interpeller sans formule de politesse : "Donne-moi ton pseudo sur Snapchat !" "Tu es bonne !" "Je te soulève !" "Je te fais l’amour !"  Ces injonctions sont banalisées dans l’espace public. Les filles de seconde racontent qu’elles préfèrent en général faire profil bas quand elles sont harcelées dans la rue.

Remarques sexistes, même combat

Du harcèlement mais aussi des remarques sexistes plus pernicieuses. Keldra a été victime de phrases qui pourraient détruire sa confiance en elle. "On m’a déjà dit que comme je suis une fille, il y a des sports qui ne sont pas pour moi, des métiers auxquels je ne peux pas prétendre". Hatem prend la parole et tente de justifier l’attitude sexiste qu’il a parfois avec ses copains. Il prétend que "le sexisme, ce n’est jamais méchant quand cela arrive." Il l’assume, parfois avec ses copains il fait des blagues sexistes pour déstabiliser une interlocutrice zélée : "Va faire la cuisine !" Hatem explique que c’est vraiment un effet de groupe pour montrer "qu’il en a", alors qu’en fait cela ne lui plairait pas du tout que l’on parle comme cela à sa mère.

Des affiches sans tabou

Ces affiches sont presque choquantes selon certains enseignants tant elles parlent sans tabou de sexe, de violences. "Trois viols toutes les trois heures dans notre pays, ça s’arrête quand ?" ; "Pour le sang et la douleur, on a déjà nos règles !" ; "Mon corps n’est pas un lieu public !" Le proviseur du lycée a validé toutes les affiches et a salué les deux professeurs à l’initiative de cette exposition dans le cadre du module de deux heures au programme de seconde générale "La sociologie selon le genre". Jean-Marc Ricard prend très au sérieux le rôle de l’Éducation nationale : "C’est le rôle de l’École avec un grand “E” d’aborder certains sujets comme le sexisme et de clarifier les choses surtout à l’heure actuelle. Nous allons voir avec l’ensemble des enseignants comment généraliser cette expérimentation à d’autres classes."

À l’origine du projet : deux enseignants

En plus de la création des affiches, avec Léa Guitou, professeur de français, les élèves ont étudié des œuvres littéraires comme le roman de George Sand Indiana et avec Sylvain Meissonnier, professeur de sciences économiques, ils ont découvert l’histoire du sexisme d’un point de vue sociologique.

Léa Guitou est aux anges car ses élèves sont investis autant qu’elle peut l’être : "Dans les deux classes de seconde, les élèves ont été à l’écoute, filles comme garçons. Ils sont loin d’être des militants féministes comme on a pu le lire sur les réseaux sociaux. Même satisfaction pour Sylvain Meissonnier qui voit cet atelier "comme la première pierre d’un immense chantier pour déconstruire les rouages de notre société profondément sexiste."

La parole se libère à l’école

Avec cette exposition, l’Atrium du lycée reprend son rôle d’antan en redevenant un lieu de débat. Comment passer devant ces slogans sans en discuter ? "Non, c’est non !" ; "Mon corps n’est pas un divertissement !" La parole se libère et c’est tout l’enjeu de cette opération. Sylvain Meissonnier espère que le rectorat de l’académie d’Amiens sera solidaire de cette action originale. Pour lui, "il manque une volonté politique au niveau de l’Éducation nationale pour vulgariser le sexisme dans tous les établissements scolaires en France."

Raphaël Muller, le recteur de l’académie d’Amiens a découvert ces affiches sur les réseaux sociaux. Il trouve le projet et la maturité des jeunes remarquables. "Dans l’Éducation nationale, la question de la lutte contre les discriminations est au programme des cours d’éducation morale et civique et des sciences et vie de la terre. On compte aussi sur l’engagement des professeurs dans cette dynamique. Ça fait partie des sujets que l’on veut développer parce que c’est un sujet majeur dans notre monde contemporain."